Le sable : une ressource essentielle en péril ? 

En pratique

Le sable : une ressource essentielle en péril ? 

Invisible, mais omniprésent dans notre quotidien, le sable est la troisième ressource naturelle la plus consommée sur la planète, après l’air et l’eau. Sa raréfaction menace.

Prenez un hôpital, un logement, une route, une voie ferrée, une fenêtre ou un microprocesseur. Tous ces éléments essentiels à notre société moderne contiennent du sable. En termes de volume, les granulats – terme générique qui désigne également la roche broyée et les graviers – sont la matière solide la plus extraite au monde.

Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) estime que nous en utilisons chaque année environ 50 milliards de tonnes. Faute de données plus précises, ce chiffre se fonde sur la production mondiale de ciment.

En appliquant les ratios du béton, mélange précis de ciment, de granulats, d’air et d’eau, les chercheurs en ont déduit la consommation de sable dans l’industrie de la construction, de loin la plus gourmande.

Ils y ont ajouté l’estimation d’autres consommations importantes, comme le remblaiement des plages et la poldérisation (transformation d’une terre conquise sur la mer).

Nous ne savons toujours pas précisément le volume global qui existe sur la planète

Aurora Torres

Chercheuse post-doctorante en écologie et coordinatrice du projet Sandlinks

Horizon 2050

Il existe très peu de données mondiales et standardisées sur l’extraction du sable, ses volumes et ses sources, ou sur les échanges internationaux. « Nous ne savons toujours pas précisément le volume global qui existe sur la planète », explique Aurora Torres, chercheuse post-doctorante en écologie et coordinatrice du projet Sandlinks, qui vise à identifier des modes de consommation de sable plus durable.

« Ce qui est sûr, c’est que la croissance démographique et l’urbanisation vont faire augmenter la demande de manière très significative », résume-t-elle.

En 2015, la fondation Global Infrastructure Basel estimait que 75 % des infrastructures qui seraient en place d’ici 2050 n’existaient pas encore. Et, à l’heure actuelle, le béton est le premier matériau de construction au monde. Or le sable n’est pas une ressource renouvelable et son exploitation intensive pose déjà problème.

« Nous dépensons notre “budget sable” plus vite que nous ne pouvons le produire de manière responsable », s’inquiètent les auteurs du rapport « Sable et développement durable » du PNUE, paru en 2019.

« La question n’est pas tant “va-t-on vers une pénurie de sable ?” », précise toutefois Louise Gallagher, membre de la toute récente initiative de l’Observatoire mondial du sable au sein du GRID-Genève (Global Resource Information Database). « Mais plutôt “allons-nous manquer de certains types de sables ?” » 

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Un sable, un usage

Issus pour l’essentiel de roches érodées par le temps et de roches massives concassées par l’homme, les granulats ont des caractéristiques et des propriétés différentes.

Le sable du désert, par exemple, trop fin et trop poli, est inexploitable dans le domaine de la construction. Dubaï a dû en importer d’Australie pour construire sa célèbre tour Burj Khalifa.

Si la question de la raréfaction peut se poser ici ou là, celle-ci n’est pas due à l’épuisement de la ressource. Elle tient plutôt à des facteurs géologiques, environnementaux (une zone protégée qui empêcherait l’exploitation), économiques (un coût trop élevé du transport du sable) ou techniques (l’absence de technologies ou de matériel nécessaires).

« Nous aurons toujours du sable, mais le coût environnemental, social et géopolitique de son obtention va devenir de plus en plus élevé », expose Kiran Pereira, fondatrice de la plateforme d’information et de sensibilisation Sandstories.

Pêcheries menacées

Selon des données préliminaires de l’Observatoire du sable, la moitié de l’approvisionnement mondial proviendrait de zones naturelles (rivières, plages, carrières, mer, etc.), et l’autre, de roches concassées.

En France, par exemple, l’extraction marine est très réglementée et le dragage en rivière interdit. Mais dans certaines économies émergentes et en développement, les cadres sont plus souples, voire inexistants.

L’exploitation sauvage, gérée dans certains pays par des réseaux criminels, se fait alors au détriment de l’environnement et de l’économie locale. Les écosystèmes sont fragilisés, les pêcheries d’eau douce et marines menacées, etc.

Depuis quelques années, les organisations environnementales militent ainsi pour plus de transparence, de sensibilisation et d’encadrement.

Selon le PNUE, « l’ampleur de l’extraction de sable et de gravier dans le monde en fait l’un des défis majeurs du développement durable au XXIe siècle ».

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Les États-Unis assurent un quart (27%) des exportations mondiales de sables et granulats en 2019, devant les Pays-Bas (13,5%) et l’Allemagne (8%). Entre 2015 et 2019, les Pays-Bas ont doublé la valeur de leurs exportations.

Et si on recyclait le béton des grands ensembles démolis ?

En nette progression, le recyclage des granulats est l’une des pistes privilégiées pour économiser les ressources naturelles épuisables et préserver l’environnement.

En France, selon l’Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction (UNICEM), 27 % de nos besoins en granulats étaient couverts par le recyclage en 2018.

« Il y a encore une dizaine d’années, la question ne paraissait pas pressante, nous avons beaucoup de régions assez bien dotées en granulats naturels à coût modéré. Mais les mentalités ont évolué, les citoyens demandent de la sobriété », explique l’ingénieur François de Larrard, ancien directeur scientifique du groupe LafargeHolcim et de Recybéton.

De 2012 à 2018, ce projet de recherche a réuni des maîtres d’ouvrage, des entreprises de construction, des producteurs de matériaux, des ingénieries, des assureurs et des chercheurs.

L’objectif : montrer qu’avec des granulats recyclés, on peut fabriquer du béton doté de performances techniques, économiques et environnementales satisfaisantes.

« Dans les années à venir, les flux de démolition devraient augmenter, notamment avec les grands ensembles qui arrivent en fin de vie. Si l’on veut éviter la mise en décharge et réduire la distance entre la source des matériaux et les chantiers de construction, les plateformes de recyclage près des chantiers sont une solution intéressante », résume François de Larrard.