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Faut-il choisir un emploi qui n'existe pas encore?

Béatrice Madeline

Sommes-nous à l’aube d’une extinction de masse de nos métiers ? Pas si sûr. L’emploi de demain sera riche en data scientists, mais aussi en aides-soignants et ouvriers du bâtiment durable. Panorama des grandes tendances du marché du travail de demain.

Macaron HS1

Selon le think tank Future of Work, qui a réalisé une étude avec le constructeur informatique Dell, 5 % des métiers que nous exercerons en 2030 n’existent pas encore. Quatre nouveaux outils réinventent la manière de produire et de travailler, selon le rapport publié à l’occasion du World Economic Forum : l’Internet haut débit, disponible partout dans le monde ou presque, l’utilisation de la donnée, l’intelligence artificielle et le cloud. Est-ce à dire que d’ici cinq ou dix ans, tous les travailleurs de la planète utiliseront ces technologies ? Que les robots vont envahir les entreprises, les usines, le secteur des services ? Qu’en dehors du numérique, le code et les algorithmes, point de salut ?

Salués par des automates

Ces évolutions structurantes vont indéniablement créer des centaines de milliers d’emplois, ouvrir des quantités d’opportunités nouvelles et impacter fortement l’éducation et la formation tout au long de la vie. Parmi les métiers qui seront de plus en plus demandés : tout ce qui concerne l’analyse de la donnée (data analysts, data scientists), le développement informatique, depuis le logiciel jusqu’aux applications, le e-commerce et l’usage des réseaux sociaux. Ces mêmes évolutions vont détruire d’autres emplois, faire disparaître des métiers devenus inutiles. Selon une étude du cabinet de conseil international McKinsey & Company, l’automatisation des processus de travail pourrait toucher 60 % des emplois dans le monde d’ici 2030. Des millions d’emplois de services seront remplacés par des machines, par exemple dans la restauration ou l’hôtellerie, où les clients seront « accueillis » par des automates. Dans la finance et l’assurance, près de la moitié des emplois vont disparaître, remplacés par une intelligence artificielle capable de répondre aux clients et de gérer les dossiers. Le social et le médical n’échapperont pas à ce mouvement, depuis les robots qui « animeront » des séances récréatives dans les maisons de retraite jusqu’à la surveillance à distance des malades. « Même les métiers comme médecin ou chauffeur de taxi (qui devraient être pilotés automatiquement d’ici quelques années) ne seront pas épargnés », souligne le cabinet McKinsey & Company.

60 %

des emplois seront impactés par l’automatisation des processus de travail d’ici 2030.

Mieux formés, moins impactés

Les métiers les plus qualifiés ne sont pas ceux qui disparaîtront en premier, précise une étude de l’OCDE. Les emplois à faible valeur ajoutée sont les premiers touchés. On le constate déjà avec la réduction du nombre des employés des services postaux, de transports, des commerces, de la restauration ou les caissiers. En règle générale, ajoute l’OCDE, les professions qui résisteront le mieux à l’automatisation sont celles qui requièrent une formation professionnelle ou un diplôme de l’enseignement supérieur. Autrement dit, pour éviter de voir son métier disparaître, remplacé par un robot, mieux vaut viser une profession très qualifiée. Ainsi, les experts de l’IA et du machine learning, les spécialistes du big data, les experts en process automation ou en cybersécurité, les professionnels de la user experience (UX) ou des interactions homme-machine, les spécialistes de la robotique ou de la blockchain seront de plus en plus demandés par les entreprises.

Mais les recruteurs rechercheront de plus en plus, aux côtés du diplôme, les fameuses soft skills, ou compétences humaines : capacité d’adaptation et à travailler en équipe, qualité de communication seront au moins aussi importantes que les compétences « dures » plus facilement assimilables au cours de la vie professionnelle, en fonction des besoins. Le World Economic Forum liste les métiers nécessaires demain qui feront la part belle à cette intelligence relationnelle : formateurs et coachs en développement professionnel, professionnels des ventes et du marketing, experts en organisation ou en innovation. De manière générale, la demande de personnes capables de mettre en œuvre et de comprendre les nouvelles technologies et leurs implications sur la société sera toujours croissante, ce qui requiert à la fois des connaissances et une forme d’intelligence non cognitive.

L’humain au cœur des services

Pour autant, quantité de métiers de service relativement peu qualifiés ne vont pas disparaître, tempèrent les chercheurs et les économistes. Les machines remplaceront peut-être les caissiers ou les manutentionnaires, mais ce ne sera pas le cas partout, notamment dans les métiers de service liés au vieillissement démographique. Ce sont d’abord les individus qui seront de plus en plus demandeurs de services nécessitant une main-d’œuvre abondante : garde des enfants, coiffure, esthétique, hôtellerie, restauration. Une étude prospective réalisée par France Stratégie montre que ce sont les métiers du soin et d’aide aux personnes fragiles (métiers du care), particulièrement les aides à domicile ou les aides-soignants, qui vont créer le plus d’emplois (350 000) d’ici 2022. Plusieurs facteurs encouragent cette demande : le nombre de personnes âgées, dans les pays occidentaux et au Japon, ne cesse d’augmenter, tandis que le nombre de médecins, lui, diminue et que la solidarité familiale s’érode. D’autres métiers de service, tels que celui d’agent d’entretien, vont aussi continuer de se développer fortement.

+37 %

d’emplois dans le secteur de l’énergie éolienne en 2017 par rapport à 2014, grâce à un tissu industriel diversifié de plus de 1 000 entreprises, selon le rapport annuel de l’IRENA daté de 2017

Vers une bipolarisation du marché du travail

Les entreprises elles aussi réclameront des métiers de service à fort contenu technique cette fois : personnels d’études et de recherche, architectes et cadres du bâtiment, métiers de la banque. Ce poids des services à la personne sur le marché du travail, cumulé à celui des emplois de la tech, va accentuer une tendance à l’œuvre depuis quelques années, celle de la bipolarisation. Le marché du travail va être soumis à deux forces centrifuges. L’une, celle de la technologie et de la robotisation, va faire basculer de plus de plus en métiers vers l’innovation, nécessitant des qualifications pointues, et donc bien rémunérés. L’autre, le besoin toujours croissant des populations pour des services de base, va continuer à générer des emplois peu qualifiés, souvent mal rémunérés et mal protégés. Pour des économistes comme Patrick Artus, cette bipolarisation vers les deux extrêmes sera même le trait saillant de l’évolution du marché du travail dans les décennies qui viennent – une tendance qui rend encore plus cruciales l’orientation des jeunes et la formation des adultes.

Dernière tendance forte pour le futur : la transition écologique, qui va impacter les modes de vie, la manière d’exercer bien des professions et créer de nouveaux métiers. Ce sont donc à la fois les métiers « verts », directement liés à l’environnement, qui vont se développer, mais aussi les métiers « verdissants », c’est-à-dire ceux qui se transforment sous l’impact des impératifs environnementaux. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le numérique et ses multiples applications représentent une consommation énergétique énorme, alimentant encore l’impératif de la transition énergétique. Révolution numérique, démographie, transition écologique, finalement trois tendances qui vont modeler le monde du travail de demain. Et qui ouvrent un vaste champ d’opportunités pour les jeunes aujourd’hui à la recherche d’un métier, et les moins jeunes avides de reconversion.

Pour aller plus loin

Plateforme The Future of Work, OCDE
Métiers 2022, rapport de France Stratégie, 2015
Site de l’Observatoire national des emplois et métiers de l’économie verte
« Pourquoi le travail se bipolarise », Sciences humaines, novembre 2017