Virus : le vrai coût d’une épidémie mondiale 

Coronavirus : le vrai coût d’une crise sanitaire mondiale 

Par Cathy Dogon

Plus de 200 personnes en sont mortes dans l'Empire du milieu en ce début d’année 2020. Il s’inscrit ainsi dans la liste des pandémies les plus marquantes de ces 25 ans dernières années. Entre les coûts pour les finances publiques et l'impact sur les entreprises, combien ça coûte, une pandémie ?

Près de soixante milliards de dollars, c'est ce que coûterait chaque année les pandémies aux finances publiques internationales. Une étude réalisée en 2016 par la Commission sur un cadre mondial de gestion des risques sanitaires pour l'avenir (CGHR) s'est basée, pour ce calcul, sur les 5437 milliards dépensés au XXe siècle. A cela, et pour tenter de déterminer le coût total d'une pandémie, il faut ajouter ses incidences sur l'économie mondiale. 

Après de nombreuses hésitations, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a finalement décrété le Coronavirus  comme étant “une urgence élevée de santé publique de portée internationale”. Depuis le début de l'épidémie, plus de 200 personnes sont décédés de cette maladie extrêmement contagieuse.

Éco-mots

Epidémie ou pandémie ?

On distingue la contagion fulgurante d'une maladie selon sa zone géographique. L'épidémie est circonscrite à l'intérieur d'un pays. Elle devient "pandémie" quand elle dépasse les frontières.

Le coronavirus s'ajoute à la liste des 10 pandémies qui ont frappé le monde ces 25 dernières années. Elles ont eu des répercussions plus ou moins lourdes sur les économies : 

  1. la peste en Inde (1994), 
  2. le virus du Nil occidental (1999), 
  3. la dengue, 
  4. le chikungunya, 
  5. la maladie à virus Ebola (2013-2016) 
  6. la maladie à virus Zika (2015-2016), 
  7. la grippe aviaire H5N1 (1997), 
  8. le virus Nipah (1998-1999), 
  9. le syndrome respiratoire aigu sévère (2003),
  10. et la grippe H1N1 (2009). 

L'impossible estimation de l'investissement sanitaire 

La dernière, justement, avait eu de sévères répercussions sur le budget français. La commission des Finances du Sénat avait évalué le coût de la grippe A/H1N1, pour les seules finances publiques, entre 1,8 et 2,2 milliards d’euros (supportés par l’Etat et l’assurance maladie). Voici le détail :

Le gouvernement et surtout la ministre de la santé de l’époque, Roselyne Bachelot, ont été mis en cause. La campagne de vaccination a été un échec : sur les 94 millions de doses commandées, seules 6 millions de personnes sont finalement venu se faire piquer. Plus de 18 millions de vaccins ont été détruits (alors que l'OMS avait déjà bénéficié de 12,6 millions de ces doses et que 314 000 ont été revendues au Qatar et à Monaco).

En même temps, comment ne pas surestimer l’ampleur d’une épidémie ? Le rapport du CGHR cité plus haut préconise à la communauté internationale d’investir, en prévention, 4 milliards de dollars par an : “Si l’on ne sait jamais combien il faut réellement investir pour la gestion de ces crises sanitaires, cet argent préventif servira toujours à bon escient, ne serait-ce que pour contourner la résistance microbienne ou lutter contre d’autres épidémies”.

Contamination des marchés financiers

En plus des coûts sanitaires assumés par les pouvoirs publics, pour bien mesurer l'ampleur économique d'une pandémie, il faut mesurer les incidences sur le commerce international. En 2003, un virus de la même typologie que le coronavirus actuel avait fait 648 morts en Chine. Dans la foulée, la croissance économique du pays avait baissé de deux points. Au-delà des frontières, il avait tué 126 personnes. Le manque à gagner mondial avait été évalué à 40 milliards de dollars (36 milliards d’euros), soit 0,1 % du PIB mondial de l’époque. Nuance toutefois, les Etats-Unis venaient d’envahir l’Irak, créant un climat délétère pour le commerce international. 

PIB mondiale et pandémie

Épidémie rime-t-elle systématiquement avec crise économique ? Oui, répondent des experts du FMI. Ils prennent pour exemple le cas du Libéria en 2014, touché par Ebola. Alors que le taux de mortalité est resté limité selon eux (8,5 pour 1000 personnes), la croissance économique a chuté passant de quasi 9% en 2012 à une récession (-2%) fin 2015. 

Selon les premières estimations de la banque américaine Morgan Stanley, la croissance du PIB chinois pourrait baisser de 0,5 à 1 point au premier trimestre. A l'échelle mondiale, l'amputation serait de 0,15 à 0,3 point. En effet, une épidémie qui touche l'Asie inquiète toujours plus les marchés financiers car le continent génère les ⅔ de la croissance du PIB mondial.

-0,3 point

Au premier trimestre, c'est ce que pourrait perdre le PIB mondial à cause de la pandémie du coronavirus, selon la banque américaine Morgan Stanley.

Des entreprises chinoises ont perdu cet hiver jusqu’à 12% au Nasdaq. Un secteur économique est particulièrement touché à travers le monde : les compagnies aériennes. Air France, par exemple, vient d'annoncer la suspension totale de ses vols vers ce l'Empire du milieu, ce jeudi 30 janvier.

En revanche, ceux qui bénéficient traditionnellement de ces crises sanitaires sont les industriels du secteur. Le laboratoire pharmaceutique Sanofi, en charge de fournir les vaccins contre la grippe H1N1, avait augmenté de 18% son résultat net en 2009 par rapport à l’année précédente (et +30% pour ses bénéfices). Quant au fabricant de masques japonais Kawamoto, il a multiplié sa valorisation en Bourse par six ces quinze derniers jours. Alors qu’il valait 20 millions d’euros à Tokyo avant le nouvel épisode de coronavirus, il en vaut aujourd’hui 129 millions.

Courbe des actions de Kawamoto au 29 janvier 2020
Cours boursier de Kawamoto au 29 janvier 2020.

Crédit image de couverture : ©Utuku/ROPI-REA