Pour l’agriculteur de demain, la « Tech » est dans le pré

En pratique

Pour l’agriculteur de demain, la « Tech » est dans le pré

Plus ingénieur que paysan, l’agriculteur du futur sera ultra-connecté pour piloter au mieux son exploitation.

L’agriculteur de demain sera-t-il un ingénieur qui téléguidera ses cultures ou son bétail depuis un endroit qui ressemblerait à une cabine de pilotage ? Pas impossible, au vu des nombreuses technologies qui émergent pour aller vers toujours plus de productivité et d’efficacité. Deux impératifs quand on sait que l’alimentation sera un enjeu crucial : en 2050, il faudra nourrir neuf milliards d’êtres humains alors qu’aujourd’hui, sur les sept milliards d’hommes et de femmes qu’abrite notre planète, un sur sept ne mange pas à sa faim.
 

Les grands défis de notre avenir

C’est dire l’ampleur du défi qui attend les fermiers et éleveurs du monde entier, mais aussi les chercheurs et les ingénieurs qui contribuent à améliorer les rendements, éloigner les maladies ou, mieux, anticiper les crises climatiques. Les agriculteurs sont prêts à ce virage technologique. Déjà convertis à 80 % à l’usage d’Internet, ils utilisent de plus en plus d’applications connectées pour suivre la météo, les cours des matières premières, connaître l’état de leurs cultures ou de leur cheptel. D’ailleurs, l’Agtech, qui réunit les start-up françaises spécialisées dans les applis et services pour les agriculteurs, est en plein essor ! Petite revue des outils technologiques que l’on croisera dans les fermes d’élevage ou les champs de demain.

En chiffre

20 %

de fermes en moins. C’est ce qui se profile dans l’Hexagone à l’horizon 2025.

1. Les robots autonomes

Débarrasser les cultures des mauvaises herbes sans abîmer les récoltes, voilà une tâche fastidieuse et ingrate dont les robots, pilotés par Smartphone, pourront se charger à l’avenir. Des machines autonomes permettent de supprimer les plants nuisibles tout en préservant les légumes bons à consommer. Moins de fatigue et un énorme gain de temps, qui évite ou limite l’utilisation d’herbicides chimiques. Déjà, dans les étables géantes qui comptent plusieurs centaines de têtes de bétail, les robots procèdent à la traite, nettoient le fumier et distribuent les aliments.

2. Les drones

Surveiller les cultures, enregistrer des données pour mesurer précisément les besoins en nutriments ou en eau, repérer des maladies, évaluer l’état de maturité des fruits ou celui des feuillages… les drones peuvent faire tout cela bien mieux que nous. En survolant une exploitation, ils envoient des données à un ordinateur qui cartographie et traite les informations. L’agriculteur n’a plus à arpenter ses champs pendant des heures pour surveiller rang par rang l’état des cultures. Depuis sa « salle de contrôle », il peut aussi commander l’envoi de drones pour aller « intervenir » en tel ou tel point de l’exploitation, par exemple pour se débarrasser de nuisibles.

Des entreprises de plus en plus comme les autres

Le paysage agricole du futur – en France – sera fait d’exploitations bien plus grandes et moins nombreuses. Selon les projections établies par une chaire de l’Agrocampus Ouest et du Crédit Agricole de Bretagne, le nombre d’exploitations va baisser en France de 20 % d’ici à 2025 (par rapport à 2014). Il y aura alors environ 320 000 fermes en France. Le taux de renouvellement serait en effet de trois pour deux : quand trois exploitations ferment, deux sont créées.

Parallèlement, du fait des besoins en capitaux et des risques associés, les fermes deviendront de plus en plus des entreprises comme les autres, avec un capital, des actionnaires et un vrai management. Pour Virginie Allaire-Arrivé, directrice de Coop de France Ouest, le métier d’agriculteur se complexifie : « Le rôle de gestionnaire devient plus important que celui de la production. » Enfin, la main-d’œuvre familiale disparaît petit à petit au profit des emplois salariés.

