Déconfinement : qui pour payer les terrasses éphémères dans les rues de Paris ?

En pratique

Déconfinement : qui pour payer les terrasses éphémères dans les rues de Paris ?

Boirez-vous votre premier demi de l'année sur une place de parking ? Le dispositif des terrasses éphémères, mis en place au premier déconfinement de 2020, court jusqu'au 30 juin. Mais sa reconduction n'est pas garantie. Entre pertes de recettes pour la ville et coups de pouce aux restaurateurs, la Mairie doit trancher.

Les restaurateurs attendaient cette décision avec impatience : Macron actera officiellement ce vendredi 30 avril 2021 la réouverture en extérieur des restaurants et bars le 19 mai. A Paris, la question des terrasses éphémères, qui a agité les gérants de boisson et de bouche ces derniers jours, va d’autant plus se poser, maintenant qu’une date officielle est fixée : pourront-ils bénéficier, gratuitement, de leurs terrasses éphémères, symbole du 1er déconfinement parisien ? 

La Mairie de Paris avait, fin mai 2020, autorisé les restaurants et bars à occuper les trottoirs, places, terre-pleins, emplacements de livraisons et stationnements. Le but : permettre à ces derniers d’augmenter leur nombre de couverts et combler le manque à gagner et les pertes liés au premier confinement. Cette occupation était gratuite, possible jusqu’à 22h, accessible sur simple déclaration, et accordée jusqu’à fin juin 2021. La date approche : quid des semaines qui suivront ? 

"Le tarif (des terrasses éphémères) s’harmonisera avec celui des terrasses (classiques)” avait répondu dans un premier temps Olivia Polski, l’adjointe de la Mairie de Paris en charge du commerce, mardi 27 avril 2021, avant d’être contredite, le lendemain, par la Maire : “la question n’est pas encore tranchée”. Le rapport coût/bénéfices d’un tel dispositif aurait-il changé ?

Combien a coûté ce dispositif à la Ville de Paris ?

Contrairement au premier déconfinement, plusieurs mois de disette se sont écoulés, pendant lesquels la Ville de Paris a renoncé à certaines recettes. 9 000 places de stationnement sur 148 000 ont été occupées par ces terrasses éphémères, ce qui revient à un manque à gagner de 34 millions d’euros. Chaque place de stationnement permet de générer 4 530 euros par an.

Un point justement soulevé par la Maire de Paris chez nos confrères de France Info:

“Il faudra bien que la ville puisse retrouver des recettes."
Anne Hidalgo, 

Maire de Paris.

"Pour l’instant, c’est la ville qui paye, mais j’entends bien demander à l’Etat des compensations, notamment sur toutes ces recettes que nous n’avons pas pu percevoir”

Un coup de pouce pour les restaurants et bars

De leur côté, l’UMIH, un syndicat patronal de l'Hôtellerie, milite pour que ce dispositif reste gratuit jusqu’à la fin de l’été, voire jusqu'à fin octobre 2021. "Les terrasses éphémères ne permettront pas aux gérants de faire 100% de leur chiffre d'affaires habituel, mais elles sont indispensables", souligne le président de l'UMIH, Frank Delvau. "Nous attendons des précisions du gouvernement, mais nous savons déjà qu'il y aura la jauge de six personnes par table à respecter", et "une épée de Damoclès : le taux d'incidence à 400 / 100 000 qu'il ne faudra pas dépasser. Actuellement à Paris, ce taux limite est dépassé", note-t-il.

Quel impact a eu ce dispositif sur le chiffre d'affaires des gérants de restaurants et de bar ? "C'est difficile à dire", répond Frank Delvau. "Une terrasse représente en temps normal 30% du chiffre d'affaires de l'établissement. Mais cela dépend de chaque gérant : les terrasses éphémères ont permis de gagner pour certains 8 places, pour d'autres 50". 

L'année dernière, les terrasses éphémères avaient été une question de survie, comme l'expliquait en septembre dernier Alain Fontaine, président de l'Association française des maîtres-restaurateurs : "elles ont sauvé certains d'entre nous du dépôt de bilan". Ce gérant de restaurant parisien confirmait chez nos confrères de TF1 : “Sans cette terrasse qui me permet d’avoir 32 couverts en plus, je ne serais pas là pour en parler”.

Un nouveau règlement des terrasses et des étalages 

Jusqu’à présent, il suffisait aux gérants de bars et restaurants de faire une déclaration auprès de la Mairie pour installer une terrasse éphémère, en s’engageant à respecter une charte de bonne conduite. 

Les termes de cet engagement avaient été durcis en septembre, après des plaintes de collectifs de riverains sur l’usage de palettes inesthétiques et non nettoyées relayées sur les réseaux sociaux par le hashtag #saccageparis. Des riverains et des élus demandent des règles plus strictes. Par ailleurs, des concertations entre représentants de l’hôtellerie-restauration, des riverains et des élus municipaux ont commencé pour redéfinir le texte qui régit les étalages et les terrasses en général : le RET (règlement des étalages et des terrasses). La version finale du RET devrait être votée le 6 juillet prochain au Conseil de Paris.

En Chiffres

425 euros

Coût moyen annuel de la location de l'espace public pour une terrasse pérenne, assumé par un restaurateur parisien. 

Mais ce texte n'a pas vocation à régler la question spécifique des terrasses éphémères, qui est l'objet de discussions entre la Mairie de Paris et les représentants des commerçants, et qui fera l'objet d'une décision ultérieure. En attendant, du 19 mai au 30 juin, les restaurants et bars continueront de bénéficier du régime actuel des terrasses éphémères. 

Combien la future redevance terrasse coûtera-t-elle aux restaurateurs ?

"On est tout à fait d’accord pour que les terrasses éphémères soient réglementées", ajoute Frank Delvau, le président de l’UMIH "à la fois pour l’esthétique et les horaires. D'accord pour qu’à terme elles soient payantes, mais pas avant fin octobre 2021"

Pour des terrasses pérennes (ouvertes), les gérants de restaurant et bars doivent débourser une redevance à la Ville de Paris, qui va de 17,50 € à 100 € par m2, soit en moyenne 425 euros par an. Mais les tarifs sont bien plus élevés si les terrasses empiètent sur des “voies de prestige”, en fonction du barème correspondant à la localisation de la rue. 

Toute la question est de savoir si ces tarifs serviront de base à la Mairie pour les terrasses éphémères.