L'impression "à la demande" est-elle le futur du livre ?

En pratique

L'impression "à la demande" est-elle le futur du livre ?

Capable de délivrer un ouvrage en 5 minutes, l'impression à la demande peut révolutionner le marché du livre. Une innovation qui pourrait radicalement bousculer l'ensemble du secteur de l'édition.

Parmi les innovations les plus marquantes dans le secteur de l’édition ces dernières années, l’impression à la demande

L’un des premiers éditeurs à s’en saisir en France est le groupe Humensis (par ailleurs éditeur de Pour l’Éco), qui installa en 2016, dans sa librairie du 5e arrondissement de Paris une Espresso Book Machine – sorte d’imprimante très perfectionnée développée par Xerox, capable d’imprimer en quelques minutes tout un livre et sa couverture collée. Ont suivi Copernics, lancée par Interforum, et Lightning Source, du groupe Hachette.

300 pages en 300 secondes

Un nouvel acteur tente aujourd’hui de se faire une place sur le marché de l’impression à la demande : Gutenberg One. Le premier exemplaire de ce robot imprimeur a été présenté au salon du livre 2019 par son propriétaire, Hubert Pédurand.

Son ambition : persuader les libraires d’installer dans leur boutique ce Gutenberg du troisième millénaire, « de quoi faire du libraire de quartier le concurrent direct d’Amazon, avec seulement 4 m2 d’emprise au sol », résume son inventeur.

Pour les nouveautés à forte rotation et les best-sellers, il faut « de la pile » dans les librairies, comprenez du stock et plusieurs exemplaires qui seront rapidement vendus.

En revanche, pour les séries courtes – des ouvrages vendus à quelques centaines ou milliers d’exemplaires –, l’impression, le stockage, la diffusion et la distribution ont un coût très élevé rapporté aux recettes de la vente des exemplaires.

D’où la solution Gutenberg One : cinq minutes pour imprimer et relier 300 pages, à raison de 20 livres par heure. Le robot imprimeur règlerait donc de multiples problèmes logistiques (moins de stocks), financiers et environnementaux (plus d’impression à perte), marketing. Avec le livre imprimé à la demande, le libraire peut répondre immédiatement à la demande du client.

La chaîne du livre perturbée

L’impression à la demande ne peut toutefois pas s’appliquer aux beaux livres ou aux BD. De même, elle entraîne un coût de fabrication plus élevé, mais qui serait compensé par les économies sur les frais de transport, stockage, etc. 

« C’est aussi un moyen de soutenir la diversité éditoriale et les petits éditeurs refoulés par les grands réseaux de distribution », avance Hubert Pédurand, qui imagine l’installation de 10 000 de ses robots partout sur la planète, dont 1000 en France dans les librairies, bibliothèques, cafés littéraires…

À une condition : « que les éditeurs jouent le jeu en mettant à disposition les fichiers informatiques qui permettront d’imprimer leur livre », estime le fondateur, en attente de fonds pour industrialiser son projet.

« Le déploiement de l’impression à la demande est clairement un des enjeux majeurs du secteur pour les prochaines années, une solution pertinente pour répondre aux difficultés du marché du livre », confirme Grégorie Lartigot, ex-secrétaire général des éditions Amphora et ancien directeur administratif du Syndicat national de l’édition. 

« Mais il y a encore pas mal de résistances de la part des acteurs, comme cela a été le cas pour le livre de poche et le livre numérique. Par exemple, il n’y a pas de commission dédiée au print on demand au SNE, pas plus qu’il n’y a de formation dans ce domaine à l’Asfored, le centre officiel de formation du secteur. » Pourquoi ces freins ? « Parce que l’impression à la demande vient perturber toute la chaîne du livre », décrypte Grégorie Lartigot.