Panneaux solaires : comment une PME française tente de faire face au marché chinois

En pratique

Panneaux solaires : comment une PME française tente de faire face au marché chinois

Face aux géants asiatiques, Dualsun parie sur des panneaux hybrides qui fabriquent de l’électricité et chauffent un bâtiment en même temps. Rencontre avec l’un de ses deux fondateurs.

On n’est pas raisonnable quand on est entrepreneur. Jérôme Mouterde et Laetitia Brottier, 34 ans tous les deux, ont décidé, il y a 10 ans, de se faire leur place sur le marché des panneaux solaires, dominé par les mastodontes asiatiques et le Goliath chinois.

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Jérôme Mouterde, co-fondateur de Dualsun

« Au départ, Dualsun est un projet de fin d’études. Pour améliorer la performance énergétique des bâtiments, nous avons eu l’idée d’inventer des panneaux photovoltaïques hybrides. Ça n’existait pas. Soit un panneau transformait l’énergie solaire en électricité, soit elle était récupérée pour chauffer les bâtiments. Notre produit fait les deux », relate Jérôme Mouterde.

Diplômés de Centrale Paris en 2009, les deux associés créent leur boîte l’année suivante. Jérôme sera le DG, Laetitia la directrice de l’innovation. Ils déménagent à Marseille, embauchent des ingénieurs, bûchent sur le produit et déposent cinq brevets.

Défier les géants

En 2014, la première version de leur panneau photovoltaïque voit le jour, elle est commercialisée. En avril 2020, en plein confinement, ils inaugurent une usine très automatisée, avec huit salariés, à Jujurieux, dans l’Ain. « En 2020, nous avons produit 7 000 panneaux. En 2021, ce sera 10 000 », promet le dirigeant de Dualsun.

Il ne tremble pas et pourtant, il y aurait de quoi.

Au cours de la dernière décennie, pendant que nos deux ingénieurs mijotaient leur projet, les grands industriels asiatiques asseyaient leur domination. Aujourd’hui, 10 des 15 plus gros producteurs de panneaux photovoltaïques sont asiatiques, selon l’Agence internationale des énergies renouvelables.

La France ne figure même pas dans le classement. Les entreprises chinoises détiennent 70 % du marché, elles concentrent 59 % des 3,8 millions d’emplois du secteur. Soit 2,2 millions de salariés, contre seulement 7 000 en France.

« Peut-être avons-nous péché par excès d’assurance, mais nous n’allions pas nous interdire d’essayer. Et puis d’autres, plus gros, empruntaient le même chemin », se défend Jérôme Mouterde.

En Chiffres

70 %

La part de marché de l'énergie solaire détenue par les Chinois

Cinq ans pour émerger

« En réalité, même si les Chinois sont globalement ultra dominants, ils sont mal armés pour se mesurer à nous. Nous fabriquons un produit très spécifique qui n’est pas facile à reproduire pour un gros industriel. Et le marché de niche que nous sommes en train de développer est encore trop petit pour les intéresser. Cela viendra, je pense, mais pas avant cinq ans », anticipe-t-il.

Qu’adviendra-t-il alors de Dualsun ? « Nous aurons installé notre marque comme une référence de qualité, continué à faire grandir notre réseau d’installateurs agréés, et convaincu par notre service après-vente. Des avantages serviciels que ne pourront jamais proposer les industriels de masse. Le produit, c’est important. Mais il ne faut pas tout miser dessus. Il arrive toujours un moment où l’on se fait copier » conclut le jeune patron.

Ma plus grosse erreur

« J’ai l’impression d’en faire tous les jours. La plus grosse, c’est sûrement d’avoir sous-estimé le temps que cela prendrait d’installer les fondations d’une entreprise. C’est long de développer un produit, de constituer une équipe, de trouver la bonne méthode, les bons process. Des entrepreneurs auprès de qui j’ai pris conseil m’avaient pourtant prévenu. J’avais entendu, mais pas forcément retenu la leçon. Une fois dedans, j’ai vite compris que le temps allait me poser un sacré problème. Au final, tout ça a pris deux à trois ans de plus que je ne l’avais imaginé. »