C’est quoi, une ville intelligente ?

En pratique

C’est quoi, une ville intelligente ?

C’est quoi, une ville intelligente ?

« Smart city ». Le concept est né il y a une dizaine d’années. Toute métropole qui se respecte élabore ses projets de gestion du trafic ou de l’énergie sous ce label. Mais de quoi s’agit-il exactement ? À quels besoins répond la « smart city » ?

Songdo, une ville nouvelle à 65 kilomètres de Séoul, en Corée du Sud, alterne plans d’eaux, parc bâti sur le modèle de Central Park, golfs, gratte-ciels, pistes cyclables, métro qui n’émet aucune pollution… Si on n’y voit pas de voiture en stationnement, c’est que les parkings sont tous souterrains. Pas de camions-poubelles non plus : les déchets sont acheminés directement à l’usine d’incinération par des aspirateurs. Et tous les immeubles sont dotés de panneaux solaires…

Des airs de cité idéale

À Songdo, on se préoccupe de l’environnement, mais aussi du bien-être des 120 000 habitants : 500 caméras installées dans la ville contrôlent la circulation 24h/24, les plaques d’immatriculation sont scannées à la sortie des immeubles pour centraliser les données et prévenir les embouteillages ; la consommation énergétique de chaque bâtiment est monitorée pour optimiser la consommation, le mobilier urbain est équipé de capteurs pour suivre les mouvements des habitants… Cauchemar ou cité idéale ?

Songdo, en tout cas, est l’archétype de la smart city, un concept apparu il y a une dizaine d’années dans le sillage de l’essor des technologies numériques. Toutes les grandes métropoles et bon nombre de villes moyennes s’en sont emparées pour lancer divers projets axés autour de la circulation, de l’environnement, de la sécurité…

Les villes intelligentes décident mieux grâce aux données

Aucune définition académique

Mais au fond, qu’est-ce qu’une smart city ? Il n’existe pas de définition académique, mais selon l’ONG canadienne New Cities Foundation, « le point commun à toutes les smart cities, c’est l’utilisation de l’Internet mobile et des données pour améliorer l’efficacité des services urbains : énergie, eau, transport, sécurité… » Le développement des smart cities ne peut être dissocié des défis immenses auxquels sont confrontées les métropoles au XXIe siècle.

Plus de la moitié de la population mondiale vit aujourd’hui dans les villes et cette proportion va encore augmenter. La concentration de la population et des activités économiques liées (entreprises, ateliers, infrastructures de transport) occasionne une consommation de ressources naturelles phénoménale : eau et énergie, notamment. La société américaine Lux Research estime ainsi que 60 à 80 % de l’énergie mondiale est consommée dans les zones urbaines.

Les autres urgences environnementales ne manquent pas : lutter contre la pollution liée aux activités économiques et aux transports ; assurer un approvisionnement suffisant en eau de bonne qualité ; gérer des déchets domestiques ou industriels de plus en plus importants… Les métropoles ont donc l’obligation d’inventer des modèles de développement plus durable tout en réduisant les coûts. Outre le défi environnemental, elles sont également confrontées à celui de la qualité de vie : permettre à la population de vivre, se loger, travailler et se déplacer dans des conditions acceptables, et assurer les conditions du développement économique.

En Chiffres

60 à 80 %

de l’énergie mondiale est consommée dans les zones urbaines.

Et la vie privée, alors ?

La smart city peut s’appuyer sur les technologies numériques et la gestion des données pour fluidifier la circulation. Par exemple, des systèmes d’information en temps réel incitent les habitants à choisir un itinéraire en fonction des conditions de circulation, de la météo ou du niveau de pollution. D’autres applications existent pour optimiser la mobilité : parkings intelligents, durée des feux en fonction du trafic…

Côté gestion de l’énergie, la smart city s’appuie sur les réseaux électriques intelligents (smart grids) pour réduire la consommation et favoriser le recours aux énergies renouvelables. Ces réseaux permettent de réguler les flux, par exemple en puisant l’électricité sur le réseau aux heures « creuses » pour recharger les véhicules électriques. L’échange de données entre les infrastructures (bâtiments et réseaux urbains) permet d’optimiser en permanence la consommation.

Enfin, la smart city cherche à améliorer la vie de ses habitants, toujours grâce à l’usage des technologies numériques et, désormais, de l’intelligence artificielle. Elle peut aider les administrés à réaliser des démarches, à bénéficier d’un suivi social ou médical ou à bénéficier de prestations pour la petite enfance et les seniors. Ces avancées technologiques ne vont pas sans poser des questions fondamentales sur la protection des données et de la vie privée. Sans cette protection, la smart city risquerait de virer au cauchemar urbain.

Villes du XXIe siècle

Le pouvoir…

EN 2050, le monde comptera 2,6 milliards d’urbains supplémentaires, pour atteindre 6 milliards de personnes (66 % de la population mondiale).

 • 90 % de cette croissance démographique urbaine sera concentrée en Asie et en Afrique, tout particulièrement en Inde, en Chine et au Nigeria.

  EN 2030, on comptera 41 villes de plus de 10 millions d’habitants. Le nombre de personnes vivant dans des bidonvilles a dépassé le milliard en 2007, il pourrait atteindre 1,4 milliard en 2020, voire 2 milliards en 2050.

  EN 2014, la moitié des urbains (soit près de 2 milliards de personnes) vivait dans des villes de moins de 500 000 habitants ; cela devrait rester vrai en 2030.

Source : projections ONU/Futuribles international, rapport Vigie 2016, décembre 2015         

 … et le devoir

CopenhagueCOPENHAGUE : ZÉRO CARBONE EN 2025

C’est l’objectif de la capitale danoise. Son mobilier urbain est équipé de capteurs, depuis le lampadaire (réduction de la consommation d’énergie) à la poubelle (collecte optimisée des déchets). Tous les véhicules en seront équipés à terme.

Singapour • CIRCULATION PAYANTE À SINGAPOUR

La cité-État a lancé un système d’auto-partage de véhicules électriques. Elle a mis en place un dispositif de circulation payante dont le prix varie en fonction du trafic, du quartier, des heures et des jours.

batiment• À STOCKHOLM, DES BÂTIMENTS EFFICACES

La capitale suédoise veut réduire son empreinte carbone en construisant des bâtiments à haute efficacité énergétique, en fluidifiant la circulation et en numérisant les services. Des projets dans l’e-santé et l’e-éducation sont en cours.

zurich • ZURICH ET LE CHAUFFAGE INTELLIGENT

La capitale économique de la Suisse possède un système de gestion intelligente des bâtiments : chauffage, électricité et refroidissement sont interconnectés. La gestion du réseau de transports publics a permis d’éradiquer les bouchons.

boston • BOSTON : LES DATA POUR UNE VIE MEILLEURE

Avec la création d’un innovation district, la ville américaine mise sur un urbanisme participatif où la collecte massive de données (circulation, qualité de l’air, gestion des déchets) dans chaque rue permet d’améliorer le cadre de vie.