Les sciences sociales montrent à quel point les individus sont habités  par des biais cognitifs et des contradictions. Notre façon de nous informer n’échappe pas à la règle, d'autant plus en ces temps de confinement et de surconsommation médiatique !

1 Je me mens sur mes sujets préférés

"Demandez aux lecteurs ce qu’ils mangent, ils vous diront : des légumes ! Observez-les, ils mangent des bonbons." Le magazine américain The Atlantic a trouvé cette métaphore parfaite pour décrire la consommation de presse. En 2013, le Reuters Institute a interrogé 11 000 lecteurs à travers le monde sur leurs préférences. Ils placent en tête les informations économiques, politiques et internationales, bref l’info « haut de gamme ».

Disent-ils la vérité ? S’il était impossible de savoir exactement ce que lisaient les lecteurs quand la presse était uniquement faite de papier, le numérique permet de le déterminer avec une grande précision. En fait, les lecteurs consomment surtout des bonbons, des contenus plus légers.

Le chercheur américain et spécialiste de communication Pablo Boczkowski appelle ça le news gap : l’écart entre l’offre journalistique et la demande des lecteurs. Pour cela, lui et son équipe ont collecté 39 132 articles d’une vingtaine de groupes de presse et comparé le succès d’audience des articles mis en avant par les journalistes sur les pages d’accueil et les articles les plus lus par les consommateurs.

Les résultats sont sans appel. Les principaux sites d’information mondiaux ont beau mettre en avant les sujets politiques, géopolitiques et économiques, les datas révèlent que les lecteurs aiment les faits divers, le sport, le divertissement et la météo. Attention aux caries !

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2 Je me méfie, je consomme quand même

Invraisemblable ? BFM TV est à la fois la chaîne de télévision en continu la plus regardée en France et celle en laquelle les téléspectateurs ont le moins confiance, parmi les 10 chaînes les plus regardées !

Encore plus paradoxal, plus l’audience a augmenté au moment de la crise des Gilets jaunes, plus la confiance de marque pour la chaîne a diminué selon le rapport 2019 du Reuters Institute : elle est passée du score de 5,9 points sur 10 à la note de 4,9 points sur 10 au cours de l’année dernière.

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Elle reste pourtant leader aujourd’hui, avec plus de 50 % de parts de marché sur l’audience des chaînes d’information en continu. L’offre déplaît et pourtant, la demande reste forte. Que BFM TV se rassure, elle n’est pas seule.

Le même phénomène est à l’œuvre sur les réseaux sociaux. Les informations lues sur ces réseaux sont jugées peu fiables par les lecteurs (un taux de confiance de 14 % en France) et pourtant, de plus en plus de personnes les utilisent pour s’informer (de 18 % de la population en 2013 à 42 % aujourd’hui). 

3 Je vomis les  fake news, mais je les partage

Depuis la campagne présidentielle américaine de 2016, où elles ont pollué le débat politique, les citoyens du monde entier demandent aux journalistes de lutter contre les fake news. Logique. Ces mensonges coûtent des fortunes à la société : 74 milliards de dollars en 2019, dont 39 milliards en pertes boursières, selon un rapport de l’université de Baltimore.

La consultation « Comment les médias peuvent-ils améliorer la société ? » à laquelle 104 000 personnes ont participé en 2019, a d’ailleurs placé ce combat sur le podium des priorités journalistiques.

Pourtant, nous continuons à partager ces fake news. Une étude du MIT de 2018 confirme que ce sont bien les humains qui sont à blâmer, et non les robots ou les faux comptes. Ainsi, une fake news a 70 % de chances de plus qu’une vérité d’être partagée en ligne. Pire, 59 % des liens partagés sur les réseaux sociaux le sont sans que les internautes qui les partagent en aient consulté le contenu, selon une étude de l’Université de Columbia de 2018.

C’est malheureusement attendu : les fausses informations sont souvent par nature plus spectaculaires, elles font appel à nos émotions et se répandent ainsi plus rapidement. Mais bonne nouvelle, une prise de conscience générale commence à émerger selon le rapport du Reuters Institute.

Conséquence, 24 % des internautes mondiaux ont décidé d’arrêter de lire des contenus issus de sources à la réputation douteuse et 30 % de ne pas partager des informations qu’ils jugent potentiellement fausses.