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Trottinettes, vélos et scooters : les comptes fragiles du free floating

Christophe Dutheil

Ces moyens de déplacement, localisables et accessibles depuis une simple application pour mobile, se multiplient dans les grandes villes françaises. Le modèle économique reste nébuleux.   

Dans le sillage d’Autolib’ ou de Vélib’, une nouvelle génération de voitures, de vélos, de scooters et de trottinettes en libre-service est en train de se faire une place dans les grandes villes françaises. Nouveauté : ces moyens de transport ne sont plus proposés depuis des stations fixes, mais disséminés çà et là dans les zones les plus fréquentées et ils sont géolocalisables depuis des applications dédiées. Des applications qui permettent aussi de verser une caution et d’acheter des crédits (50 centimes d’euros en moyenne par demi-heure d’utilisation) pour utiliser le service et déverrouiller l’antivol de l'équipement. Bienvenue dans le free floating.

Vélos chinois et trottinettes US

Le phénomène est ultra-visible, mais il a connu des débuts chaotiques pour les vélos à Paris et à Lille. Les Gobee.bike verts fluo, déployés en 2017 par une entreprise de Hong Kong, n’ont pas survécu au vandalisme. La société a déclaré forfait début 2018. La relève n’a pas tardé : impossible de ne pas voir, dès lors, les vélos jaunes, gris et rouges des Chinois Ofo et Mobike et, plus timidement, ceux du Danois Donkey Republic… Ils ont été ralliés par des loueurs de scooters électriques deux-roues (Cityscoot, COUP…) ou de trois-roues (Troopy) et par les trottinettes électriques des Américains Bird ou Lime (dont Uber est actionnaire). Depuis, de nombreuses entreprises concurrentes se sont positionnées sur les trottoirs, non sans troubles pour les piétons qui doivent composer avec ces engins pouvant atteindre 25 km/h. 

« Les services de free floating se sont développés grâce aux technologies qui permettent de détecter les principaux points d’usage, de traiter les données et de faire quasi instantanément un état des lieux du véhicule », explique Georges Gallais, cofondateur de cette entreprise. « Avant d’emprunter un véhicule, il suffit d’en faire le tour avec son smartphone et de signaler les défauts constatés. »

À Marseille et Montpellier, la jeune société Totem Mobi se charge de l’entretien et de la recharge d’un parc de petites voitures électriques en libre-service (des modèles Twizy de Renault), que les abonnés peuvent localiser en temps réel et démarrer depuis leurs smartphones. L’entreprise, partenaire des collectivités, précise par ailleurs que « le stationnement en surface est gratuit ».

Free floating : 20 % du marché des vélos partagés

C’est le constat d’une étude entièrement consacrée au free floating, dévoilée en septembre 2018 par le bureau d’études français 6-t, spécialisé depuis 2002 dans l’analyse des mobilités et des nouveaux modes de vie. Particulièrement nombreux, ils ont commencé à se développer fin 2017 et apparaissent désormais comme les héritiers d’une longue lignée de vélos partagés « traditionnels », tels les Bicloo nantais, les Vélib’ parisiens, les Vélo’v lyonnais ou encore les Vélo Bleu niçois.

Des modèles économiques incertains

Sur ce segment de marché où les filiales de grands groupes internationaux sont très nombreuses, « beaucoup d’acteurs ont les reins assez solides pour proposer leurs services à perte le temps de se faire un nom et une place », prévient Yann Poincloux, directeur général d’un nouvel entrant francilien nommé Oribiky, « mais leur modèle économique est un peu nébuleux. Nous serons les premiers à proposer des vélos à assistance électrique en free floating et nos revenus viendront des abonnements et des sommes payées par les usagers occasionnels (0,10 centimes d’euro par minute) », explique-t-il.

En chiffre

50

C'est, en centimes d’euros, la somme moyenne par demi-heure d’utilisation pour un vélo en free floating

De quoi faire face aux vols et aux dégradations, comme ceux qu’a subis Indigo Weel, à Bordeaux, qui s’est fait voler la moitié de sa flotte en 2018. De quoi, aussi, rémunérer les spécialistes de la maintenance que la société va employer pour réparer les vélos et sillonner chaque soir la capitale en vue de remplacer les batteries vides par des batteries pleines.
Alors que certaines municipalités sont très remontées contre les vélos - et les trottinettes - garés n’importe où, le semi-floating pourrait tirer son épingle du jeu. Cela consiste à définir des places dédiées pour ranger les équipements. Oribiky parie sur cette tendance.

Un produit d’appel en partage

Et les voitures en auto-partage ? Le réseau Citiz hésite sur le free floating. « Avec l’autopartage en boucle – depuis et vers une station – nous avons aujourd’hui un modèle économique à peu près équilibré », indique Jean-Baptiste Schmider, PDG du réseau. Le seuil de rentabilité se situe à environ six heures d’utilisation par jour et par véhicule. « En revanche, la rentabilité n’est pas assurée avec le free floating, car il est surtout utilisé ponctuellement et sur des trajets très courts. » À Bordeaux, Strasbourg et Toulouse, Citiz a donc choisi de présenter ce service comme un produit d’appel permettant aux habitants de tester très facilement l’auto-partage. Fin juin 2019, l'entreprise a même annoncé vouloir tester le free floating pour les voitures électriques.