G7 Finances : bientôt la fin du zéro impôt pour les multinationales et les GAFAM ?

En pratique

G7 Finances : bientôt la fin du zéro impôt pour les multinationales et les GAFAM ?

Les membres du G7 Finances se sont accordé sur un taux d'impôt mondial minimum pour les sociétés, et une meilleure répartition des recettes fiscales des multinationales. Décryptage.

Changer le visage de l’imposition sur les multinationales, tel était l'objectif du G7 Finances de Londres qui se réunissait le 4 juin 2021 à Londres. 24h plus tard, c'est chose faite.

Les sept ministres des Finances ont trouvé un accord sur deux points : un taux minimum d'impôt sur les sociétés d'au moins 15% applicable dans tous les pays, et un changement clef des règles de fiscalité. 

Pourquoi parle-t-on d’imposer les multinationales dont les GAFAM ?

Avant le début de cette réunion, le mot-clef était l'urgence. L'urgence de "mettre en place un système fiscal international efficace et équitable", relevait cette tribune de quatre ministres européens des Finances, dont Bruno Le Maire. Actuellement, les multinationales peuvent échapper à l'impôt sur les sociétés en déplaçant leurs bénéfices à l'étranger. Ce n'est pas quelque chose que le public continuera à accepter”, ajoutaient-ils.

Or, le moyen est simple, ont-ils expliqué, il suffit de changer une des règles du jeu.

Éco-mots

G7  

Mis en place en 1974 pour trouver une position commune après le premier choc pétrolier, ce “groupe des 7” informel de discussion et de partenariat économique a d'abord réuni les 5 pays les plus industrialisés du monde (les États-Unis, le Japon, la France, l'Allemagne de l'Ouest et le Royaume-Uni) avant de devenir G7 (avec l’Italie et le Canada). 

La filiale irlandaise de Microsoft, relève le média britannique le Guardian, n’a par exemple pas payé d’impôts sur les sociétés en 2020, alors qu'elle y a réalisé 315 milliards de dollars de bénéfices grâce aux ventes sur toute la planète des licences de la firme californienne. 

Pourquoi ? Parce que chaque société paie des impôts sur les bénéfices là où elle a élu domicile, c’est-à-dire là où elle est enregistrée, de la même façon qu’un citoyen paie des impôts sur ses revenus à l’Etat dans lequel il est domicilié. 

Or, les multinationales choisissent des pays qui imposent peu voire pas du tout d’impôts sur les bénéfices. 

Microsoft s’est ainsi immatriculée aux Bermudes, et paie des impôts seulement aux Bermudes, un paradis fiscal qui … n’impose pas les sociétés. 

C’est précisément cette règle du jeu que souhaitent modifier les ministres des Finances du G7. L’idée est maintenant de taxer les sociétés, là où elles réalisent, au contraire, des bénéfices

Ce projet de réforme existe depuis plusieurs années, porté notamment par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la France. 

Éco-mots

OCDE

L'OCDE est une organisation internationale créée, à l'origine, pour gérer l'aide américaine après la Seconde Guerre mondiale, le plan Marshall. Elle regroupe aujourd'hui 38 pays et représente 80% des échanges et de l’investissement dans le monde. Elle réalise de nombreuses études et rapports, notamment en matière économique, d’éducation et de santé. Elle vise à mettre en place des normes internationales pour "promouvoir des politiques publiques qui favorisent la prospérité, l’égalité des chances et le bien-être pour tous".

En quoi consiste l’idée de taux minimum d’impôt sur les sociétés ? 

Il s’agit de la deuxième partie de la réforme proposée : mettre en place un impôt plancher, minimum, applicable à toute entreprise, quel que soit le pays où elle exerce ses activités.

Avec ce minimum, la société devra payer ce taux, même si elle est enregistrée dans un paradis fiscal qui ne taxe pas ou peu les bénéfices. 

À combien s'élèverait ce taux ?

Joe Biden avait d'abord évoqué  un taux minimum d'impôt sur les sociétés de 21%, avant de rétrograder et de s’en tenir à 15%. En France, le taux d’imposition des sociétés est de 28%, contre 12,5% en Irlande, ou 10% en Bulgarie.

Pour l’économiste Gabriel Zucman, dont les propos ont été rapportés par Libération : le taux de 15% vers lequel le G7 semble se diriger est "dérisoire”, car il s’appliquerait aux entreprises les plus lucratives, alors qu’en France, “les taux d’imposition effectifs des classes moyennes et populaires sont de 30 ou 40% en prenant en compte la TVA, autres impôts et cotisation sociale”. 

Thomas Piketty, au micro de France Inter, insiste : “accepter 15%, c’est structurellement donner le droit aux multinationales de payer moins d’impôts que les PME”.

Mais ce taux pourrait être un point de départ. "Dans les mois qui viennent nous allons nous battre pour que ce taux d'imposition minimal à l'impôt sur les sociétés soit le plus élevé possible", estime Bruno Le Maire dans un tweet.

Selon l’Observatoire européen de la fiscalité, un taux minimum à 15% rapporterait 4 milliards d’euros à la France.

Quelles sont les chances que ces règles soient adoptées ?

Mettre en place un impôt minimal et faire payer plus d’impôts aux multinationales pourraient aider les Etats à renflouer leurs caisses, vidées par la crise sanitaire, et des plans de relance.

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Pour autant, les pays aux taux d’imposition sur les sociétés les plus faibles se sont déjà déclarés contre, comme l’Irlande, et la Hongrie. 

Après la crise de 2008, le secret bancaire avait sauté. Avec cette crise sanitaire, l’absence de taxation des multinationales va-t-elle aussi faire de même ? Rien n'est moins sûr, car maintenant qu'un accord au G7 a été trouvé, il doit être accepté par... le reste du monde. Ces règles devront donc être d'abord adoptées par le prochain G20 des ministres des Finances en juillet 2021 à Venise, avant d'attérir sur la table de l'OCDE. Gage que les négociations entre ses 38 membres seront intenses.