Semaine de 4 jours, congés illimités : ces entreprises qui pratiquent la flexi-temporalité

En pratique

Semaine de 4 jours, congés illimités : ces entreprises qui pratiquent la flexi-temporalité

Congés illimités, télétravail à 100 %, culture du résultat : les dispositifs proposés par les entreprises pour encourager les salariés à gérer leur temps de travail se multiplient. L’autonomie progresse, mais la culture de l’organisation est en péril.

Le rapport au temps a changé, c’est indéniable. Aujourd’hui, chacun aspire à une meilleure qualité de vie au travail.”

Pour Jessica Brugère et Lydia Delbosco, de la Maison du Management (centre de formation et de coaching), un constat s’impose : encore plus qu’avant, les personnes sont vigilantes en ce qui concerne l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

C’est même devenu un argument déterminant pour attirer les talents, selon Olivia Féré, déléguée générale de la fondation créée par l’assurance Club Identicar, qui œuvre pour la mobilité solidaire.

Dans plusieurs secteurs, ce que propose une entreprise en termes de gestion individuelle du temps lourd pèse dans la balance quand un candidat envisage un poste. Et du côté de l’entreprise, “on installe désormais davantage une culture du résultat qu’un contrôle des heures de travail”, remarque Jessica Brugère.

Chez Identicar, c’est ainsi le mécénat de compétences qui attire les foules. Mis en place il y a deux ans, le dispositif “crédit temps” permet à un salarié de ne pas occuper son poste un jour et demi par mois. À la place, il apporte un soutien à des associations via la fondation.

Liberté, culpabilité

D’autres entreprises misent sur la flexibilité pour attirer les collaborateurs. À Rennes, l’entreprise Yes We Dev s’est notamment inspirée d’un phénomène répandu dans la Silicon Valley : les congés illimités.

Ce concept aux allures idylliques, proposé surtout par des start-up, présente toutefois des inconvénients : comme l’explique The Guardian, dans “ces entreprises où règne une culture de l’exigence et de l’engagement, les collaborateurs se sentent coupables de prendre des congés”. Si bien que certaines études montrent que ces employés finissent par prendre moins de vacances que leurs homologues qui en ont une quantité limitée…

Président de la PME Yes We Dev, Charles Dupoiron le confirme : “Après trois ans, on a arrêté les congés illimités. Personne n’en profitait réellement, si ce n’est un ou deux salariés.”

Pour Gaetan de Lavilléon, docteur en neurosciences, la liberté de congés n’est pas forcément un plus : “Cela peut paraître paradoxal, mais autant l’organisation doit tout faire pour encourager les salariés à s’engager dans le travail, autant elle doit les pousser à ne pas travailler par moments, car il existe un risque de surinvestissement, de surcharge.

Le cofondateur de l’agence Cog’X, spécialisée dans le conseil en sciences cognitives appliquées, fait le parallèle avec le télétravail, autre dispositif qui se déploie et qui est devenu une réalité pour beaucoup lors du confinement.

“Des développeurs au pôle commercial, de la formation au support, tout le monde travaille chez soi depuis 10 ans”

Lucie Barreau 

Responsable marketing et communication de BoondManager.

Et le collectif, dans tout ça ?

Dans le monde du travail, c’est peut-être même le plus grand bouleversement. Car si, comme l’explique Jean-Yves Boulin, sociologue et chercheur à l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales-Paris Dauphine, “les entreprises étaient très réticentes au télétravail”, beaucoup ont désormais passé le cap.

Et 88 % des télétravailleurs pendant cette période ont affirmé vouloir poursuivre la pratique par la suite, d’après une étude de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact).

Certaines sociétés avaient toutefois déjà opté pour le télétravail à 100 %, comme BoondManager.

Des développeurs au pôle commercial, de la formation au support, tout le monde travaille chez soi depuis 10 ans”, explique Lucie Barreau, responsable marketing et communication de cette entreprise "distribuée”.

Même le recrutement se fait sur Zoom et dans la chasse aux talents, l’argument “télétravail” est décisif, assure-t-elle. Pour elle, maintenant que “tout le monde l’a découvert et que beaucoup de salariés ont envie de quitter les grandes villes, le modèle va se répandre."

Le groupe automobile PSA veut ramener à un jour et demi par semaine le temps de présence des employés sur le site, Facebook entend faire passer la moitié de ses employés en télétravail de manière permanente d’ici cinq à 10 ans.

Cela n’est pas sans risques, car l’autonomie de chacun peut nuire au collectif. Oui, le télétravail permet de récupérer le temps perdu dans les transports ou encore de réduire la pollution, mais comment maintenir une culture d’entreprise si les salariés ne sont pas présents à la même heure, au même endroit ?

Jean-Yves Boulin prône de son côté des cercles d’échanges impliquant le Comité social et économique (CSE) ou les syndicats.

Pour Gaetan de Lavilléon, il faut peut-être redéfinir le rôle du manager : “Contrôler et réguler l’activité, beaucoup d’outils sont capables de le faire. L’essentiel, c’est d’être le garant du lien social, de la communication interne."