Financement et prise de risque : Quand une entrepreneure du street art bouscule le modèle culturel français

En pratique

Financement et prise de risque : Quand une entrepreneure du street art bouscule le modèle culturel français

À 28 ans, Orbiane Wolff, diplômée d’école de commerce a renoncé à une carrière toute tracée pour développer l’art urbain à Lyon et veut réinventer les modes de financement de la culture.  

« Je suis un peu toquée, je crois. » Orbiane Wolff a le grain de folie de l’entrepreneure et le style de l’artiste. Béret bleu vissé sur sa chevelure châtain, jean noir et veste en cuir squattée par un badge féministe, piercing discret au nez, elle n’a en revanche pas tout à fait le CV du responsable associatif culturel.

Du moins dans la France d’hier, car, dans celle du XXIe siècle, une nouvelle garde d’acteurs – familiers des tableaux Excel et du code des affaires – s’attelle à réinventer le financement de la culture. 

Rendre l'art accessible à tous

Ancienne étudiante de l’université de Saint John à New York et de celle de Shanghai, diplômée d’une école de commerce française (Iseg), la jeune femme avait plutôt vocation à « faire carrière » dans une multinationale.

Elle a choisi de mettre ses compétences et ses convictions au service d’une autre création de valeur : l’art urbain. À Lyon, depuis 2016, l’association Superposition qu’elle préside démocratise le street art.

Lorsqu’elle fonde la structure avec trois amis, se rappelle-t-elle, « la ville ne proposait aucun accompagnement pour ces créateurs. Aucun espace urbain libre ne leur permettait de peindre ».

Un comble pour la capitale d’Auvergne-Rhône-Alpes qui se prévaut du titre de « capitale européenne des murs peints ». Pour Orbiane Wolff, ces réticences sont symptomatiques d’une politique culturelle sans « prise de risques, qui préfère soutenir la culture institutionnelle plutôt que les cultures émergentes ». 

Une stratégie en trois temps

À défaut de taguer légalement les murs ou d’obtenir des subventions, il fallait donc pousser d’autres portes, imaginer de nouveaux moyens de subsistance pour faire émerger les artistes et « rendre l’art accessible à tous ».

La présidente, qui encadre une dizaine de permanents, dont des services civiques, défend alors une stratégie d’autofinancement. « Pour réussir, nous devions sortir du modèle économique culturel associatif français : le financement par des soirées où on vend de la bière », s’amuse-t-elle, adossée au bar de la galerie de l’association, une mousse à la main.

Lorsqu’il s’agit d’exposer son modèle économique, qui devrait permettre à la structure de réaliser environ 300 000 euros de chiffre d’affaires, la jeune femme retrouve son langage de business woman.

« Il est diversifié et fondé sur trois branches : l’activité de la galerie, l’événementiel avec l’organisation de festivals et la prestation artistique pour les particuliers ou les entreprises. »

Superposition a notamment travaillé pour Hermès. Un géant du luxe au cœur d’une culture underground, n’est-ce pas faire entrer le loup dans la bergerie ?

« On prend l’argent où il est. L’essentiel, c’est d’avoir les moyens de diffuser dans l’espace public cette culture, nos engagements et nos artistes. On travaille aussi avec un centre commercial où l’on en a exposé une trentaine d'artistes autour de la thématique du climat. Ça peut paraître contradictoire, mais 42 000 personnes sont venues : un succès », défend cette fille d’architecte et d’archéologue qui, petite, se promenait « davantage dans les musées que dans les centres commerciaux ». L’union entre les deux mondes semble accomplie.