Élisabeth Klein, devenue patronne pour sauver son entreprise  

En pratique

Élisabeth Klein, devenue patronne pour sauver son entreprise  

La directrice administrative et financière (DAF) de BMI ne voulait pas que son entreprise disparaisse. Elle a fait ce qu’il fallait.

Comment devient-on patron ? Pour Élisabeth Klein, cela débute par un coup au coeur dans un couloir du tribunal de commerce de Chartres, à l’automne 2009.

Juste avant l’audience, l’administrateur judiciaire lui annonce la nouvelle : BMI, l’entreprise industrielle d’une dizaine de salariés pour laquelle elle travaille comme directrice administrative et financière, croule sous trois millions d’euros de dettes et va être rachetée pour un euro symbolique. Elle s’indigne : « Hors de question, elle vaut beaucoup plus ! »

L’administrateur la regarde droit dans les yeux : « Si je vous donne quatre mois pour prouver que l’entreprise est viable, vous acceptez ? » Banco ! Elle se souvient : « Je devais rester le temps de trouver le bon repreneur. »

Geler les dettes et partir

Vingt-quatre ans plus tôt, à son arrivée dans cette usine de Saint-Lubin-de-la-Haye (Eure-et-Loir) fabriquant des pièces métalliques, c’était déjà du temporaire.

À l’époque, elle est étudiante en droit – « je voulais devenir clerc de notaire » – et ce ce poste à mi-temps d’administratif et de saisies comptables lui permet de gagner un peu d’argent. Elle y reste. Vingt ans passent avant qu’elle ne songe de nouveau à partir. « On fonçait dans le mur. Je le voyais bien, mais personne ne m’écoutait. »

Les années 2000 sont chaotiques. BMI se positionne sur des marchés non rentables, le responsable commercial et le directeur de production se déchirent, des sommes délirantes sont englouties en intérimaires. Elle annonce alors au PDG sa décision de partir. « Donne-moi six mois », lui répond-il. Six mois passent, la situation empire. 

Le principal client, un sous-traitant automobile rapportant 75 % du chiffre d’affaires, dépose le bilan. « Il faut geler les dettes, sinon BMI va couler aussi », impose Élisabeth. Le PDG lui confie cette dernière mission. Après, elle partira.

Main de fer à la barre

« Elle s’est battue comme une lionne pour sauver l’entreprise », témoigne Antoine Honoré, président du groupe Métalians, qui a racheté BMI en 2011. Il la rencontre en 2010.

Acheteur potentiel, il vient visiter l’usine. « Elle a été très professionnelle et transparente. J’avais en face de moi une personne de confiance. » Ils élaborent à deux un plan de sauvetage : achat de machines, conquête de nouveaux clients. « Cette période nous a tous soudés. Avec Élisabeth, on peut parler, se confier. Quand y a un problème, elle met toute son énergie à le résoudre. L’air de rien, elle tient tout d’une main de fer. C’est la patronne, quoi ! », reconnaît Christophe, le soudeur.

La patronne ? « Oui, je suis restée. Elle est attachante cette entreprise, je n’arrive pas à la quitter », sourit la nouvelle dirigeante du site, rebaptisé CFT Industrie.

Dans mon portable

Mes e-mails :

« Je les consulte plusieurs fois par jour, même le week-end, même en congés. Je sais, ce n’est pas bien. Il faudrait couper le cordon avec les clients, la banque et l’équipe. Mais je n’y arrive pas… »

Whatsapp :

« Il y a les collègues qui envoient une photo de leurs vacances, celle d’un nouveau-né, ou celle d’une machine découverte sur un salon. Moi je viens de publier le lien d’un webinaire de la Carsat sur les risques psycho-sociaux ».