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Les ravages très économiques de la corruption

Robert Mauss

Le montant de la corruption liée aux passations de marchés publics s’élève à 2 000 milliards de dollars par an, soit 2,5 % du PIB mondial.

« Corruption : action d’altération, de détérioration », nous dit le dictionnaire. En économie, la corruption consiste à subvertir des personnes privées ou publiques pour obtenir des avantages. Depuis les contrats publics ou privés biaisés, jusqu’au billet glissé à un policier en faction. Selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, la corruption est « le principal obstacle au développement économique et social dans le monde ».

Par nature souterraine, la corruption est difficilement quantifiable, mais les quelques évaluations disponibles donnent le vertige. Selon l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique), le montant de la corruption liée aux passations de marchés publics s’élève à 2 000 milliards de dollars par an, soit 2,5 % du PIB mondial. Pour l’ONU, ce sont même 2 600 milliards qui sont détournés.

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Un fléau à éradiquer

Au-delà des évaluations comptables, les dégâts politiques et sociaux sont considérables : routes épouvantables, système éducatif défaillant, santé publique réservée aux privilégiés. Pas de police, pas de justice.

Dans de nombreux pays, il est possible d’acheter un diplôme universitaire ou un poste dans la fonction publique, il faut graisser la patte aux médecins pour être soigné à l’hôpital et celle des agents publics pour obtenir un document administratif. Il faut parfois même soudoyer les magistrats pour s’assurer d’un jugement favorable.

Le sujet est si grave que la communauté internationale a fait du 9 décembre la Journée mondiale de lutte contre la corruption.

La France : peut mieux faire

Si l’on en croit l’indice de perception de la corruption fixé chaque année par l’ONG Transparency International, les pays du tiers-monde sont les plus atteints par la corruption, mais ils ne sont pas les seuls. Avec une note de 69 sur 100, la France est 23e sur 176. Même si à peine 8 % des Français affirment avoir été victimes d’actes de corruption, ils peuvent jalouser les Danois (90/100), les Néo-Zélandais (90) et les Finlandais (89). En revanche, ils peuvent toiser les Espagnols (57) et surtout les Italiens (50) et les Hongrois (45), en pleine régression.

A l’exception des États-Unis (75), les grands pays de la planète sont considérés comme sérieusement corrompus : la Chine (41) fait à peine mieux que l’Inde (40), le Brésil (37) et surtout la Russie (29).

Les cinq pays qui ferment la marche sont tous en guerre. Il s’agit du Yémen (16), de l’Afghanistan (15), de la Syrie (14), du Sud Soudan (12) et de la Somalie (9).

L’ONU affirme que, dans les pays en développement, les fonds soustraits à leur destination par la corruption sont dix fois plus élevés que les montants de l’aide publique au développement. Selon la Banque mondiale, la corruption frappe les plus pauvres et les plus fragiles de manière disproportionnée en accroissant le coût d’accès aux services publics comme la santé, l’éducation et la justice. Et en dégradant ces services : pensons, par exemple, à l’effet de médicaments ou de vaccins contrefaits sur la santé de long terme des enfants.

Toujours selon la Banque mondiale, des études empiriques ont montré que les pots-de-vin payés par les plus démunis représentent un pourcentage important de leurs revenus. Par exemple, au Paraguay, les pauvres paieraient 12,6 % de leurs revenus en pots de vin contre 6,4 % pour les ménages plus aisés.

Si tout s’achète…

Dans certains pays, la corruption est à ce point implantée, c’est-à-dire les services publics à ce point inefficaces, que les réseaux mafieux s’en donnent à cœur joie avec tous les trafics possibles – drogues, armes, êtres humains et contrefaçon.

La réaction en chaîne est inévitable. Les citoyens de ces pays n’accordent aucune confiance à leurs gouvernants, les investisseurs locaux ou étrangers prennent la fuite, la démocratie, les droits de l’Homme ou la liberté d’informer passent à la trappe. L’absence d’État de droit est étroitement corrélée au sous-développement économique que produit la corruption.

Le témoin 

Marc-André
Feffer

Pour Marc-André Feffer, président de la section française de Transparency International, une ONG qui publie chaque année l’indice de perception de la corruption, on peut la combattre :

« La convention adoptée par l’OCDE, en 1997, sur l’interdiction de corrompre des agents publics étrangers a prouvé son efficacité. Les entreprises qui avaient pris l’habitude de comptabiliser légalement les pots-de-vin dans leurs investissements risquent désormais des sanctions importantes. Elles mettent en péril à la fois leurs finances et leur réputation. Les pays anglo-saxons et scandinaves ont ouvert la voie, et la France a embrayé.

La loi Sapin II (8 novembre 2016) a créé un parquet financier et l’Agence française anticorruption qui ont déjà sanctionné des banques aussi importantes que la Société Générale et HSBC. Deuxième impératif : conditionner l’aide publique au développement à son usage réel. Les gouvernants doivent adopter des lois idoines et les faire respecter par une police et une magistrature efficaces. Le chantier est encore considérable, mais depuis les années 1990 les progrès sont tangibles. »