« Le besoin de stockage d'énergie va exploser »

Sélection abonnés

Entretien avec Florence Lambert, directrice du Laboratoire d’innovation pour les technologies des énergies nouvelles et les nanomatériaux (Liten) au sein du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Elle a notamment piloté le plan national industriel de stockage de l’énergie.

En quoi le stockage d’énergie est-il crucial pour l’avenir des énergies renouvelables ?

Florence Lambert : L’intermittence des énergies renouvelables pose un problème dans les réseaux. Le stockage d’énergie permet aux acteurs de l’énergie d’apporter de la flexibilité face à l’intermittence. On va avoir besoin de flexibilité à différentes échelles d’espace et de temps. Plus on va avoir d’énergies renouvelables dans le réseau, plus on va avoir besoin de la stocker pour tenir compte des saisons. De plus en plus, des batteries seront non seulement utilisées dans les véhicules électriques, mais elles contribueront, en fonctionnant dans les deux sens, à équilibrer les réseaux.

Comment se place la France par rapport à ses voisins européens et au reste du monde ?

Les acteurs français de l’électricité sont tous mobilisés. On est plutôt pionniers sur le sujet. Le stockage d’énergie pourrait devenir une filière des énergies renouvelables à part entière. L’Airbus des batteries est une vraie opportunité pour l’Europe. Ce n’est pas un mystère : l’Asie domine la technologie du lithium-ion, qui est capable de couvrir l’ensemble des usages – électronique, mobilité notamment. Dans les batteries du futur, le lithium-ion va être remplacé par le lithium tout solide et cela va tout changer.

Jusqu’à présent, l’Europe se battait contre l’Asie où les investissements avaient déjà été amortis et qui pouvait baisser ses prix. Avec la nouvelle technologie, l’Europe sera plus à égalité. Elle peut se positionner. Et il n’y a pas que les batteries. La France a aussi publié sa stratégie sur l’hydrogène comme énergie, il y a un an.

L’Asie domine la technologie du lithium-ion, qui est capable de couvrir l’ensemble des usages – électronique, mobilité notamment.

Florence Lambert

Directrice du Laboratoire d'innovation pour les technologies des énergies nouvelles et les nanomatériaux (Liten). 

Par rapport aux objectifs fixés en termes de parts d’énergies renouvelables, la technologie du stockage d’énergie sera-t-elle prête ?

On va commencer par utiliser et intégrer des énergies renouvelables. Ce n’est pas avant 2040 que l’on ressentira des besoins massifs en matière de stockage. Nous planifions dans cette perspective. D’un côté, la montée en puissance de l’Airbus des batteries, de l’autre, un décollage de l’hydrogène sur les marchés de l’hydrogène industriel, afin d’arriver en 2040 avec de vrais acteurs et des filières consolidées. Les deux axes se synchronisent relativement bien. La batterie va permettre le stockage sur de nombreux marchés, notamment dans la petite mobilité. L’hydrogène servira là où la batterie ne pourra pas être utile. Quand on commencera à électrifier des grosses plateformes comme les bus, les trains ou les bateaux, l’hydrogène s’imposera comme complément des batteries.

Le stockage d’énergie coûte-t-il cher ?

Les coûts vont continuer à baisser. Les modèles économiques ne sont pas encore stabilisés. Qui va payer le stockage ? Il y a un vrai engouement des « consommacteurs » engagés, qui veulent faire leur propre arbitrage et leurs propres échanges d’énergie.