Job du futur ► Rudologue

Jessica Berthereau
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Ce spécialiste de la gestion des déchets veut réduire les pollutions via une réutilisation des matériaux usagés. Un métier fortement lié à l’essor de l’économie sociale et solidaire.

Les déchets sont devenus sexy ! « Avant, la gestion des déchets était considérée comme un sujet un peu rébarbatif. Maintenant, nous voyons arriver des étudiants avec une vraie envie de s’impliquer dans ce domaine. Beaucoup nous ont dit avoir pris conscience des enjeux après avoir vu le film Demain », raconte Mathieu Durand, responsable du master Déchets et Économie Circulaire à l’université du Mans. En effet, le célèbre documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent fait la part belle aux déchets avec un reportage à San Francisco, ville américaine qui vise le « zéro déchet » en 2020.

La deuxième vie du déchet

L’étude des déchets, de leur formation, de leur traitement et de leur élimination s’appelle la rudologie. Le terme vient du latin rudus, qui signifie gravats, décombres. Ceux qui l’exercent sont des rudologues. Depuis son invention, dans les années 1980, par le géographe français Jean Gouhier, cette discipline a évolué, notamment avec l’arrivée, au début des années 2000, du concept d’économie circulaire. Les rudologues s’occupent donc aussi de valoriser les déchets, à l’image de Christophe Deboffe, fondateur de Néo-Eco, une entreprise qui offre une nouvelle vie à des matières usagées.

La question centrale qui anime Christophe Deboffe dans l’exercice de son métier est la suivante : comment créer une boucle d’économie circulaire ? Par exemple, Néo-Eco a accompagné Leroy Merlin dans la valorisation des agrégats de béton issus de la destruction d’un magasin de Douai. Ces déchets ont pu être en partie réutilisés pour la construction d’un nouveau magasin à Tourcoing. « Pour nous, un déchet est une ressource, c’est une matière première secondaire, c’est-à-dire une matière qui a eu une première vie et à laquelle on va essayer de trouver une deuxième vie », explique-t-il.

Briser le cercle

Christophe Deboffe en est persuadé : « Le métier de rudologue va exploser. » Selon lui, le prix des matières premières (métaux, terres rares, granulats…) va continuer à augmenter, si bien que le recyclage des déchets et la réutilisation des matières usagées vont devenir de plus en plus importants dans notre société. Sans compter la nécessité de réduire l’impact des déchets sur l’environnement. « Il faut aussi travailler plus en amont avec les entreprises pour qu’elles consomment moins de matière dans leurs processus de production et en rejettent ainsi moins », souligne Mathieu Durand.

Le secteur devrait employer 5 000 personnes en 2025 contre 900 en 2013, estime le Centre d’information et de documentation jeunesse (CIDJ). « Il n’y a pas de portrait type, explique le responsable du master du Mans. Nous accueillons des étudiants de profils divers : certains viennent de formations de géographie, d’aménagement du territoire ou d’urbanisme, d’autres de BTS ou de DUT dans le domaine de l’environnement et des déchets, d’autres encore de disciplines scientifiques (chimie, biologie, ingénierie…) ou même de sciences sociales (économie, droit…). » Une fois diplômés, les étudiants travaillent pour des collectivités locales, des entreprises de gestion des déchets ou des bureaux d’études.

« C’est un métier passionnant où l’on écrit plein d’histoires extraordinaires, assure Christophe Deboffe. Ce que je préfère, c’est faire l’impossible ! » À chaque fois qu’il démarre un nouveau projet auprès d’une entreprise ou d’une collectivité, il s’entend souvent dire que ce qu’il propose n’est pas possible. Il invite alors ses interlocuteurs à avoir un mode de pensée différent, à imaginer, à valoriser plutôt que jeter, à passer d’une économie linéaire à une économie circulaire. « À la fin des missions, on a la fierté d’avoir mis une petite pierre à l’édifice pour faire du bien à la planète et la satisfaction de voir les personnes les plus réticentes devenir des sponsors de notre démarche ! »

Rudologue

Quelles formations ?

Il en existe de nombreuses : outre le master historique du Mans, créé en 1992 par l’inventeur de la rudologie, Jean Gouhier, il existe des masters spécialisés à Reims, à Cergy-Pontoise ou encore à Troyes. Les écoles d’ingénieurs proposent également des spécialisations en gestion et traitement des déchets, comme l’ENGEES de Strasbourg et les écoles nationales supérieures de chimie (Montpellier, Lille, ParisTech…). Il existe aussi des licences professionnelles dans le domaine de l’environnement, qui peuvent être suivies après un BTS ou un DUT en biologie, chimie ou géologie.

Éco-mots

Économie circulaire

En France, ce concept a été défini dans la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte d’août 2015 : « La transition vers une économie circulaire vise à dépasser le modèle économique linéaire consistant à extraire, fabriquer, consommer et jeter, en appelant à une consommation sobre et responsable des ressources naturelles et des matières premières primaires ainsi que, par ordre de priorité, à la prévention de la production de déchets, notamment par le réemploi des produits, et, suivant la hiérarchie des modes de traitement des déchets, à une réutilisation, à un recyclage ou, à défaut, à une valorisation des déchets. » Cette loi fixe un certain nombre d’objectifs : réduire de 10 % les quantités de déchets ménagers d’ici 2020, recycler 65 % des déchets non dangereux et 100 % des plastiques d’ici 2025, réduire de moitié les quantités de déchets mis en décharge d’ici 2025 et réduire de 30 % la consommation de ressources par rapport au PIB d’ici à 2030. L’économie circulaire concerne 800 000 emplois en France dans des domaines variés (commerce des biens d’occasion, dépollution, gestion des déchets, réparation, etc.), selon une étude de France Stratégie.