Obsolescence programmée : l'indice de réparabilité suffira-t-il ?

En pratique

Obsolescence programmée : l'indice de réparabilité suffira-t-il ?

Entré en vigueur le 1er janvier 2021, cet indice note sur 10 la réparabilité des produits que l'on achète. Mais aujourd'hui, les Français acceptent de prolonger la vie de leur électroménager uniquement si ça leur coûte moins d'un tiers du prix du neuf. 

Quand un appareil tombe en panne, seuls 36 % des Français ont le « réflexe réparation ». Ils sont pourtant 81 % à avoir une bonne image de celle-ci, près de 90 % jugeant qu’il s’agit d’un secteur qui participe à la protection de l’environnement1.

Réparer ou faire réparer son ordinateur ou sa cafetière, c’est l’un des nombreux moyens pour allonger sa durée de vie et de diminuer son empreinte sur la planète. 

« Les équipements ont des impacts environnementaux à toutes les étapes de leur cycle de vie : extraction des matières premières, fabrication, distribution, usage et fin de vie. C’est ce qu’on appelle le sac à dos écologique »

Erwann Fangeat,

Expert à la direction Économie circulaire et déchets de l’Agence de la transition écologique (Ademe).

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Ce qui pèse le plus lourd dans ce « sac à dos », c’est l’extraction des matières premières et la fabrication : 75 % de l’impact environnemental pour le numérique et environ 50 % pour les équipements électroménagers. Par exemple, « il faut mobiliser 2,5 tonnes de matières pour fabriquer un téléviseur d’environ 11 kg », souligne Erwann Fangeat.

Réparer ses appareils évite donc d’en produire de nouveaux, avec à la clé de véritables gains économiques et environnementaux. « Sur 10 ans, si un foyer prolonge la durée de vie de tous ses équipements d’un an, le gain est de 963 euros (779 euros pour le numérique, 184 euros pour l’électroménager) et de 219 kg équivalents CO2 d’émissions évitées », indique l’expert de l’Ademe.

En Chiffres

68%

des Français trouvent la réparation trop chère par rapport au prix du neuf.

En extrapolant à tous les foyers français, cela représente une économie substantielle de 27 milliards d’euros et de 6 millions de tonnes équivalents CO2 d’émissions de gaz à effet de serre !

Si aussi peu de Français sont adeptes de la réparation, c’est d’abord à cause de son coût par rapport au prix du neuf – un frein pour 68 % d’entre eux. Il faut dire que les appareils neufs coûtent de moins en moins cher. « Les Français font réparer leurs équipements quand le coût de la réparation est inférieur à environ un tiers du prix du neuf », rapporte Erwann Fangeat.

Une autre solution, choisie par 19 % des Français : l’auto-réparation. Cette pratique se diffuse, selon l’Ademe, qui a mis en ligne, en partenariat avec la plateforme de vente de pièces détachées Spareka, un chatbot pour diagnostiquer les pannes et obtenir des conseils.

Le plus efficace consisterait à anticiper la réparation… dès l’achat, grâce au nouvel indice de réparabilité, entré en vigueur le 1er janvier 2021.

Cet indice concerne pour l’instant cinq catégories de produits (lave-linge, téléviseurs, smartphones, ordinateurs portables et tondeuses à gazon). Il indique par une note sur 10 le niveau de réparabilité du produit (facilité de réparation, disponibilité et prix des pièces détachées, etc.).

« L’enjeu est double : informer les consommateurs, dont les études montrent qu’à prix égal, ils se tournent vers des produits plus durables, et inciter les fabricants à améliorer l’éco-conception de leurs produits », souligne Erwann Fangeat.

1. « Français et la réparation. Perceptions et pratiques », étude Ademe, Harris Interactive, éd. 2019