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Start-up : le rêve fou de devenir une licorne

Adeline Raynal

C’est l’obsession de nombreux entrepreneurs de la Tech : réussir à dompter cet animal imaginaire. Leur business plan les a-t-il rendus fous ? Pas du tout. 

Voilà un mot qui revient régulièrement dans l’actualité de l’économie numérique. Mais que vient donc faire la licorne, cet animal imaginaire, au milieu des suites de code informatique et des entrepreneurs en baskets ? C’est l’Américaine Aileen Lee, dont le métier consiste à investir dans de jeunes entreprises, qui l’a utilisé pour la première fois en 2013. Il désigne une entreprise innovante valorisée au moins un milliard de dollars et non cotée en Bourse.

Ces start-up visent une croissance rapide de leur chiffre d’affaires en s’appuyant sur de l’argent engagé par des investisseurs professionnels. Dans les premières années, la rentabilité n’est que secondaire. Un tel succès est rare et relève du mythe pour bon nombre d’entrepreneurs. D’où le choix du mot « licorne ».

12 ans pour être rentable

Fin mai 2019, 345 licornes galopent dans le monde, d’après la plateforme CB Insights. Quatre sont françaises. La plus connue est l’entreprise de covoiturage BlaBlaCar. Fondée en 2006, elle est rentable depuis septembre 2018 seulement. Très bien implantée sur le marché du commerce en ligne français, Veepee.com (ex-Vente Privée) est également qualifiée de licorne et affiche un chiffre d’affaires de 3,7 milliards d’euros, dont la moitié à l’international.

La plateforme de prise de rendez-vous médicaux Doctolib a rejoint ce club très fermé en mars 2019. Gratuite pour les patients, elle se finance essentiellement grâce aux professionnels de santé, qui paient une centaine d’euros par mois pour y être référencés.

Les entreprises qui s’adressent directement aux consommateurs ne sont pas les seules à avoir du potentiel. Parmi les sociétés BtoB (dont les clients sont d’autres entreprises), l’hébergeur de sites Web OVH est entré dans le cercle fermé des licornes en 2016, au moment où il a réussi à convaincre des investisseurs de lui attribuer 250 nouveaux millions d’euros. Fondé par Octave Klaba, il fournit à distance de la puissance de calcul informatique (cloud computing) et a prévu d’investir plusieurs milliards d’euros dans les années à venir pour concurrencer les géants américains Amazon, Microsoft et Google.

Taxify, WeTransfer et N26

Autres licornes européennes : l’application de VTC estonienne Taxify, la plateforme hollandaise de transfert de fichiers volumineux WeTransfer et la banque en ligne allemande N26.

« Pour qu’une entreprise ait des chances de devenir une licorne, il faut qu’elle s’adresse à un très grand marché, qu’elle y soit très bien positionnée et que son déploiement international soit rapide, en particulier en Europe et en Amérique du Nord », explique Jean-David Chamboredon, président du fonds d’investissement Isai, spécialisé dans le numérique. Ce « chasseur de licornes » est l’un des premiers à avoir misé sur BlaBlaCar dès 2010.

« En Europe, parmi les entreprises s’adressant directement au grand public, celles qui semblent destinées à devenir des licornes sont peu nombreuses, car le marché européen est fragmenté, les langues et modes de consommation diffèrent d’un pays à l’autre » argue-t-il. Une exception tire tout de même son épingle du jeu : la Suédoise Spotify. Un modèle de réussite. Elle a même rejoint le cercle encore plus fermé des décacornes, ces sociétés valorisées au moins 10 milliards de dollars, aux côtés des Américaines Uber et Airbnb. Quant aux centaures, ce sont les entreprises prometteuses dont la valorisation dépasse les 100 millions de dollars.

Éco-mots

Start-up

Jeune entreprise innovante qui n’a pas encore trouvé son modèle économique pérenne. Elle a un fort potentiel de croissance et appartient la plupart du temps au secteur technologique.

Valorisation

Valeur financière d’une entreprise, estimée en tenant compte des données comptables passées et de son potentiel de développement.

Capital-risque

C’est une prise de participation risquée par des investisseurs, au capital d’entreprises non cotées en bourse dans le but de réaliser ensuite une grosse plus-value en revendant ses parts.

Levée de fonds

Acte par lequel une entreprise se finance auprès d’investisseurs autres que des organismes de crédit.