Motion designer : le métier qui crée les vidéos d'explications animées d'information et communication

En pratique

Motion designer : le métier qui crée les vidéos d'explications animées d'information et communication

Ce spécialiste de l’animation 2D et 3D réalise de courtes vidéos explicatives pour les médias, les agences publicitaires et les services de communication des entreprises.

Depuis quelques années, les motion designers viennent très régulièrement au secours des journaux télévisés. Depuis l’année dernière, ils réalisent les infographies animées sur l’évolution de l’épidémie – de courtes vidéos dans lesquelles s’agitent des pictogrammes, schémas, et mots-clés pour rendre compréhensibles au grand public des notions hier absconses comme le fameux « R zéro ». 

Surtout, ils fournissent des visuels aux journalistes pour illustrer leurs sujets. Il n’est en effet pas toujours possible de partir en reportage, caméra à l’épaule.

Pour montrer, par exemple, la bataille qui se trame dans notre organisme quand on est contaminé par le Covid-19, les journalistes n’ont d’autre choix que de recourir aux vidéos créées par des motion designers. Photos du Coronavirus prises au microscope et dessins de notre anatomie rendent compte de manière figurée et claire du plan d’attaque de l’intrus.

C’est la force du motion designer. « Il sait faire un film et transmettre un message avec presque rien : quelques dessins, graphes, figures, photos et typographie », explique Alain di Gennaro, référent pédagogique du Bachelor Motion design et Scénographie à l’Institut international de l’image et du son (3iS).

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Quelles formations ?

Les écoles de graphisme (Brassart et Estienne), de cinéma (Louis-Lumière, 3iS) ou d’animation (Les Gobelins) ont lancé ces dernières années leur cursus en motion design.

Ces formations ouvertes aux bacheliers durent trois ans. Ce sont parmi ces diplômés d’écoles d’art que les agences de publicité, studios de création ou sociétés de production audiovisuelle vont chercher leurs motion designers.

Elles recrutent également des diplômés de BTS ou DUT en informatique (bac +2) ayant poursuivi en licence professionnelle sur les métiers du design. Mais ce qui emporte la décision, autant que le parcours de formation, c’est le book du candidat.

Du moodboard à la réalisation

Le métier, descendant du graphisme, est jeune – une dizaine d’années. Comme son aîné, il est créatif et maîtrise l’art figuratif mais en plus, il a appris à manier les techniques et logiciels d’animation 2D et 3D.

C’est cette double casquette – créatif et technicien – qui a attiré Charlélie Roger, 23 ans, motion designer chez Rosbeef !, une agence de publicité. « Je voulais travailler dans la pub. Je me suis donc inscrit à l’Iscom [une école de communication et de publicité, NDLR]. En faisant des stages dans des agences, j’ai pris conscience à quel point, du moins pour les publicités classiques, les rôles sont bien définis. Le directeur artistique s’occupe de la création (les idées et une trame de scénario), mais ensuite, il sous-traite la réalisation. Le motion designer, lui, maîtrise toute la chaîne de production et s’occupe du projet de A à Z », explique-t-il.

Il y a quelques mois, Adrien Legros et Julien Casbas, jeunes fondateurs de la start-up Pandor, sont venus le voir. Ils étaient en train de créer une plateforme à même de proposer à chacun, selon son goût et son budget, un choix de films, de pièces de théâtres, d’expositions, et de livres.

Ils avaient besoin d’une vidéo d’une minute pour expliquer leur offre, tant pour se faire connaître auprès de futurs clients que pour attirer et convaincre des investisseurs lors de leur levée de fonds. Au cours d’un premier point, les jeunes entrepreneurs et Charlélie se mettent d’accord sur le message à faire passer et sur les deux-trois idées directrices à mettre en avant.

Charlélie est revenu vers eux une semaine plus tard, avec une proposition graphique (un moodboard) – couleurs, dessins, symboles, typographie – et un scénario (le story-board). Le tout validé, le motion designer passe à la réalisation.

Derrière son ordinateur, à l’aide de logiciels d’animation 2D, il met en mouvement les éléments graphiques et monte le film. Il livre ensuite le produit et effectue éventuellement quelques corrections, si le client le demande.

Une vidéo en motion design coûte de trois à 10 fois moins cher qu’une vidéo classique. Il n’y a pas de tournage à organiser, de planning ni d’équipe à gérer.

Maxence Leret d'Aubigny,

Motion designer et dirigeant du studio Cinemi

Pas de tournage à organiser

« Une vidéo en motion design coûte de trois à 10 fois moins cher qu’une vidéo classique. Il n’y a pas de tournage à organiser, de planning ni d’équipe à gérer », indique Maxence Leret d’Aubigny, motion designer et cofondateur et dirigeant de Cinemi, studio photo, vidéo et motion design.

Depuis 2012, il constate un afflux de demandes de vidéos en motion design de la part de ses clients. « Les agences publicitaires, les chaînes télévisées et sociétés de production, mais aussi les services de communication des entreprises sollicitent de plus en plus les services de motion designers. Il y a du travail à condition de maîtriser la technique et de cultiver sa créativité », abonde Alain di Gennaro, de 3iS.

« Il faut sans cesse se tenir au courant, tant en termes d’outils (nouveaux logiciels d’animation) que de création graphique. Sinon, on est vite ringardisé », conclut Maxence Leret d’Aubigny. 

Exemple de motion design à Pour l'Éco : donner vie à Karl Marx

Motion design/dessin animé : quelles différences ?

Quand Jérémy Fassio annonce qu’il est motion designer, il lit sur le visage de ses interlocuteurs une certaine perplexité. « Je précise en disant que je fais du graphisme animé », raconte-t-il. Dès lors, les visages s’éclairent : « Ah, tu fais de l’animation en fait, comme Pixar ! » Non.

S’ils se ressemblent par certains aspects – mêmes techniques, mêmes logiciels –, les dessins animés et les créations en motion design diffèrent. Par leur durée, déjà. Les vidéos en motion design sont beaucoup plus courtes : quelques minutes maximum, quand un film Pixar comme Toy Story dure 82 minutes. Par la taille de l’équipe, ensuite.

Un motion designer travaille seul en général. Alors que sur un dessin animé, il y a plusieurs intervenants : directeur artistique, réalisateur, story-boarder, coloristes, animateurs et monteur. Mais il y a surtout une nuance de fond. Le cinéma d’animation raconte une histoire, avec des personnages, des situations, des lieux et une conclusion. Une vidéo en motion design véhicule un message, explique un concept en deux-trois idées directrices. 

« Les animateurs travaillent sur le dessin animé en lui-même quand les motion designer s’occuperont des à-côtés, du packaging : animer l’affiche du film ou réaliser une vidéo expliquant comment on conçoit un dessin animé », illustre Alain di Gennaro, enseignant à 3iS.