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L'argent liquide va-t-il disparaître de nos sociétés ?

Angélique Vallez

Alors que les Européens gardent les poches pleines, plusieurs pays affichent l’ambition d’abandonner pièces et billets. Quitte à forcer la main et les habitudes des consommateurs.

Nouveau design, plus de sécurité...En mai 2019, la Banque centrale européenne (BCE) a mis en circulation des nouveaux billets de 100 et 200 euros. Comme si l'institution bancaire n’avait pas entendu la prophétie de John Cryan.

« Le cash, je pense, n’existera probablement plus dans 10 ans. Ce n’est pas quelque chose qui est nécessaire, c’est terriblement inefficace et cher », affirmait le respecté patron de la Deutsche Bank, au forum économique mondial de Davos, en janvier 2016. Il n’empêche. Bien que de nombreux oracles annoncent régulièrement la mort du cash, pièces et billets pèsent encore lourd dans les porte-monnaie des Européens.

Selon une étude de la BCE sur le sujet, plus des deux tiers des transactions en point de vente (79 %) s’effectuaient encore en liquide en 2016, contre seulement 19 % par carte bancaire et 2 % par d’autres moyens de paiement (téléphone mobile ou autre).

Carte_Europe_Liquidités
En moyenne, les Européens se promènent avec 65 € de monnaie fiduciaire – pièces ou billets –, dans leur porte-monnaie (de 29 € au Portugal, à 103 € en Allemagne).

L’expérience cashless

À la fois parce que la gestion de l’argent liquide coûte cher, et parce qu’elle facilite l’économie informelle, il existe une volonté de réduire le poids de la monnaie fiduciaire.

En France, c’est l’un des rôles du Comité national des paiements scripturaux (CNPS) qui encourage, entre autres, à « diminuer les obstacles tarifaires et techniques aux paiements par carte dès le premier euro ».

Ici et là, des expériences sont menées pour tester le tout-numérique. Plusieurs festivals de musique offrent déjà des parenthèses « cashless » à leurs visiteurs. À l’instar de Rock en Seine, partenaire de Lyf Pay, qui propose de régler tous ses achats et ses consommations à l’intérieur du festival à l’aide d’un bracelet dédié, ou via son téléphone mobile.

Éco-concept

Parmi les moyens de paiement disponibles, on distingue la monnaie fiduciaire (pièces et billets), des moyens de paiement dits scripturaux qui permettent des transferts d’argent par des écritures comptables (virement, chèque, etc.).

Le smartphone, CB bis ?

Ailleurs, il existe même des expériences menées à l’initiative des pouvoirs publics. Ainsi, la banque centrale de Corée du Sud s’est fixé comme objectif d’atteindre une société 100 % sans cash en 2020. Depuis 18 mois, les pouvoirs publics de Séoul travaillent donc à un assèchement du liquide. Un certain nombre de magasins ne rendent plus la monnaie en espèces, mais créditent la carte de crédit.

En attendant que la Corée du Sud communique un premier bilan de cette expérience, les détracteurs du tout-numérique insistent sur le danger d’exclusion des plus pauvres, ceux qui n’ont pas accès aux services bancaires. Dans sa volonté de rassurer sur ce point, l’entreprise Visa, attentive aux innovations en faveur d’un monde sans cash, souligne dans un rapport publié en 2017 : « Dans les pays émergents, le manque d’infrastructures financières a encouragé le développement des paiements via le téléphone portable. En Inde, l’opérateur PayTm gère 200 millions de porte-monnaie électroniques. »

Dans ce pays aux 1,3 milliard d’habitants, le gouvernement veut également réduire sa dépendance au cash. En novembre 2016, de façon assez brutale, le pays a retiré 86 % des billets en circulation, en seulement quelques heures. Rapidement, la population s’est tournée vers le paiement sur mobile. Selon Visa, presque un quart des transactions passaient alors par le mobile. Et c’était en 2016.

Article initialement publié en novembre 2018, édité le 29/09/2019.