Contre les incendies en Australie, le brûlant financement des pompiers volontaires

En pratique

Contre les incendies en Australie, le brûlant financement des pompiers volontaires

Pour combattre les incendies carbonisant la côte est australienne, les pompiers sont à pied d'oeuvre depuis novembre. Problème, 70% d'entre eux n'étaient pas rémunérés alors qu'ils délaissaient leur activité professionnelle principale pour protéger la population. 

Vingt-quatre personnes et près d’un demi million d’animaux ont péri dans les flammes australiennes depuis le début de la saison des feux. L’année 2019 a été cinq fois plus dévastatrice qu’une année ordinaire. L'État australien de la Nouvelle-Galles du Sud est le plus concerné par ces incendies exceptionnellement virulents. Tellement virulents qu’ils bouleversent le mode de financements des opérations des soldats du feu.

Nouvelle-Galles du Sud en Australie et taille de la France en proportion

Dans cet État, ils sont 35 000 pompiers à s’attaquer quotidiennement aux brasiers depuis le mois de novembre. Jusqu’à fin décembre, 70% d’entre eux étaient bénévoles, sous le statut de sapeurs-pompiers volontaires. La brigade de la Nouvelle-Galles du Sud, le Rural Fire Service of New South Wales (NSW RFS), est celle qui embauche le plus de sapeurs pompiers bénévoles au monde (72 491 en 2018).

Selon les comptes de l’Alliance australienne des pompiers pour le climat, seulement 3 500 professionnels à plein temps et 4 000 à temps partiel œuvrent sur le terrain. A ceux-là, s’ajoutent 3 000 réservistes de l’armée que le Premier Ministre, Scott Morrison, a fini par dépêcher sur les lieux lundi 6 janvier.

Le volontariat chez les sapeurs-pompiers est un système répandu à travers le monde, mais il prend différentes formes. Le système français, par exemple, indemnise à hauteur de 7,83€ l’heure les 195 000 sapeurs-pompiers volontaires (79% de l’effectif total).

A la différence des pompiers français, les “firies”, comme les appellent les Australiens, rognaient sur leur temps de travail et leur vie de famille sans toucher un centime. 

Contraints de retourner à leur activité principale pour subvenir à leurs besoins, les sapeurs-pompiers volontaires australiens ont mis le gouvernement au pied du mur. Le Premier ministre a finalement annoncé le 29 décembre leur indemnisation.  

“Il ne s’agit pas de rémunérer les volontaires mais de soutenir leurs efforts pour les protéger d’un manque à gagner financier”

Scott Morrisson, Premier ministre australien.

Les plus chanceux d’entre eux toucheront jusqu’à 300 dollars australiens par jour (soit 185€), à condition d’avoir enchaîné dix jours consécutifs. Une prime de 6 000 dollars australiens (soit 3 704€) pour les fêtes a aussi été versée à tous les soldats du feu volontaires.

50 millions de dollars, c’est le coût estimé pour l’indemnisation des sapeurs-pompiers volontaires dans le budget fédéral. Cette dépense ne sera pas plafonnée, a déclaré le Premier Ministre. Pour l’instant, seul l'État de la Nouvelle-Galles du Sud est concerné par cette réforme. S’ils en expriment le besoin, d’autres États pourraient à terme en bénéficier.  

Les entreprises sont invitées elles aussi à mettre la main à la poche. Les volontaires salariés du secteur public ont désormais quatre semaines de congés payés alloués aux combats des brasiers. Le Premier ministre a également encouragé les sociétés privées à instaurer ce même dispositif. 

Les Australiens sont descendus dans la rue vendredi 10 et samedi 11 janvier, sur tout le continent rouge, pour protester contre le manque de réactivité et la gestion des incendies par le gouvernement.

Cagnotte populaire 

Habitués au manque de moyens, les “rural fire services” continuent de glaner de l’argent où ils peuvent. A l’instar du célèbre calendrier des pompiers en France, les casernes australiennes appellent fréquemment aux dons et au sponsoring. 

Spontanément, les Australiens se sont rués sur ces modes de financements alternatifs. Ils ont aussi organisé des cagnottes populaires à destination des pompiers. D’abord pour subvenir aux besoins des volontaires qui n’étaient pas payés pendant leur implication dans les incendies. Puis, depuis l’annonce de leur rémunération, pour l’acquisition d’équipements contre les fumées épaisses. 

Face à cet engouement populaire, l’humoriste Celeste Barber se demandait publiquement mardi où étaient les milliardaires qui s’étaient précipités lors de l’appel aux dons visant à reconstruire Notre-Dame-de-Paris après son incendie. Elle a elle-même réussi à récolter près de 50 millions de dollars australiens (31 millions d’euros), soit l'équivalent du budget débloqué par le gouvernement, auprès de deux millions de personnes en une semaine.

[Mise à jour : Jeff Bezos a indiqué samedi sur Instagram l'implication d'Amazon à hauteur d'un million de dollars australiens "en utilisant la logistique et les technologies innovantes d’Amazon, ainsi que des dons en espèces pour soutenir les organisations en première ligne des secours."]

Et en France, est-ce que ça fonctionne ?

En France, le volontariat chez les pompiers date de 1996 et constitue aujourd'hui 79% des effectifs. Les sapeurs-pompiers volontaires ont les mêmes responsabilités que les professionnels. Pour Sébastien Delavoux, animateur du collectif CGT des service départementaux d'incendie et de secours, cette situation ne peut plus durer : “il manque 20 000 professionnels.”

II ne faut toutefois pas sacrifier ce modèle, estime le colonel Hugues Deregnaucourt, vice-président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. “Professionnaliser tous les sapeurs pompiers volontaires en France coûterait à l’ensemble des collectivités locales deux milliards d’euros de plus par an”, selon le colonel Hugues Deregnaucourt, (le budget actuel est de 4,5 milliards d’euros par an pour la France entière) “sans que cela ne soit vraiment efficace”. 

Risques chimiques 

D’après lui, “la seule compétence dont un volontaire peut manquer, en comparaison avec un professionnel, ce sont les risques chimiques. L’activité principale du volontaire constitue même une force, car elle est complémentaire avec son savoir-faire de pompier.” Le recours aux volontaires offre aussi plus de flexibilité : ils sont sollicités uniquement en cas de besoin et ne sont pas soumis aux 35 heures. Des contentieux sont en cours au niveau européen pour reconnaître les volontaires comme des travailleurs.