Pour un salarié, le désalignement entre ses valeurs et ce qu’on attend de lui est une situation courante.

« Il faut savoir choisir entre un chiffre et sa conscience », lâche Lizza, qui ne donnera pas suite à l’offre de recrutement de l’entreprise où elle fait son stage. Elle se sent écartelée entre les objectifs chiffrés qu’on lui fixe et le sentiment de flouer des clients en leur proposant des produits ou des services inadaptés à leurs besoins et trop onéreux par rapport à leurs revenus. Elle renonce donc à ce CDI bien payé.

La dissonance éthique

Pour un salarié, le désalignement entre ses valeurs et ce qu’on attend de lui est une situation courante. On parle de dissonance éthique. Qu’il s’agisse de situations à très haute intensité ou de micro-conflits quotidiens, trois options s’offrent au salarié :

  1. il se conforme à ce qu’on attend de lui, au détriment de son intégrité morale ;
  2. il fait acte de désobéissance en agissant selon sa conscience ;
  3. il démissionne et quitte l’entreprise. 

Décider de la voie que l’on va prendre demande du courage. Certains choix sont plus courageux que d’autres, mais tous ont un prix.

Le prix de la conformité est psychologique : cohabiter au quotidien avec sa mauvaise conscience, trouver des justifications à des actions que l’on pilote tout en les désapprouvant. C’est ce qu’a vécu Lizza dans son activité commerciale : convaincre des clients d’acheter des services inutiles, inadéquats et coûteux.

Ces conflits intérieurs génèrent souvent des tensions qui conduisent parfois à la dépression.

Partir, c’est renoncer à une situation stable, confortable, pour recommencer ailleurs, et cela peut mettre en danger des équilibres financiers et familiaux.

Éjection du corps social

La capacité à s’engager dans la désobéissance est la marque de personnes qui privilégient leur liberté de penser au détriment de leur confort personnel et au prix, bien souvent, d’un coup d’arrêt de leur carrière.

Car, celui ou celle qui remet en cause l’ordre des choses, qui bouscule la conformité, n’est pas le bienvenu, même dans les entreprises "cool". Non seulement il met en péril une activité profitable fondée en partie sur le mensonge ou la tricherie, mais il oblige les autres à se positionner, tout en incarnant leur mauvaise conscience. Le corps social trouve alors toutes les raisons soit de l’éjecter, soit de le faire taire.

Cette posture est très difficile à tenir. Les lanceurs d’alerte en savent quelque chose. Ils sont menacés, sanctionnés, souvent abandonnés de tous. Mais ils témoignent : « Je ne pouvais pas me taire » ; « Il était impossible pour moi de continuer à fermer les yeux ». Certains sont très connus, comme le docteur Irène Frachon qui fut au cœur du « scandale du Mediator ». D’autres, moins médiatisés, n’en sont pas moins de véritables héros de l’ombre.

Les scandales révélés par des lanceurs d’alerte font grand bruit, mais restent peu nombreux. Bien sûr, tout le monde n’est pas supposé « renverser la table », mais chacun peut se retrouver un jour dans une situation de conflit éthique plus ou moins extrême et il devra faire ses choix puis relever le défi de vivre ensuite avec, sereinement.

La Décision #3 | Irène Frachon, lanceuse d'alerte : dénoncer ou accepter ?