Lever des fonds, le parcours du combattant

Béatrice Madeline
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Lionel Baraban se définit lui-même comme un « serial entrepreneur ». Il a créé sa première start-up en 1992. Puis, après l’avoir revendue à Havas, il a lancé une deuxième entreprise et procédé à trois levées de fonds : 1 million, 5 millions puis 40 millions d’euros… Aujourd’hui à la tête de Famoco, spécialiste de la validation des transactions digitales, il connaît par cœur le parcours d’obstacle des levées de fonds. L’an dernier, Famoco a levé 11 millions d’euros pour financer son internationalisation. Une opération qui fait suite à deux levées : 1,5 million d’euros en 2013, 4 millions en 2015.

« Quand l’entreprise est toute petite et que l’on démarre, c’est très facile de trouver de l’argent en France, assure Lionel Baraban. À ce stade, on recherche souvent entre un et deux millions d’euros. Pour trouver cette somme, il existe beaucoup de dispositifs : les prêts d’amorçage de la BPI (Banque publique d’investissement), les business angels… Face à un jeune entrepreneur, tout le monde est très gentil, très bienveillant ! »

Top 5 des levées fonds
Meero, 1re start-up française
Top 5 des levées de fonds de start-up françaises, de janvier à juin 2019, en millions d’euros / Source : Journal du Net

Source : Journal du Net

Le trio produit, engagement, clients

Ensuite, ça se complique. Quand l’entreprise se développe et qu’elle a besoin de capitaux supplémentaires, par exemple pour investir dans du matériel ou des locaux, recruter des collaborateurs, s’internationaliser, « les investisseurs se font plus rares, précise Lionel Baraban. Ils sont plus spécialisés, utilisent des critères d’investissement de plus en plus exigeants pour les entrepreneurs. » Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, les investisseurs se focalisent moins sur les chiffres et les montants que sur des aspects plus qualitatifs du projet. « Quand on examine un dossier, on regarde trois choses », explique François Véron, Managing Director de Newfund. « Le produit, l’engagement de l’entrepreneur dans sa boîte, et qui sont ses premiers clients. » La personnalité et le parcours des créateurs de l’entreprise sont essentiels : les fondateurs doivent allier compétences techniques, aptitudes managériales et vision entrepreneuriale ! Ils doivent aussi savoir s’entourer des bonnes personnes, gage d’un développement réussi…

Investissements par tranches de levées de fonds
3,624 milliards d’euros levés par les start-up françaises en 2018
Investissements par tranches de levées de fonds en 2018/ Source : Baromètre EY du capital risque en France, EY 2018.

 

-30 %

Du contrôle de son entreprise, c’est ce qui attend en moyenne l’entrepreneur à chaque levée de fonds.

Le meilleur accord pour les deux parties

Mais les investisseurs ne sont pas les seuls à décider. Comme dans un couple, les deux parties – entrepreneur et investisseur – doivent s’accorder sur leurs projets pour l’entreprise. Car en échange de leurs capitaux, les investisseurs deviennent actionnaires de l’entreprise.

Ils vont donc participer à la définition de sa stratégie. « Les gens qui entrent au capital de la société veulent peser un peu dans sa gestion, rappelle Lionel Baraban. Il ne faut pas l’oublier quand on accueille un nouvel investisseur, car à chaque apport de fonds (tour de table), vous perdez environ 30 % du contrôle de votre entreprise. Maintenir un rapport équilibré entre celui qui donne l’argent et celui qui le reçoit est essentiel, mais difficile. » Ainsi, pour sa précédente entreprise, Lionel Baraban avait préféré un investisseur américain à un fonds israélien qui offrait pourtant un « meilleur deal », car la vision du premier correspondait mieux à la sienne. Il ajoute : « J’ai le devoir, vis-à-vis de nos salariés, de trouver les moyens de notre développement. »

Les investisseurs se focalisent moins sur les chiffres que sur l’aspect qualitatif du projet.

Levées de fonds en France 3,6 milliards d’euros en 2018

(+ 41 % par rapport à 2017), contre 4,4 milliards d’euros en Allemagne (+ 39 %) et 7,4 milliards d’euros au Royaume-Uni (+ 6 %)

Source : Baromètre EY du capital risque en France, EY 2018

Les 5 investisseurs types

  • Les fonds d’amorçage participent au démarrage de l’entreprise, à la structuration de l’offre, au recrutement des premiers collaborateurs…
  • Les business angels sont des personnes physiques qui investissent leur argent dans des projets entrepreneuriaux, parfois sans perspective de rentabilité d’où ce surnom d’angels.
  • Love money Les parents ou amis de l’entrepreneur cherchent à lui donner un coup de pouce.
  • Les investisseurs en capital-risque investissent des sommes souvent élevées par l’intermédiaire d’un fonds, dans des projets déjà bien avancés, voire en phase de maturité. Ils attendent un retour sur investissement conséquent.
  • Les fonds de capital développement financent des entreprises en forte croissance déjà bien développées qui ont besoin de capitaux importants pour poursuivre leur croissance, ou dans l’optique d’une transmission.