Chef de projet en dépollution des sols, un métier pour limiter les risques sanitaires

En pratique

Chef de projet en dépollution des sols, un métier pour limiter les risques sanitaires

Face aux risques sanitaires accrus en lien à la pollution des sols et des nappes phréatiques, les réglementations deviennent de plus en plus exigeantes. Les métiers de la dépollution sont donc en plein essor.

Le département de Seine-Saint-Denis « cherche entreprise capable d’assurer la dépollution des sols et des eaux du Terrain des essences ».

Cette friche de 13 hectares située à La Courneuve, entre la gare et le parc Georges-Valbon, accueillera, à l’été 2024, les épreuves olympiques de tir.

Les travaux de dépollution débuteront en mai prochain pour se terminer en janvier 2023.

Quant aux entreprises du BTP intéressées par ce marché public, elles ont eu un mois, du 22 novembre au 21 décembre dernier, pour se positionner. Autant dire qu’avant la trêve des confiseurs, beaucoup de chefs de projet en dépollution ont trimé.

Ils ont commencé par effectuer un diagnostic du sol pour savoir à quels types de polluants ils ont affaire. Un vrai travail d’enquêteur.

« Il y a le prélèvement d’échantillons du sol envoyés au laboratoire pour analyse. Ensuite vient le travail de recherche, une sorte d’enquête d’historien pour connaître les activités qui se sont déroulées sur le terrain », explique Philippe Deson, directeur du CESI de Strasbourg, une école d’ingénieurs.

Le Terrain des essences s’appelle ainsi, car le ministère des Armées avait choisi cet emplacement, en 1915, pour en faire son centre de ravitaillement en essence.

Il faut donc s’attendre à y trouver des pollutions d’hydrocarbure. Ces terrains ont aussi été copieusement bombardés par les Alliés à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

En 2012, l’État a investi sept millions d’euros pour une première dépollution : désamiantage, démantèlement des bâtiments, repérage et destruction des bombes aériennes enfouies sous terre.

La dépollution est un secteur très innovant. Sur certaines pollutions – plastique, piles, batteries –, les techniques traditionnelles n’ont pas assez de prise

Abdelkrim Bennabi

Directeur adjoint de la recherche à l’École spéciale des travaux publics (ESTP)

Traiter par le feu, l’eau ou les bactéries

Le diagnostic complet réalisé, on commence à réfléchir aux solutions. Le chef de projet en dépollution des sols choisit celle qu’il juge la meilleure pour traiter la zone.

« Il y a trois façons de procéder : soit on traite sur place en lavant la terre sans l’excaver, soit on retire la terre et on la traite sur place, ou encore, dernière option : on la traite ailleurs. Cette dernière solution exige une logistique coûteuse : il faut transporter la terre, puis la rapporter », explique Abdelkrim Bennabi, directeur adjoint de la recherche et responsable du laboratoire de géotechnique à l’École spéciale des travaux publics (ESTP).

Pour décontaminer ce sol du Terrain des essences, pollué aux hydrocarbures, il existe plusieurs traitements : incinération (la terre est brûlée à plus de 800 °C dans un four), lavage (on verse un mélange d’eau et de soude) ou emploi de bactéries et de champignons qui attaquent et détruisent les polluants.

260 000 sites français pollués

« La dépollution est un secteur très innovant. Sur certaines pollutions – plastique, piles, batteries –, les techniques traditionnelles n’ont pas assez de prise. Dans les laboratoires, des chercheurs spécialisés en chimie et en matériaux étudient et testent de nouveaux traitements plus respectueux de l’environnement et aussi moins chers. Un bon chef de projet en dépollution des sols doit se tenir au courant des dernières avancées », ajoute Abdelkrim Bennabi.

Une fois les solutions techniques choisies, le chef de projet définit une méthode de travail, élabore un plan d’intervention, étape par étape.

Enfin, il organisera et supervisera les travaux de dépollution.

« Ce métier n’est pas très vieux, mais il se développe considérablement. Les risques sanitaires liés à la pollution des sols et des nappes phréatiques sont connus et de plus en plus pris en compte. Une nouvelle réglementation sur les “sites et sols pollués” de 2007 oblige notamment le vendeur d’un terrain à le remettre en état et à informer l’acheteur sur le type de pollution présente sur le site. Et puis avec la poussée démographique et des activités économiques, nous commençons à manquer de terrains, alors on construit du neuf sur d’anciennes friches », explique Philippe Deson du CESI de Strasbourg.

Selon la base de données Basias, il y aurait en France 260 000 « anciens sites industriels et activités de services susceptibles d’être pollués ».

C’est l’histoire d’un type qui achète un appartement avec des hydrocarbures dessous

À l’automne 2007, à Toulouse, Alain C. et sa mère vendent à la SCI Alsel le rez-de-chaussée d’un immeuble.

Précédemment, les lieux étaient occupés par un garage exploité par le père d’Alain. L’acheteur veut transformer le local en habitation pour y loger un des membres de sa famille.

L’assemblée générale des copropriétaires donne son accord à l’été 2010 et le permis de construire arrive à l’automne. Jusque-là tout va bien.

Mais neuf mois plus tard, quand les travaux commencent, l’acheteur tombe sur deux anciennes cuves enterrées à quatre mètres sous terre : une à essence et l’autre à huiles usagées.

Ces cuves, abandonnées en 1972 et vidangées, ont fui.

Le sol est pollué par le cuivre, le mercure et le plomb. Il faut décontaminer et la note est salée : 165 000 euros.

Personne ne voulant la payer, l’affaire est portée devant un tribunal. Alain, sa mère et l’agence immobilière clament pour leur défense que l’acheteur savait très bien qu’il y avait un garage.

Quant aux cuves enfouies, ils l’en avaient informé, mais sont incapables de le prouver. Le juge n’est pas vraiment convaincu.

Il condamne Alain, sa mère et l’agence immobilière à payer les trois quarts de la facture, soit 123 750 euros, mais aussi à rembourser à l’acheteur l’étude de diagnostic sur la qualité du sol et de l’air (11 960 euros) et à lui verser 20 000 euros au titre du préjudice subi.

Quelle(s) formation(s) ?

Les doctorants tiennent leur revanche sur les ingénieurs ! 

« Les entreprises observent ce qui se fait dans les laboratoires et recrutent des docteurs spécialisés en chimie, science de l’environnement ou des matériaux. On fait appel à eux pour les pollutions complexes et pour trouver de nouvelles techniques plus respectueuses de la planète et moins onéreuses », observe Abdelkrim Bennabi, de l’ESTP.

Pour ceux qui n’ont pas le courage ou la patience de faire de très longues études, les écoles d’ingénieurs spécialisées en BTP, en chimie, géologie, et les masters universitaires en traitement des eaux, sols et déchets ou géologie sont aussi d’excellents sésames.