Coût de la vie : la prévention pour faire baisser l'addition

En pratique

Coût de la vie : la prévention pour faire baisser l'addition

Pour les décideurs, le prix de la vie sert de variable destinée à rendre la décision de politique publique économiquement rationnelle. Fermeture de maternité, limitation des produits polluants, réduction de la vitesse au volant... Autant de mesures qui suscitent régulièrement le débat, qu'elles soient motivées par la solidarité nationale ou par les intérêts individuels.

1. La sécurité routière

La décision d’abaisser à 80 km/h la vitesse sur les routes à deux voies a été très contestée, mais justifiée par le nombre de vies que cette mesure pourrait sauver : entre 200 et 400 par an, alors que la vitesse est la première cause d’accidents mortels en 2016. Ce qui équivaut à une réduction de 20 à 25 %
de la mortalité sur les routes nationales et de 30 % sur les départementales.

Si la campagne de communication en faveur de la mesure a mis les projecteurs sur le nombre de vies sauvées, elle ne disait mot du coût, pour l’État, des accidents de la route impliquant au moins une victime : 38,3 milliards d’euros en 2016, selon un rapport de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (Onisr). Les accidents matériels ont coûté 10,4 milliards d’euros, soit au total environ 50 milliards d’euros, 2,2 % du PIB.

« Ce coût représente un appauvrissement de la nation », précise la Ligue contre la violence routière qui ajoute : « Encore mesure-t-on imparfaitement la perte de génie humain liée aux disparitions prématurées. » En effet, 17 % des tués en 2016 sont de jeunes adultes.

La décision de rendre obligatoire la ceinture de sécurité, en 1970, répondait à la même logique. La mesure, très impopulaire, fut décriée par les « défenseurs des libertés ». Elle a pourtant permis de réduire le risque de décès dans une proportion de 40 % à 65 % pour les passagers à l’avant du véhicule et de 25 % à 75 % pour les passagers à l’arrière.

En 1972, les accidents de la route faisaient encore 18 000 morts, contre un peu plus de 3 000 en 2019.

2. Les décisions environnementales

Selon une étude Santé Publique France, le coût global de la pollution de l’air, en incluant à la fois la pollution atmosphérique et la qualité de l’air intérieur, a été évalué à 101,3 milliards d’euros annuels, en prenant en compte les dépenses de santé, l’absentéisme et la perte en termes d’espérance de vie, de bien-être et de qualité de vie.

Par-delà la pollution de l’air, les Français sont exposés à d’autres risques environnementaux, tels que les pollutions du sol et de l’eau, les contaminations des aliments et les risques liés à l’usage de produits toxiques.

Ces analyses économiques permettent d’étayer des décisions de politiques publiques telles que les normes de pollution automobile.

Autre exemple de décision résultant d’un arbitrage entre vie et coût : celui de l’amiante. Ce matériau omniprésent dans le bâtiment et l’industrie était la deuxième cause de maladies professionnelles à la fin des années 1970.

Le coût humain est devenu socialement intolérable et le coût financier des décès liés à l’amiante croissait de manière exponentielle. En 2005, le ministère de la Santé a estimé le coût cumulé sur 20 ans de la prise en charge des victimes de l’amiante entre 26,8 et 37,2 milliards d’euros. En 1997, l’amiante a été interdit en France. 

3. Les politiques de santé

Fermer un établissement de soins, lancer une politique de prévention du tabagisme ou élaborer un plan cancer, cela implique aussi la notion de valeur de la vie humaine. Le principe de l’Évaluation médico-économique (EME) repose sur un bilan coûts/avantages sur une période donnée, de manière à orienter la décision publique vers les options qui entraînent le plus grand bénéfice collectif alors que les ressources sont rares ou contraintes.

L’idée n’est pas uniquement de réduire les coûts, mais de permettre une répartition optimale des ressources au profit de l’ensemble de la population.

Ce raisonnement peut s’appliquer à la fixation du coût d’un médicament, aux politiques de dépistage ou à la décision de fermer des petits hôpitaux en zone rurale, par exemple.

Il peut toutefois se révéler pervers : certains économistes ont fait valoir que l’utilisation de la valeur d’une année de vie pour décider du dépistage systématique du cancer du col de l’utérus pouvait conduire à renoncer à la mesure. En effet, la valeur marchande du travail féminin qui servait de base au calcul était à l’époque largement inférieure à celle du travail masculin.

C’est sans doute en Grande-Bretagne que l’utilisation de la valeur de la vie humaine est poussée à son paroxysme dans les politiques sanitaires. Une mesure qui « coûte » plus de 30 000 livres par année de vie gagnée est jugée inefficiente, donc inutile.

Les Britanniques ont également mis au point, dans les années 1990, une méthode d’évaluation des choix de santé fondée sur une échelle de QALY (Quality Adjusted Life Year) qui synthétise les gains en longévité et qualité de vie des patients.

L’emploi de cette méthode vise explicitement à maximiser le nombre d’années de vie en bonne santé de la collectivité, en donnant des valeurs de la vie différentes aux individus en fonction de divers critères.