Hausse des prix du pétrole : symbole d'une confiance économique mondiale retrouvée

En pratique

Hausse des prix du pétrole : symbole d'une confiance économique mondiale retrouvée

La remontée des prix du pétrole montre une confiance retrouvée des différents acteurs économiques. Un optimisme qui trouve sa source dans l’avancée de la vaccination et dans les investissements publics massifs dans l’économie, en particulier aux États-Unis.

Une éclaircie semble enfin se dessiner après une année noire pour le pétrole. Lundi 8 mars, les cours de l’or noir ont dépassé la barre symbolique des 70 dollars (environ 59 euros), un prix du baril comparable à celui avant l’effondrement de la demande causé par la pandémie de Covid-19, qui a provoqué une baisse des prix inédite par sa vitesse et son ampleur.

Au déclenchement de la pandémie, la réduction spectaculaire des transports, qui d’ordinaire consomment 60 % du pétrole produit, contribue lourdement à cette chute. Elle favorise une surabondance de l’offre - la quantité de biens ou services proposés sur un marché, et les prix du brut baissent de près de 70 % en moyenne en l’espace de quelques mois.

En avril dernier, faute de stockages suffisants, les producteurs ont même été contraints de payer les acheteurs pour qu’ils leur enlèvent les barils de pétrole accumulés. Les prix du pétrole ont chuté de plus de 50 dollars le baril en une seule journée, à moins de zéro. L’industrie a été obligée de plonger dans le sommeil de nombreux puits.

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Quels mécanismes se cachent derrière cette remontée des cours ? D’abord, une reprise lente mais assurée de la demande de pétrole, à la faveur du regain économique.

La campagne massive de vaccination envoie des signaux positifs quant à la maîtrise de l’épidémie, de quoi renforcer la confiance des acteurs (entreprises, traders,…), qui investissent de nouveau, ce qu’ils ne faisaient plus à cause du manque de visibilité dominant jusqu’à la découverte du vaccin.

Autre facteur qui rassure : l’investissement des pouvoirs publics dans l’économie. À commencer par le plan de relance massif décidé par l’administration Biden aux États-Unis. Près de 1900 milliards de dollars seront injectés dans l’économie du pays pour favoriser la croissance. Le pays est le principal consommateur d’or noir au monde, et la santé de son économie est un indicateur fiable pour les marchés.

Baisse de l’offre mondiale

Du côté de l’offre, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, un groupe de pays producteurs crée en 1960 pour avoir une influence sur le prix mondial du pétrole, et leurs alliés dont la Russie ("Opep +") restreignent drastiquement leur production depuis mai 2020.

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"Garder le pied sur le frein permet d’écouler les stocks qui restent toujours importants, explique Francis Perrin, directeur de recherche à l’IRIS. Nous ne sommes plus dans la situation où trouver un lieu pour pouvoir entreposer les barils de pétrole dans le monde était un immense défi, comme c’était le cas en 2020".

Garder le pied sur le frein permet d’écouler les stocks qui restent toujours importants

Francis Perrin,

Directeur de recherche à l’IRIS.

Cette alliance, scellée une nouvelle fois le 4 mars, lors d’un sommet à Vienne, déjoue les pronostics de par sa pérennité, en excluant, de nouveau du marché, plusieurs millions de barils de pétrole.

"La décision reste historique", rappelle Francis Perrin. Les 13 membres et neuf partenaires de l’OPEP pompent environ 780 000 barils de pétrole par jour de moins qu’au début de l’année, même si les prix ont augmenté de 30 % ces derniers mois.

De par cette vigilance, l’organisation semble tirer les leçons de son passé proche. En mars 2020, à l’issue d’une réunion qui n’avait pas laissé de place au compromis, les membres de l’Opep et de "l’Opep + ", avec en tête les dirigeants saoudiens et russes, s’engagent dans une bataille des prix, dans un contexte d’effondrement de la demande liée aux confinements à travers le monde.

Les cours fondent à une allure spectaculaire, le brent, la référence mondiale, s’enfonce en dessous des 15 dollars. Pour éviter de faire vaciller les cours de nouveau, les pays membres se résignent à pomper moins de pétrole pour le moment.

Quels risques pour l’avenir ?

Même si, à court terme, aucun risque imminent ne pouvant de nouveau faire décroître les cours à toute allure ne se manifeste, la prudence doit rester de mise face à plusieurs inconnues. À commencer par la production de pétrole non-conventionnel aux États-Unis, premier producteur mondial, qui s’est largement effondré pendant la crise.

Pour contenir les prix aux alentours des 70 dollars, les Saoudiens espèrent donc ne pas observer la reprise de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis.

D’autres facteurs géopolitiques entrent en compte. En Iran, l’Accord de Vienne sur le nucléaire Iranien et le régime de sanctions mis en place par les États-Unis a sérieusement amputé la production de pétrole brut du pays.

Si l’Iran et la nouvelle administration de Joe Biden devaient réussir à dépasser leurs différends, il y aurait donc potentiellement la possibilité de voir revenir sur le marché international environ 1,7 Mb/ (un million de barils par jour) de pétrole brut.

Dans un marché mondial de 100 Mb/j en année normale, une hausse de l’offre de près de 2 % pourrait aggraver la chute des prix de l’or noir, déjà lourdement affectés par le Covid.

Au Moyen-Orient, région qui concentre de nombreux pays producteurs, les tensions pourraient conduire à une hausse des prix. "Des installations pétrolières clefs, ont récemment été visées, ce qui rend le marché nerveux", précise Francis Perrin.

Les pays producteurs de pétrole en souffrance économique

Si la baisse durable de la consommation de pétrole, a ses conséquences positives pour le climat, elle laisse de profondes séquelles pour les pays producteurs, plus particulièrement pour ceux dont l’économie dépend intégralement de cette industrie.

En Algérie, les hydrocarbures représentent 95 % des exportations du pays et assurent 60 % du budget de l’État. Même si le pays est peu endetté, ses réserves de change fondent à mesure que les prix du pétrole baissent.

Elles étaient de 44,2 milliards de dollars en août, contre 51 milliards de dollars fin mai, et 200 milliards de dollars en 2014. À ce rythme, l’Algérie risque une crise de la balance des paiements avec des dépenses dépassant les recettes.

Par ailleurs, la crise sanitaire a conduit à une prise de conscience des entreprises productrices de pétrole. L’institut français du pétrole (IFPen) a observé un basculement symbolique en 2020 : les investissements dans la transition énergétique ont dépassé ceux alloués à l’exploration et la production d’hydrocarbures.

"On anticipe l’augmentation de la demande de pétrole en 2021. Mais il faudra attendre encore quelque temps avant que les entreprises regagnent en confiance et investissent de nouveau dans l’extraction", signale Francis Perrin.