Vaccins : une industrie mondialisée, concurrentielle et… très rentable

En pratique

Vaccins : une industrie mondialisée, concurrentielle et… très rentable

Si la pandémie ne ralentit pas, le vaccin contre la Covid-19 sera très convoité. Les industriels communiquent peu sur leurs énormes coûts de fabrication.

Branle-bas de combat, depuis janvier, dans les laboratoires pharmaceutiques du monde entier pour découvrir un vaccin au coronavirus le plus vite possible. Deux milliards de dollars seront nécessaires, à en croire la Coalition pour l’innovation dans la préparation contre les épidémies (CEPI).

Des coûts de production opaques

Le coût de fabrication n’est "que" de 500 à 800 millions d’euros pour un lot de 100 millions de doses de vaccins commercialisées. Pour leur part, les dépenses en Recherche et développement (R & D) nécessaires à l’élaboration du sérum immunisant sont pharamineuses et s’étalent sur 10 à 15 ans.

6052_document.png

Cela dit, le coût exact de ces recherches scientifiques est très difficile à évaluer. Il diffère d’un vaccin à l’autre et comprend plusieurs phases : d’abord, une phase d’exploration qui identifie l’antigène permettant de prévenir la maladie ; puis une phase d’essais cliniques sur des cellules de culture et des animaux ; enfin, des essais sur humains.

Un rapport sénatorial français, se basant sur l’article d’un chercheur de Sanofi-Pasteur, estime à un milliard d’euros le coût de l’intégralité du processus de recherche, dont au moins 700 millions pour les essais cliniques. En incluant les sommes dépensées dans des tests infructueux.

En Chiffres

75 %

C’est la part du temps de fabrication d’un vaccin consacrée aux contrôles. Ces vaccins nécessitent la production de 12 millions de doses supplémentaires par lot, qui ne seront pas commercialisées.

"De manière générale, les dépenses en R & D des entreprises pharmaceutiques sont très compliquées à établir, les groupes ne communiquent pas clairement", explique Nathalie Courtinet, économiste spécialisée dans le domaine de la santé. "On estime généralement que ces dépenses sont surévaluées par les industriels de 30 %. »

Service médical rendu

Cette opacité garantit aux laboratoires la possibilité de fixer ou de négocier des prix élevés. En France, une dose des 11 vaccins principaux se vend 20 à 50 euros (avant remboursement par la Sécurité sociale). Ces prix sont le fruit d’une négociation entre le Comité économique des produits de santé (CEPS) et le producteur du vaccin.

Entrent en jeu le "service médical rendu" ou son amélioration, c’est-à-dire l’intérêt du vaccin pour la santé publique, le volume des ventes envisagé et les prix pratiqués à l’étranger.

La rentabilité augmente avec les maladies récurrentes

Pour les laboratoires pharmaceutiques, l’activité est évidemment rentable : 2,2 milliards de bénéfices dégagés en 2019 par le secteur "Vaccins" de Sanofi. Pour GSK, le montant est proche des 3 milliards. Des vaccins rentables surtout quand la maladie est récurrente. En revanche, pour le coronavirus ou le SRAS de 2003, qui sont "passagers", les retombées sont moindres.

"Il y a toujours des financements publics dans ces cas-là, sinon les laboratoires ne se lanceraient pas dans les recherches, ce n’est pas assez intéressant pour eux", analyse Nathalie Courtinet.

Dans le cas du Covid-19, certains pays ont tenté de monnayer leur aide publique en échange d’un accès prioritaire au futur vaccin, créant des polémiques. La bataille pour la piqûre protectrice s’annonce pour début 2021.