Marier économie circulaire et BTP, le défi de la start-up Backacia 

En pratique

Marier économie circulaire et BTP, le défi de la start-up Backacia 

Mariant pratiques des constructeurs de cathédrales et technologie numérique, Lucile Hamon a créé Backacia, plate-forme de réemploi de matériaux de construction.

« Backacia, c’est un peu “Le Bon Coin” pour les pros du bâtiment, une place de marché où ils peuvent acheter et vendre du matériel issu de la déconstruction », explique Lucile Hamon, 28 ans, fondatrice de l’entreprise, qui emploie 11 salariés pour un chiffre d’affaires de 291 000 euros en 2019.

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Son modèle économique ? La plateforme se rémunère sur les transactions entre grandes entreprises proposant des matériaux issus de chantiers et réexploitables et petits entrepreneurs au budget serré.

L’idée germe en 2016. Lucile, qui ne se voit pas « mener un projet sans impact social ou environnemental », met ses études à HEC sur pause.

Huit mois durant, elle sillonne l’Afrique et réalise pour le groupe Suez des analyses sur l’économie des déchets. « Le réemploi des matériaux de construction est courant aujourd’hui dans des pays comme la Côte d’Ivoire. Chez nous, ce fut longtemps la norme pour bâtir châteaux et églises », explique Lucile.

Dès 2017, elle dépose les statuts de Backacia avec une associée. Priorité numéro un : se faire accompagner dans son développement et trouver des locaux.

L’avenir est prometteur – le BTP produit 230 tonnes de déchets par an et se voit imposer de plus en plus d’objectifs de recyclage. L’économie circulaire, qui prévoit la réutilisation des déchets, a le vent en poupe.

Economie circulaire 

Des revenus majoritairement issus du conseil

L’essor de Backacia est loin d’être fulgurant : un an après sa création, la start-up n’a embauché qu’un salarié.

Nous sommes sur un marché très émergent et ces pratiques ne sont pas répandues. Il faut être agile 
Lucile Hamon

Fondatrice de Backacia

« Il a fallu convaincre les entreprises de modifier leurs habitudes, de “palettiser” leurs déchets pour faciliter leur recyclage et leur réemploi. Il y a trois ans, même un groupe comme Vinci n’avait pas de référent chargé de l’économie circulaire. Et puis les artisans ont l’habitude de travailler à la confiance, avec des interlocuteurs qu’ils connaissent, il faut les persuader », raconte Lucile.

Pour atteindre la rentabilité malgré la lenteur de la montée en puissance de la plateforme, elle a fait évoluer le modèle économique : l’entreprise propose aussi des prestations de conseil en économie circulaire, elles représentent aujourd’hui 60 % de l’activité.

« Nous sommes sur un marché très émergent et ces pratiques ne sont pas répandues. Il faut être agile », poursuit Lucile.

Jusqu’à présent, elle a privilégié le financement par l’activité avec un seul recours à un investisseur : 150 000 euros en 2018.

Le Covid impose la prudence, mais l’évolution du marché invite à l’audace : le législateur accentue la pression sur le BTP pour qu’il se convertisse à l’économie circulaire et d’autres start-up, Cycle Up ou Raedificare, sont sur les rangs… Cette fois-ci, Lucile pourrait bien contacter des investisseurs pour faire grandir Backacia

Ma plus grosse erreur 

« Je préfère faire les choses toute seule plutôt que de demander de l’aide, mais là, j’ai eu tort. Ma plus grosse erreur, c’est d’avoir sous-estimé le montant des subventions que je pouvais toucher pour développer l’entreprise.

Il n’y a qu’au démarrage que nous en avons demandé et obtenu quelques-unes : de l’ordre de 10 000 ou 20 000 euros. Cela nous a beaucoup aidés. Dans le domaine de l’économie circulaire, il existe de nombreuses possibilités de financement de ce type.

On voit même certaines associations qui comptent jusqu’à 10 salariés et fonctionnent à 100 % avec des subventions. Je n’ai pas assez creusé le sujet. »