Prévoir la météo : combien ça coûte, combien ça rapporte ?

En pratique

Prévoir la météo : combien ça coûte, combien ça rapporte ?

Anticiper la pluie et le beau temps : un travail de sorcier qui s’appuie sur des technologies d’observation pointues, des équations sophistiquées et des super-calculateurs.

Les prévisions sur l’humeur du ciel nous arrivent de manière si automatisée qu’on en oublierait presque les investissements nécessaires pour les obtenir.

Rien qu’en France, l’établissement public Météo France s’appuie, entre autres, sur plus de 500 stations d’observation automatisées, 39 radars, une quinzaine de satellites internationaux ou encore 40 000 observations transmises par des avions.

Les données issues de ces outils sont consultables et utilisables gratuitement pour tous les acteurs de la météo. Ce qui permet à la fois d’éviter d’équiper la terre entière de ses propres radars (tous les pays s’échangent leurs données gratuitement) et de permettre la concurrence, même pour les entreprises de météo qui n’ont pas d’infrastructures.

Les dépenses de fonctionnement (hors frais de personnel) de Météo France s’élèvent à 48 millions d’euros en 2019. Un budget majoritairement financé par des subventions publiques du ministère de la Transition écologique, dont dépend l’établissement.

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Pour expliquer ce qu’est une prévision météo, Emmanuel Bocrie, responsable d’une équipe de prévisionnistes chez Météo France, schématise : on découpe l’atmosphère du monde entier en boîtes à l’intérieur desquelles sont observés les paramètres de pression atmosphérique, de température, d’humidité, de direction et de force du vent.

Puis une série de calculs détermine quels devraient être ces paramètres dans 10 minutes. Avec ces nouvelles données, le super-calculateur prévoit les 10 minutes suivantes et ainsi de suite jusqu’à obtenir des prévisions à plusieurs jours.

« Les calculateurs exécutent un million de milliards d’opérations par seconde, et mettent une heure et demie pour faire des prévisions à 24 heures », détaille Emmanuel Bocrie. Le modèle de calcul de Météo France, nommé Arpege, « tourne six fois par jour pour actualiser les prévisions ».

Pour les prévisions à moyen terme (quatre à 10 jours), le processus est répété 50 fois pour explorer différents scénarios en fonction d’erreurs de prévisions possibles. Plus tous les scénarios se ressemblent, plus l’indice de confiance sera élevé (de 1 à 5/5).

Météo France vend ses prévisions à des entreprises privées des médias, des transports, de l’énergie, des agriculteurs, du BTP.

Un bénéfice économique pour la société

D’autres méthodes existent, basées sur des modèles statistiques, « les algorithmes tournent tout seuls sans prévisionniste, c’est facile et pas cher », selon Emmanuel Bocrie, qui cite l’exemple des prévisions météo de Google.

Un rapport de France Stratégie, élaboré en 2018 à la demande du ministère de la Transition écologique, tente d’évaluer les « bénéfices socio-économiques » des prévisions de Météo France.

Par exemple, quels dégâts ont pu être évités en anticipant une inondation, quelles mesures ont pu être prises sur le réseau routier grâce aux prévisions de neige, quelle part des récoltes agricoles dépend des prévisions pluviométriques.

Bénéfice identifié : entre 1 et 2,5 milliards d’euros par an, selon le rapport, soit « trois, quatre à huit fois plus que le budget annuel de l’établissement, ce qui suggère une importante création de valeur collective nette ».