Investiture de Joe Biden : Le "socialisme light" à la Maison Blanche

En pratique

Investiture de Joe Biden : Le "socialisme light" à la Maison Blanche

La belle campagne du radical Bernie Sanders lors des primaires démocrates avait chamboulé le programme du historiquement très centriste Joe Biden. Désormais investi, le nouveau président des Etats-Unis détricote la politique de son prédecesseur et installe déjà sa philosophie.

L'un des arguments préférés de Donald Trump pendant la campagne présidentielle, consistait à rappeler que c’était lui ou « le chaos socialiste ». Son adversaire démocrate, le très centriste Joe Biden, était en effet tombé sous la coupe de l’aile gauche du parti afin de rallier à sa cause les nombreux partisans de Bernie Sanders, malheureux rival lors des primaires, auto-proclamé socialiste.

De fait, l’ex-vice-président de Barack Obama avait bien gauchi son programme, au cours de l’été. Celui-ci reste toutefois dans les limites d’une « politique sociale-démocrate », selon l’économiste Florence Pisani. 

Très volontariste, le budget affiche 7 000 milliards de dollars de dépenses sur 10 ans. Des estimations plus réalistes sur la mise en oeuvre de ces mesures le tablent plutôt entre 2 et 4 000 milliards de dollars (soit entre 1 et 2% du PNB américain, contre 16 à 23% pour les propositions de Sanders).

Salaire minimum et investissements écologiques

Joe Biden assume ainsi un doublement du salaire minimum fédéral à 15 dollars de l’heure, défendu dès 2016 par Bernie Sanders. Et il promet de faciliter l’adhésion des salariés à un syndicat. Son programme d’action écologique s’est également rapproché du Green New Deal défendu notamment par la représentante de la gauche radicale, Alexandria Ocasio-Cortez, avec une enveloppe de 2 000 milliards de dollars dédiée à la lutte contre le réchauffement climatique. 

Il a dévoilé un plan de relance de 700 milliards de dollars afin de créer cinq millions d’emplois grâce à « la plus grande mobilisation d’investissements publics dans l’approvisionnement, les infrastructures et la recherche depuis la Seconde Guerre mondiale ».

Le Make America Great Again de Donald Trump se transforme, façon démocrate, en Made in All of America (le programme économique de Biden avait pour nom Build back better). Le nouveau POTUS souhaite ainsi relocaliser la production américaine dans la Rust Belt, les zones rurales et le Sud des Etats Unis en découpant le plan de relance entre la Recherche et développement (300 milliards de dollars) et des achats publics de biens fabriqués aux USA (400 milliards).

Relance keynésienne

Cette relance très keynésienne serait financée par des hausses d’impôts concentrées sur les 5 % d’Américains les plus riches et sur les entreprises (avec notamment un taux de l’impôt sur les sociétés qui remonterait de 21 % à 28 %, contre 25% en France). Mais sans revenir intégralement sur les baisses décidées par Trump.

Joe Biden ne réclame pas non plus l’impôt sur la fortune brandi par Bernie Sanders. Et il a refusé de valider l’idée d’une Sécurité sociale à l’européenne. Il propose simplement de plafonner le coût de l’option publique de l’assurance santé de l’Obamacare. Une amélioration du système, donc, pas une révolution.

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