"Les faussaires" : Quand les nazis tentaient le bombardement monétaire

En pratique

"Les faussaires" : Quand les nazis tentaient le bombardement monétaire

Ce film raconte la stratégie allemande visant à introduire une masse d’argent truqué dans l’économie britannique. L’objectif ? Créer une dynamique incontrôlable de hausse des prix. L’affaire a-t-elle été concluante ?

Pop Éco : Quand Pour l'Éco décrypte par la pop culture un sujet économique. Ici la monnaie et l'inflation.

« On ne va pas refiler ces billets à une caissière de grand magasin. Non, ce qu’on veut, c’est détruire l’économie anglaise. S’ils découvrent trop tôt que ce sont des faux, ce sera foutu. Et on vous renverra dans vos camps. » Dans le film Les Faussaires, le SS Bernhard Krüger s’adresse ainsi à une poignée de prisonniers juifs du camp de concentration de Sachsenhausen (Allemagne). Ces déportés – sélectionnés pour leur expertise – sont imprimeurs, faussaires, graphistes. Leur mission : fabriquer des faux billets de cinq livres.

Menacés de mort, ils ont malgré tout des conditions de vie plus humaines que les autres détenus. L’officier Bernhard – dont l’opération porte le prénom – est clairement sous pression, même si les ténors du régime hitlérien restent invisibles. La mission est capitale pour le Troisième Reich. Après plusieurs mois de bataille d’Angleterre (juillet 1940-mai 1941) et de bombardements des villes britanniques, les Anglais tiennent bon. Pour les faire craquer, les nazis ont une idée : au lieu de briser les villes, si on détruisait la monnaie ?

L’hyperinflation, traumatisme allemand

Le stratagème des faux billets est influencé par le traumatisme de l’hyperinflation allemande du début des années 1920. En injectant une masse d’argent truqué dans l’économie britannique, l’objectif est de créer une dynamique incontrôlable de hausse des prix. La première idée des nazis est de parachuter les billets au-dessus du pays ennemi. Un moyen plus subtil est finalement trouvé.

Des agents allemands payent avec les fausses livres des achats dans des États neutres et en Amérique latine. Peu à peu, l’argent contrefait s’infiltre dans les circuits monétaires du royaume et ébranle son économie. En 1944, un billet sur 20 en circulation est un faux.

Obéir, mais saboter

Le SS Krüger, toujours plus sous pression, exige désormais des prisonniers qu’ils fabriquent des faux dollars. « Si vous ne produisez pas des dollars d’ici un mois, j’en fusille cinq », hurle l’officier. Le dilemme moral est omniprésent dans le film : survivre en obéissant ou mourir en sabotant, pour ne pas soutenir un régime en débâcle.

Pour l’un des protagonistes, réussir à enrayer la manipulation monétaire vaut bien le sacrifice de cinq vies. Les autres veulent surtout sortir vivants du camp. Le choix final est de produire les billets, tout en ralentissant leur fabrication. Le temps gagné par les « déportés-faussaires » contribuera à émousser l’opération Bernhard. 

Fiche technique

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Les Faussaires (Die Fälscher, en version originale) est un film austro-allemand de 2007, récompensé en France par l’oscar du meilleur film étranger. Le récit s’appuie sur le livre autobiographique d’Adolf Burger, un juif slovaque déporté, imprimeur de métier et impliqué dans cette opération.

En Chiffres

8 965 080

C’est le nombre de faux billets produits, pour un montant total de 134 610 810 livres, soit quatre fois les réserves britanniques de l’époque.

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