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Oui, nous sommes les pantins consentants des GAFA

La Terminale ES de l’Institut Sainte Geneviève (Paris 6e)

C’est presque un cliché aujourd’hui d’évoquer leur hégémonie. En revanche, notre attitude face à leur emprise mérite d’être questionnée… ce que font ici des lycéens. 

La révolution numérique a fait apparaître les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple). Ils sont omniprésents dans notre quotidien. Il est rare aujourd’hui de rencontrer quelqu’un qui n’utilise aucun des objets ou applications de ces multinationales. Elles sont les plus puissantes de l’Internet, ultra-dominantes dans les secteurs des moteurs de recherche, des services de livraison, des réseaux sociaux, de la téléphonie, des ordinateurs ou des tablettes…

Une perte d’autonomie

Sommes-nous les pantins des GAFA ? Nous pouvons considérer que nous le sommes car tous les jours, nous sommes liés à ces entreprises. Nous sommes influencés dans nos choix de consommation, nous nous soumettons aux pressions sociales induites par ces produits. Par exemple, avoir un iPhone fait de nous des jeunes « cool » et à la mode. Bien sûr, ces produits nous sont devenus indispensables, notamment pour consommer et communiquer. Ils nous enferment dans un cercle vicieux. Nous sommes devenus addicts, nous y passons des heures, nous y perdons en autonomie. La facilité d’information nous appauvrit intellectuellement. Nous devons accepter toutes leurs conditions d’utilisation sans avoir le choix.

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La culture du besoin

En plus, nous savons que leur comportement n’est pas « responsable ». Ils pratiquent l’optimisation fiscale, ce qui n’est pas moral. Leur position dominante tue les petites entreprises et les petits commerces. Ils ne respectent pas l’environnement puisque leurs activités nécessitent beaucoup de transports et l’exploitation des terres rares. Dans le domaine social, le droit du travail n’est pas toujours respecté, en particulier dans les pays émergents où la législation du travail n’existe pas trop.

Alors oui, nous sommes des pantins mais des pantins consentants ! Les GAFA créent de nouveaux besoins que nous voulons absolument satisfaire pour rester « connectés ». Les résistants sont vraiment peu nombreux. C’est une sorte de consentement « obligatoire ».

Le problème est que nous acceptons aussi d’être « pistés » et de fournir gratuitement de nombreuses informations personnelles qui sont ensuite revendues. Nous le savons, ce n’est pas très rassurant, mais nous l’acceptons !

Making-off

Fidèle à ses engagements, Pour l'Eco co-construit son journal au plus près des enseignants et des élèves. Le projet de cet article est né lors d'une conférence de rédaction délocalisée à l’Institut Sainte Geneviève, à Paris, en décembre 2018. Pendant plus de deux heures, ces lycéens de Terminale ES ont élaboré en petits groupes la "Une de leurs rêves". Parmi les multiples propositions audacieuses, l'une d'entre elle a particulièrement retenu l'attention de la rédaction.

Dessinée sur le paper board de la classe, elle représentait un pantin aux mains des géants d'Internet, allégorie moderne des citoyens "prisonniers" des nouveaux "maîtres" du monde que seraient Google, Amazon, Facebook, Apple. L'analyse des lycéens nous semblait d'autant plus intéressante qu'elle mettait en lumière leur propre responsabilité. Oui, ils acceptent délibérément une potentielle restriction de leur vie privée, pour accéder à ces nouveaux besoins créés par les Gafa. 

Six mois plus tard, nous leur avons proposé d'écrire collectivement leur argumentaire, visant à donner la parole aux jeunes citoyens dans le cadre de notre dossier "Faut-il casser les Gafa" ?, publié en juin 2019. Ce témoignage devrait intéresser aussi bien les jeunes que les adultes. 

gafa

Les élèves de la terminale
Les élèves de la Terminale ES 2018 - 2019 de l'Institut Sainte Geneviève.