Environ 45 % du plastique consommé en Europe est utilisé pour de l’emballage à usage unique. Un comportement qui doit impérativement changer.

En début d’année 2019, le Conseil national de l’emballage a recommandé d’éviter le terme « bioplastique ». Pourquoi ? Parce que le préfixe « bio » peut se référer à deux choses différentes : d’une part, les plastiques dont l’origine est biosourcée, c’est-à-dire qu’ils sont fabriqués à partir de ressources renouvelables (blé, maïs, canne à sucre…) ; d’autre part, les plastiques biodégradables, qui peuvent être décomposés par des micro-organismes. Résultat, il existe trois catégories de bioplastiques :

  • les biosourcés, mais non biodégradables
  • ceux qui sont issus de la pétrochimie, mais biodégradables
  • les plastiques à la fois biosourcés et biodégradables

Un océan de polymères

Actuellement, les bioplastiques représentent à peine 1 % de la production mondiale de plastique, soit 2,11 millions sur 355 millions de tonnes. Ce marché devrait progresser de 25 % au cours des cinq prochaines années, selon les prévisions de la fédération European Bioplastics.

« Quand on utilise du maïs plutôt que des ressources fossiles pour fabriquer du plastique, on produit certes moins de gaz à effet de serre. Mais le véritable problème du plastique, ce n’est pas sa source, c’est ce qu’il devient une fois utilisé », souligne Stéphane Guilbert, professeur à SupAgro Montpellier.

En effet, comment ne pas penser aux millions de tonnes de plastique flottant dans les océans ? « La quasi-totalité des matériaux plastiques sur le marché sont des polymères de chaînes carbonées qui ne sont pas assimilables par l’environnement. Ils sont donc progressivement réduits en particules fines, en microparticules et en nanoparticules qui pénètrent toute la chaîne alimentaire », s’inquiète Stéphane Guilbert. Dans ce contexte, il semble surtout urgent de développer des plastiques biodégradables.

Penser à long terme

Ne pas confondre

Recycler et décycler

Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), le taux de recyclage du plastique en France n’est que de 21,3 %, loin de l’ambition du gouvernement qui vise 100 % de plastique recyclé d’ici 2025. En réalité, seule une très petite proportion du plastique est recyclée. « Le recyclage est la réutilisation d’un matériau pour le même usage, explique Stéphane Guilbert. Actuellement, seulement 2 % du plastique est ainsi recyclé au niveau mondial. Le reste du plastique dit “recyclé” est en réalité décyclé, c’est-à-dire réutilisé dans un matériau de moindre valeur d’usage, comme des fibres polaires, des plastiques pour la construction (gaines de câbles, sols…), du mobilier urbain comme des bancs publics. Quand ces plastiques-là arrivent en fin de vie, on ne peut plus les recycler. Il ne reste que l’enfouissement ou l’incinération. Décycler revient donc à repousser le problème. »

Oui, mais… pour l’instant, la plupart des plastiques « biodégradables » sont compostables uniquement dans des conditions industrielles (70-75 °C) et non dans le compost fait à la maison (40-45 °C). « Cela suppose que le citoyen est conscient qu’il s’agit d’un plastique compostable et qu’il le jette bien avec les déchets organiques qui seront collectés et orientés vers une plateforme de compostage industriel », indique Laura Châtel, chargée de campagne pour l’association Zero Waste France.

« Selon nous, le plastique compostable n’offre de solutions que dans certains cas limités, par exemple dans les milieux urbains où la collecte de déchets organiques est développée. »

Au final, « c’est une erreur de penser que les bioplastiques sont une solution miracle, car le vrai problème, c’est l’usage unique : 45 % du plastique aujourd’hui consommé en Europe est utilisé pour de l’emballage à usage unique », souligne Laura Châtel.

« Cela n’a aucun sens d’utiliser du plastique pour quelques heures ou quelques jours alors qu’il va poser des problèmes à l’environnement pour des milliers d’années », ajoute Stéphane Guilbert. La seule solution selon lui : « Apprendre à se passer du plastique dans tous les usages où celui-ci n’est ni indispensable ni irremplaçable. »