3. Les satellites

Les satellites en orbite basse permettent de photographier avec une grande précision ou de piloter des machines agricoles par GPS, par exemple. Ils serviront également à affiner les prévisions météorologiques. Pour les assureurs, ces images satellites sont précieuses : elles permettront d’évaluer les dégâts en cas de sinistre climatique localisé – orages de pluie ou de grêle, tornades, inondations…

4. Les capteurs

La ferme de demain en sera truffée. Grâce à l’intelligence artificielle, ces appareils pourront contrôler à distance toutes les données essentielles au bon développement des cultures – température de l’air, mais aussi du sol, humidité, taux de précipitations… Ils seront dotés de systèmes d’alerte en cas de gel ou de refroidissement brutal… Ainsi, l’agriculteur pourra réagir en fonction des conditions climatiques en temps réel, même s’il n’est pas physiquement sur son exploitation.

Les capteurs pourront aussi surveiller l’état du bétail, en suivant la température corporelle ou l’activité des bêtes. Il sera possible de repérer immédiatement un animal malade et de l’isoler pour éviter qu’il ne contamine les autres, afin d’enrayer une épizootie. Des appareils encore plus sophistiqués administreront immédiatement, en cas de fièvre ou de baisse de température de l’animal, les médicaments nécessaires à sa guérison. La qualité des produits issus de l’animal, comme le lait, sera surveillée en permanence.

Le co-farming, un retour aux sources grâce aux plateformes

Et si l’économie collaborative s’éloignait des villes pour gagner les champs ? Autrefois, il y avait un four à pain par village, dont chaque famille se servait à tour de rôle… Aujourd’hui, le numérique est en train de réinventer la solidarité paysanne. Une tendance qui prend toute son importance au regard de la solitude dont souffrent actuellement les agriculteurs : on compte un suicide tous les deux jours en France, 20 % de plus que dans le reste de la population.

Team of farmers working together

Un réseau de partage

Grâce à des plateformes spécialisées, les fermiers pourront collaborer plus facilement, s’entraider et mettre des ressources ou des outils en commun, tout comme les citadins se louent leurs voitures ou leur appartement via Drivy, BlablaCar ou Airbnb. Ils pourront également échanger conseils ou expériences, comparer leurs résultats pour améliorer leurs pratiques professionnelles. En cours de déploiement, la plateforme MyCumaLink fonctionne comme un réseau de partage de savoirs. D’autres services existent : Agrifind permet d’échanger des conseils d’experts. Linkinfarm permet de trouver un partenaire-prestataire pour réaliser toutes sortes de travaux agricoles : ensilage, épandage, traitement de matières premières, broyage de branches… Chacun s’inscrit sur la plateforme pour proposer ses services en fonction de l’équipement dont il dispose : à l’arrivée, chacun y gagne – meilleur amortissement des machines pour l’un, moins d’investissements à faire pour l’autre – et chacun reste dans son domaine d’expertise, avec un gain de compétitivité à la clé.

Un bel essaimage

En plein développement en France, le co-farming émerge aussi aux États-Unis, en Allemagne, au Danemark… En Grande-Bretagne, un réseau rassemble les jeunes agriculteurs qui s’installent pour qu’ils puissent partager leurs compétences et s’entraider. En Afrique ou en Inde, le co-farming consiste principalement à louer ou à prêter du matériel agricole aux paysans démunis, de manière à leur permettre d’accéder à une certaine autonomie économique.

5. Des machines agricoles autonomes

Conduire un tracteur ne sera-t-il un jour plus qu’un souvenir ? Les machines agricoles seront autonomes, pilotées par GPS. Récoltes, épandage de produits phytosanitaires se feront de manière entièrement automatisée.

6. Des fermes autonomes en énergie

Panneaux solaires et photovoltaïques, éoliennes terrestres ou souterraines, dispositifs aquaponiques, stations de recyclage… les fermes de demain iront vers l’autonomie énergétique et l’autonomie en eau, pour réduire les coûts et préserver l’environnement.