Escroquerie : un nouveau Madoff est-il encore possible aujourd'hui ? 

En pratique

Escroquerie : un nouveau Madoff est-il encore possible aujourd'hui ? 

Bernard Madoff est décédé le 14 avril après avoir escroqué plus de 20 000 victimes. Mais son arnaque pourrait-elle encore fonctionner ?

Bernard Madoff est mort le 14 avril dernier à 82 ans alors qu’il purgeait sa peine de 150 ans de prison. Arrêté le 11 décembre 2008, le monde découvre, alors en pleine crise financière, qu’il est à la tête de la plus grande arnaque financière de l’histoire, fondée sur la pyramide de Ponzi. Sa chute laissera 20 000 victimes sur la paille et entraînera des changements de réglementation. Pourtant, 12 ans après, un nouveau Madoff semble encore possible.

Bernard Madoff, pyramide de Ponzi, quesaco ? 

Bernard Madoff est un financier américain, ancien président du conseil d’administration du Nasdaq, la bourse des valeurs technologiques, qui a créé la plus grande pyramide de Ponzi connue jusqu’alors. Parti de rien, il se construit une image de petit génie de la finance et de philanthrope. 

Pendant une vingtaine d’années à compter des années 90, cette figure devenue respectée du monde de la finance américaine promet des rendements à 2 chiffres pour toute personne qui investirait dans son affaire, gardant secret sa “recette” pour garantir de telles plus-values...

En vérité, il appliquait un système vieux comme le monde : celui de la pyramide de Ponzi, selon lequel les versements des derniers arrivés permettent de verser des intérêts à ceux qui ont investi avant eux. Tant qu’il y a de nouvelles entrées d’argent, Bernard Madoff fait illusion. 

Mais une fois la crise financière de 2008 déclenchée, un trop grand nombre d’investisseurs souhaitent retirer leurs fonds placés dans sa société. Le château de cartes s’effondre, laissant sur la paille plus de 20 000 victimes dans de nombreux pays et conduisant à des faillites et des suicides.

Le 29 juin 2009, il est condamné à 150 ans de prison, la peine la plus lourde aux Etats-Unis. 65 milliards de dollars se seraient envolés, dont 500 millions d’euros détenus par des milliers d’épargnants français, selon l’Autorité des marchés financiers.

Cette arnaque touche tous les milieux, dans le monde entier. Des particuliers, des personnalités comme le réalisateur Steven Spielberg, ou l’écrivain Elie Wiesel, des organisations caritatives ou des banques sont touchés.

Les contrôles des gendarmes de la bourse se sont-ils durcis depuis cette affaire ?

Qu’une telle pyramide se déroule en plein cœur de la Mecque financière mondiale a mis en lumière les failles du système. Le gendarme de la bourse américaine, (Securities and Exchange Commission, SEC), n’a pas suffisament surveillé et contrôlé la société et les activités du financier.

L’organisme est d’autant plus critiqué qu’il avait classé sans suite trois enquêtes menées sur Madoff en 1992, 2005 et 2007 après des signalements. 

Le SEC publie un rapport d’enquête de plus de 500 pages, un mea culpa dans lequel il propose des recommandations pour ne plus qu’une telle pyramide se reproduise. 

Le législateur américain en tient compte, et réforme en partie le système en adoptant la “Dodd-Frank Act”, également connue sous le nom de loi sur la réforme de Wall Street et la protection des consommateurs. Il impose aux fonds spéculatifs et aux entreprises d’investissements des obligations d’enregistrements et de déclaration et donne à la SEC le pouvoir de surveiller les entreprises financières susceptibles de présenter un risque systémique

En 2013, le SEC impose aux courtiers le fait de déposer des rapports trimestriels détaillant la manière dont les titres et les liquidités dont ils ont la charge sont conservés. Un bureau des lanceurs d'alerte, qui alerteraient sur de potentiels cas de pyramides de Ponzi, est aussi créé.  

En Europe, le législateur européen modifie aussi la législation en 2011 et en 2014 adoptant une "loi anti-Madoff" à travers deux directives. Ces textes ont introduit de nouvelles obligations aux organismes de placement et aux fonds d’investissements, conduisant à une responsabilité du dépositaire et de ses sous-traitants. 

Recense-t-on encore des “affaires Madoff” aujourd’hui ?

"Ecoutez, il y aura toujours des schémas de Ponzi. Il y aura toujours des fraudes en matière de valeurs mobilières. Il y aura toujours, malheureusement, des personnes prêtes à suspendre leur incrédulité et à se laisser duper par des gens qui vendent quelque chose de trop beau pour être vrai", déclarait Ira Lee Sorkin, l’avocat de Madoff au média américain CNBC en 2018. 

Une réflexion confirmée par le site Ponzitracker qui répertorie les cas de pyramides de Ponzi outre-Atlantique : il y aurait eu plus de 500 cas de ce type d’arnaques depuis l’affaire Madoff. 

Mais parmi eux, il est difficile de trouver une fraude financière aussi flagrante ou massive que celle de Madoff", explique l’avocat Jordan Maglich qui tient ce site au média américain Quartz, les victimes de Madoff comptant jusqu'à 37 000 personnes, un chiffre astronomique en comparaison des quelques centaines de victimes d’autres arnaqueurs. 

Les stratégies se sont cependant adaptées à l’époque. Une journaliste du New York Times relevait que les arnaqueurs ne vendent plus de “stratégies boursières secrètes qui permettent un rendement bien au-dessus de ce que peut proposer le marché, comme le faisait M. Madoff”, mais qu’ils faisaient croire en des investissements dans “l'exploitation de ressources naturelles et les crypto-monnaies”.

D’autres surfent sur les plateformes de streaming, comme le relevait, quelques jours avant la mort de l’ancien financier, l’avocat Jordan Maglich : 700 millions de dollars auraient été déposés par des investisseurs qui pensaient recevoir un rendement de 35 % en finançant l'achat et la revente de droits cinématographiques à Netflix et HBO. 

On trouve aussi des Madoffs en Europe : en janvier dernier, un Madoff belge s’est fait condamner à 4 ans de prison avec sursis. 

Les Français n’y échappent pas, comme le montre cette liste non-exhaustive de "Madoff français" : Madoff d’Evry en 2009, Madoff du Var en 2012, lyonnais, “français” en 2013, ou encore de Maine-et-Loire en 2015.