Les affamés : une révolte des jeunes a-t-elle un sens ?

En pratique

Les affamés : une révolte des jeunes a-t-elle un sens ?

Chaque mois, Pour l’Éco passe son dossier au crible de la pop culture. Ici, le film Les Affamés (2018), raconte une volonté de révolte de la jeunesse, pour alerter sur son sort et sa place dans la société.

On vit en France. On est à peu près cultivés, compétents. Alors pourquoi on se retrouve là tous à 20h à se raconter notre journée pourrie ? Tout le monde nous a renvoyé notre jeunesse à la gueule”, s’exclame Zoé (Louane), après avoir débranché la télé, debout devant ses 6 colocataires parisiens assis dans le canapé: "On n’a pas que Beyoncé et Instagram en commun". 

Elle est révoltée, par un enchaînement de petits boulots précaires (femme sandwich pour une boisson chocolatée, distributrice de journaux gratuits…) et les déconvenues professionnelles de ses amis, entre bullshit job ("moi j’ai colorié un index gauche toute la journée") et humiliations venues de la hiérarchie : “cette après-midi, j’auditionne le stagiaire qui va te remplacer. Tu me le formeras bien, hein ?”

Horizon bouché 

Pour l’étudiante furieuse, la situation est simple : c’est une guerre de générations. “Les jeunes, ce n’est pas juste une catégorie d’âge, c’est une classe sociale. On nous demande tout sans rien nous donner en échange.

Elle décide d’agir contre cette situation. Elle crée un site et poste une vidéo pour appeller les jeunes à se révolter. Le mouvement devient viral. Des modes d’action s’organisent.

Pour critiquer la dévalorisation des diplômes, l’un des participants, propose une idée : tout jeune travaillant en relation avec la clientèle donnera son niveau d’étude au moment de se présenter. “Bonjour monsieur, je m’appelle Julien, je suis en 4e année d’architecture, lance un jeune caissier à un client médusé. Vous avez la carte de fidélité du magasin ?".

Leurs répliques ont un cruel air de déjà-vu. “On nous dit chaque jour qu’on passera notre vie à Pole emploi. Il n’y a pas de travail, et puis même si on arrive à décrocher un poste, ce ne sera pas celui dont on rêvait, assène froidement, comme une fatalité, le petit frère de Zoé, âgé d’une dizaine d’années. Mais bon, toi aussi, Zoé, tu prendras ce qui vient et tu vivras malheureuse, c’est comme ça.

La question de la massification des diplômes et de la surqualification joue aussi sur la frustration des jeunes adultes dans le film. “À l’époque, ne pas avoir de diplôme, ça passait mais pas aujourd’hui, compatit le père de Zoé.

À lire : La massification des diplômes est-elle une démocratisation ?

Une révolte des jeunes aurait-elle réellement un sens ? Présenter "la jeunesse" comme un ensemble statistique fourre-tout est un raccourci trop rapide. Les inégalités économiques ou les discriminations existent aussi entre plusieurs jeunesses.

Des éléments macroéconomiques peuvent expliquer la crispation de cette génération. Le taux de chômage des jeunes, omniprésent dans le film, a une réalité qui dépasse la fiction : le taux de chômage atteignait 22,1 % chez les moins de 25 ans fin 2020.

Les dépenses publiques pour l’enseignement supérieur ont également baissé en France depuis 2001, en dépit d’une hausse du nombre d’étudiants après un mini baby-boom dans les années 2000. Et le film n’aborde même pas un thème explosif : la dette climatique.

Making-of

Comédie réalisée par Léa Frédeval, adaptation de son livre éponyme paru en 2014. Le film est parfois démagogique, mal joué et sa morale est vaseuse. Le choix d’aborder dans un film, même maladroitement, la place de la jeunesse reste intéressant. 

Le long-métrage sort en France quelque temps après le mouvement #Onvautmieuxqueça qui avait surgi dans le débat public en 2016, autour de revendications similaires. En 2019, c’est l’expression "Ok Boomer" qui relance les débats sur un éventuel conflit intergénérationnel.