Papier, ebook : les livres traditionnels résistent au numérique

En pratique

Papier, ebook : les livres traditionnels résistent au numérique

Bientôt disparus, les livres ? Finie, l’édition papier ? Mourantes, les librairies ? Le numérique a envahi nos vies, mais l’encre et la pâte à papier font de la résistance.

À la fin des années 40, le prix du papier explose, entraînant une crise du livre. Même si la population étudiante augmente, elle n’a pas les moyens de se payer les ouvrages grand format dont elle rêve.

Apparaît alors sur le marché français le livre de poche, dans le sillage des pockets books américains, vendus six fois moins cher que leurs grands frères. Un prix hyper concurrentiel qui s’explique par deux innovations : l’impression des titres sur du papier en bobine, à l’image de celui utilisé par les journaux, et une reliure révolutionnaire : collée, sans coutures.

La révolution du livre de poche a alors beaucoup inquiété l’élitiste milieu de l’édition : populariser le livre, c’est le tuer, estimait-elle.

Dans les années 2000, l’arrivée de l’ouvrage numérique a elle aussi bousculé le secteur, laissant redouter à nouveau la fin du format papier.

Mais le livre dématérialisé n’a pas tenu toutes ses promesses – seulement 10 % à 15 % des opus achetés en France aujourd’hui sont des e-books.

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L’une des causes : en France, en 2011, les éditeurs ont obtenu que le prix de ces livres en pixels soit fixé par eux et imposable sur tous les supports et à tous les diffuseurs, coupant l’herbe sous le pied d’Amazon et autre Google. Ristourne interdite !

« Les livres numériques coûtent aujourd’hui plus cher que les livres de poche ! », souligne Vincent Chabault, sociologue, enseignant-chercheur et auteur d’un Éloge du magasin1. Autre limitation à la révolution numérique : chaque liseuse exige un type de fichier différent, ce qui limite la taille des catalogues.

La fiction tient bon

Est-ce à dire que le secteur de l’édition est imperméable à l’innovation ? Pas si vite. Si le livre numérique n’a pas supplanté son ancêtre de papier au rayon fiction, il est désormais incontournable chez les éditeurs juridiques, scientifiques, médicaux… La numérisation des titres et l’habitude prise de lire sur des écrans ont aussi permis de développer de nouveaux chemins d’accès aux contenus, comme les applications de lecture pour smartphone.

Professeure de français, Sarah Sauquet est, avec sa mère ingénieure, à l’origine, en 2012, de l’une des applis littéraires les plus téléchargées : Un texte, un jour. Le principe : le lecteur télécharge gratuitement l’appli sur son téléphone et reçoit chaque jour un extrait de texte à lire, choisi dans une anthologie littéraire.

« Il y a une réelle appétence pour la découverte de nouveaux textes, souligne Sarah Sauquet. Avec une appli, l’accès est plus facile, décomplexé. Chaque soir, à 00h01, on enregistre une centaine de connexions de lecteurs pour découvrir le texte du jour ! »

Forte de ce premier succès, Sarah Sauquet a lancé six autres applis, sur la poésie, la littérature anglo-saxonne ou encore la littérature érotique. Dernière-née, une appli payante, Un texte, une femme, qui marque une évolution : « Nous avons conclu un partenariat avec Folio. Ainsi, le lecteur séduit par un texte peut l’acheter en version intégrale et papier, chez Folio, simplement en passant par notre appli. »

Ou quand la nouvelle technologie vient en soutien de la tradition, en créant un nouveau canal de distribution.

Les plateformes d’auto-édition type Wattpad sont elles aussi amenées à se développer, tout comme l’impression à la demande des livres rares ou peu vendus.

Personne ne croit à la disparition du livre physique : « Il y a un attachement au papier qu’on a bien constaté pendant le confinement, quand les gens se bousculaient pour commander des livres chez leur libraire, par mail ou par téléphone », souligne Vincent Chabault.

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L’avenir du livre passerait donc par les librairies de quartier et pas forcément par les géants du commerce en ligne ? « J’en suis persuadé. Depuis le mois de mai, le rebond des achats de livres profite davantage aux libraires indépendants qu’aux grandes surfaces culturelles. Cela répond aussi à de nouvelles préoccupations écologiques» Scoop : pour les livres comme pour les pommes de terre, on préférerait donc de plus en plus acheter du traditionnel et du local.

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(1) Gallimard, janvier 2020