Hyperloop : les incertitudes économiques du train supersonique

Kevin Hauser
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Depuis son lancement en 2013 par Elon Musk, l’ingénieux patron de Tesla et Space-X, le concept Hyperloop – qui promet de relier Los Angeles à Las Vegas en 30 minutes – fascine, intrigue et inquiète à la fois. Car son business model est incertain. 2020 devrait sonner l'aboutissement de plusieurs projets... pour l'instant pas forcément bien embarqués.

Hyperloop sera un train supersonique composé de plusieurs capsules cylindriques pouvant accueillir de 28 à 40 passagers. Ces « pods » se déplaceront dans un tube à très basse pression qui reposera dans le vide. En éliminant les frottements de l’air, les capsules pourront se déplacer jusqu’à 1 220 km/h (plus vite qu’un avion de ligne).

L'Hyperloop, comment ça marche ?

Train supersonique
L’Hyperloop est constitué de « capsules » de 3 tonnes et de moins de 3 mètres de diamètre flottant sur un coussin d’air, propulsées par un rail magnétique dans des tubes suspendus et fonctionnant à l’énergie solaire. La propulsion est assurée par des moteurs à induction placés à intervalles réguliers.
Les tubes étant presque sous vide, le peu de frottements permet à la capsule d’atteindre des vitesses de plus de 1 200 kilomètres par heure, soit presque la vitesse du son (1 234,8 km/h).

À ce jour, la société spatiale de Richard Branson, Hyperloop One, est la seule à avoir testé le concept. Dans le désert du Nevada. Mais son « pod » a atteint seulement 387 km/h, loin du record du TGV (575 km/h). Encore un effort…

Peut mieux faire : une vitesse "record" de 310km/h

Hyperloop
C’est le 29 juillet 2017 que Hyperloop One a réussi son deuxième test grandeur nature, sur sont site dédié, dans le désert du Nevada. Le prototype Hyperloop One XP-1 a atteint la vitesse record de 310 km/h.
À droite, Richard Branson, président fondateur de Virgin, a rejoint la société Hyperloop One devenue Virgin Hyperloop One.

Optimiser les capacités avec le big data

Sur une ligne normale, les ingénieurs prévoient un départ toutes les 80 secondes. Cette fréquence pourra varier en fonction du jour de la semaine, de la période de l’année et de l’heure de la journée. L’intelligence artificielle et le big data offriront la possibilité d’optimiser les capacités. Chaque passager sera connu d’Hyperloop qui pourra lui conseiller d’attendre pour payer moins cher. Les tarifs seront variables en fonction de la demande : payant en heure de pointe, gratuit le reste du temps.

L’entreprise pourra aussi se rémunérer avec de la publicité et des contenus proposés aux usagers pendant leur trajet sur les murs-écrans. En effet, les « pods » seront sans fenêtre. Enfin, on pourra vendre des services aux passagers en fonction de leur profil, comme à bord des compagnies aériennes low cost.

D'abord 8km en Californie

Le premier Hyperloop équipera Quay Valley (Californie), une ville futuriste entièrement alimentée par l’énergie solaire qui verra le jour entre Los Angeles et San Francisco. Cette ligne transportera dix millions de personnes par an sur une distance de huit kilomètres.

En France, la start-up canadienne Transpod a choisi le village de Droux (Haute-Vienne) pour y construire un centre de recherche et une piste d’essai pour son futur Hyperloop qui devrait relier Lyon à Saint-Étienne. Un permis de construire leur a été accordé en novembre 2018. Début 2020, les travaux n'avaient toujours pas commencé. Le PDG Sébastien Gendron annonçait, selon l'Usine Nouvelle, un début de construction en février ou mars. La raison de ce retard : l'argent public. Transpod attendait un financement de l'Union Européenne à hauteur de deux millions d'euros, il est finalement arrivé le 4 décembre 2020. Le deuxième projet français très avancé est celui du Californien Hyperloop Transportation Technologies (HTT). Ce dernier s’est installé sur l’ancienne base militaire de Francazal, à Toulouse.

Trois tubes à Toulouse en avril 2018

Convoi exceptionnel
C’est en convoi exceptionnel que les trois premiers tubes de la future piste d’essai de l’Hyperloop de la société Hyperloop Transportation Technologies ont fait leur arrivée, en avril 2018, sur la base militaire de Francazal, à Toulouse. Six autres convois de la même teneur étaient attendus durant les semaines suivantes pour acheminer les autres tubes nécessaires à l’assemblage de la piste.

Parmi les autres projets à l’étude dans le monde, signalons la ligne Dubaï – Abou Dhabi.

Station Hyperloop
La Station Hyperloop à Abou Dhabi imaginée pour HTT. Le premier voyage devrait avoir lieu aux Émirats arabes unis à l’occasion de l’Expo 2020 de Dubaï.

Un projet viable économiquement ?

Pratiquement aucune société ferroviaire dans le monde n’est rentable. Le TGV français, tout comme le métro de Los Angeles, a besoin d’aides publiques pour subsister. L’Hyperloop peut changer cela.

Écologique, il devrait être alimenté par des panneaux solaires placés sur les tubes. Comme il produit davantage d’énergie qu’il n’en consomme, ses coûts opérationnels seront bas. Les simulations réalisées sur la ligne Toronto-Montréal donnent un retour sur investissement d’environ trente ans. Certains promoteurs français sont plus optimistes et tablent sur dix ans.

Combien coûtera la construction d’un kilomètre de ligne ?

C’est le grand mystère. Il oscille selon les études entre 20 millions d’euros (comme pour le TGV) et 40 millions d’euros, selon la topographie. Pour éviter l’explosion des coûts, il faudra donc choisir soigneusement les territoires afin que le transport réponde à un réel besoin, et qu’il soit géographiquement « rentable ».

Photos : © Hyperloop