Quand votre chemise saura vous soigner

Béatrice Madeline
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Après la grande crise de la fin du XXe siècle, l’industrie textile renaît grâce à un couplé gagnant : innovation et modernisation de l’appareil de production. Des domaines aussi variés que la médecine, la cosmétique, l’industrie automobile ou le bâtiment proposent des applications textiles bluffantes.

  

Au printemps dernier, quelques bouchons de champagne ont dû sauter dans les ateliers textiles qui se recréent en France. Pour la première fois depuis longtemps, la filière a créé des emplois, grâce à la reprise des ventes et des exportations. Une renaissance après une quarantaine d’années de déclin, dues à la nouvelle donne mondiale : déplacement des sites de fabrication vers l’Asie et le Maghreb, fin des quotas, nouvelles contraintes réglementaires, émergence de nouveaux modes de consommation, nouvelles technologies…

En chiffre

60 351

emplois, selon l'Union des industries textiles, en France entre 2017 et 2018.

emplois

Des textiles 4.0

Si le textile sort la tête de l’eau, c’est notamment grâce aux efforts d’innovation consentis par les industriels. « Les acteurs de la filière les plus visionnaires ont su saisir l’opportunité d’une diversification à forte valeur ajoutée en se disant qu’au fond, le textile, c’est un matériau souple qui peut servir à faire des vêtements, certes, mais aussi alimenter d’autres secteurs d’activité, comme par exemple dans le fuselage des avions pour la légèreté et la résistance des matériaux composites, ou dans les filtres à air des voitures pour le rapport coût/ performance avantageux », décrypte Agnès Laurent-Moreau, responsable du domaine Industrie au sein de la Direction Innovation de Bpifrance.

En chiffre

2 851

entreprises, selon l'Union des industries textiles, en France entre 2017 et 2018.

entreprises

Quelques start-up se sont positionnées, ainsi que des entreprises traditionnelles comme Thuasne (articles de contention) ou Urgo, pionniers dans leur domaine. À l’arrivée, beaucoup de textiles techniques qui représentent près de la moitié de la filière en France, avec des applications aussi surprenantes que variées.

En chiffre

50 %

de la filière textile en France concerne des produits innovants ultra pointus (source : Union des industries textiles, entre 2017 et 2018).

Un organe en… polyester

Dans la santé, par exemple, le textile devient un instrument de diagnostic et de suivi autant qu’un matériau utilisé de manière thérapeutique. Une start-up, Bioserenity, développe des tissus équipés de capteurs électroniques, qui, une fois transformés en vêtements permettront de surveiller de manière constante les données d’un patient : rythme cardiaque, tension…

Mais l’innovation va bien plus loin : un chercheur tchèque a créé un organe artificiel en polyester qui, placé sous la peau d’un animal, peut produire des cellules souches se transformant en lymphocytes T, le « bras armé » du système immunitaire. Cette innovation pourrait être prochainement testée sur l’homme.

En cosmétique, on crée des textiles contenant des produits micro-encapsulés, aux diverses propriétés : hydratantes, amincissantes, anti-âge… par exemple pour garder une bonne odeur toute la journée en libérant du parfum sous les aisselles.

Du tissu dans le BTP

Dans un autre domaine, un industriel comme Valeo cherche à adapter les revêtements des sièges de voiture aux nouveaux modes d’utilisation tels que l’autopartage : il faut que le tissu soit lavable, inusable et éventuellement personnalisable et connecté, pour chauffer ou rafraîchir les sièges en fonction de la température extérieure.

L’aviation ou l’industrie maritime et nautique cherchent, elles, à concilier légèreté des tissus, grande résistance et d’autres qualités techniques comme la résistance au feu. Autre marché, plus étonnant encore, celui du bâtiment.

L’architecture utilise le textile pour réaliser des « enveloppes » comme celles qui recouvrent les stades, conçues pour limiter les déperditions d’énergie et isoler de la chaleur. Ils conçoivent des constructions en textile et métal, légères et écologiques. Le textile est désormais le cinquième matériau le plus utilisé dans le bâtiment ! De plus, partant de l’idée que les villes vont de plus en plus pousser en hauteur et non en superficie, il faut pouvoir assurer la sécurité dans des tours géantes. Le projet Polyect a ainsi conçu un revêtement mural textile intelligent qui permet d’augmenter la résistance des bâtiments aux contraintes mécaniques ou aux forces subies lors des séismes.

Enfin, dans les villes tentaculaires du futur, on cultivera ses tomates sur le toit des immeubles, dans des « champs » verticaux où les cultures se feront sur des armatures textiles.

Des outils sur mesure

Aux côtés de ces produits qui relèvent parfois de la science-fiction, l’industrie textile a également su investir de manière plus traditionnelle. Plus exigeantes que les normes asiatiques, les normes européennes ont conduit les entreprises à refondre leur appareil de production.

En chiffre

8,9

milliards d’euros d’exportations, selon l'Union des industries textiles, en France entre 2017 et 2018.

exportation

En chiffre

16,5

milliards d’euros d’importations, selon l'Union des industries textiles, en France entre 2017 et 2018.

importation

Avec pour effet de regagner en attractivité. « Les ateliers sont désormais ultra-automatisés, ultra-flexibles pour abaisser les coûts de production et pouvoir répondre à une demande rapide », souligne Agnès Laurent-Moreau.

En chiffre

13,4

milliards d’euros de chiffre d’affaires, selon l'Union des industries textiles, en France entre 2017 et 2018.

milliards

Pressés, les consommateurs sont aussi de plus en plus exigeants quant à l’éthique. Le textile du futur, c’est aussi un textile qui n’est pas fabriqué dans l’un de ces ateliers asiatiques ou africains où les ouvriers touchent à peine en un mois le prix du T-shirt que l’on portera sur la plage.

Ville future