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Femmes, réfugiées et entrepreneures

Par Maxime Hanssen

La création d'une activité permet parfois aux réfugiés de s'intégrer plus facilement. Portrait de trois femmes aux parcours à valeur d'exemple.

Trois visages de femmes, des parcours et des anecdotes différentes mais une volonté commune, celle de créer contre vents et marées. Dans la lumière tamisée du théâtre parisien de l’Alliance française, robes colorées, voile, tenues classiques et traditionnelles se succèdent sur les planches pour conter des fragments de vie rocambolesques et dévoiler des rêves professionnels. Une ambition rassemble ces récits délivrés ce 30 octobre : l’entrepreneuriat.

Aminata, Bonney et Souad, toutes réfugiées, transforment leur pérégrination forcée en force créative. Elles parlent business plan, étude de marché, levée de fonds, incubateur, avec l'accompagnement de l’association Singa et de la fondation Generali. Mais pas question pour ces entrepreneures en herbe de vendre un produit ou un service futiles.

Innover même dans la douleur

Leurs business sont tournées vers les autres. La première, Aminata, 47 ans - dont 30 passés en France - tire profit de son expérience de « nounou » pour structurer une activité « aux immenses responsabilités » qui manque toutefois de reconnaissance et de validation de diplôme. « Nous sommes indispensables aux familles et pourtant isolées », assure-t-elle avec un regard déterminé.

La fondatrice de Gribouilli sécurise le parcours de « ces femmes de l’ombre » en les poussant à passer des validations des acquis, transforme les bonnes pratiques en services innovants proposés aux parents et en projets pédagogiques pour les enfants. Plus de 200 professionnelles actives et 700 mobilisables sont désormais réunies sous sa bannière. Avec cette communauté, elle espère répondre aux besoins des entreprises et de leurs salariés. 

Bonney n’a malheureusement pas eu à solliciter une « nounou ». Fuyant les « effusions de sang et les luttes de pouvoir » de son pays, elle est séparée de ses deux filles pendant trois ans. Infirmière de formation, elle n’a pu exercer en France son métier faute d’équivalence de diplôme. De soignante, elle est devenue patiente, quand une insuffisance rénale lui est diagnostiquée. La transplantation est rare : « Il n’y a pas beaucoup de reins sur le Bon Coin », s’amuse-t-elle. Alors, il faut multiplier les fastidieuses séances de dialyse permettant de « nettoyer » le rein.

Pour limiter le nombre d'interventions, la jeune femme développe un brassard innovant. Un prototype a été créé, qui a désormais besoin de soutien financier pour être développé.

« En France, le travail définit que tu es »

Quand Souad prend la parole, elle commence par invoquer le rappeur R. Kelly et à son titre mythique « I believe I can fly ». Arrivée en France en 2016 depuis les Emirats Arabes Unis, cette Syrienne galère à décrocher un emploi. Son ciel s’assombrit. La lumière viendra d’une excursion au musée d’Orsay. Elle comprend la force de la culture comme élément d’intégration.

Elle lance alors l’association "Sama for all" pour former les réfugiés ou les immigrés à la médiation culturelle dans le but de devenir des guides dans leur langue maternelle ou en français. « Le ciel n’a pas de limite, tout est possible dans la vie », rappelle-t-elle

« En France, le travail définit qui tu es. Si tu n’as pas de travail, tu ne peux pas t’intégrer, tu n’existes pas », soulève Bonney. Alors, que l’intégration économique des réfugiés via des contrats salariés est très difficile, comme le note l’OFCE, l’entrepreneuriat apparaît pour elles comme un nouvel eldorado.