L'industrie pétrolière prête à s'endetter pour garder ses actionnaires

En pratique

L'industrie pétrolière prête à s'endetter pour garder ses actionnaires

Sous pression de par leur responsabilité dans la crise climatique, l'industrie pétrolière distribue généreusement les dividendes pour continuer à attirer les investisseurs. Quitte à s'endetter massivement.

SURPRENANT

Surpayer ses investisseurs. Voici la stratégie adoptée par l’industrie pétrolière pour conserver ses actionnaires dans un contexte de pression écologique croissante et de résultats financier en diminution. Depuis 2010, les cinq plus importantes entreprises du secteur ont versé 535,8 milliards de dollars de dividendes ou de rachat d’action. Problème, leur activité n’avait rapporté que 328,7 milliards de dollars sur la même période. Pour financer ce déficit de 207,2 milliards de dollars, les majors se sont endettées ou ont cédé une partie de leurs actifs, comme leur patrimoine immobilier, relève une étude de l’Institut de l’analyse économique et financière de l’énergie (IEEFA).

Les majors pétrolières échouent constamment à atteindre les résultats financiers prévus par le marché et elles semblent penser que les actionnaires ne le remarqueront pas tant qu’elles versent de généreux dividendes”, analyse le coauteur de l’étude Tom Sanzillo.

Un dividende “sacré”

Une vision que semblent conforter les propos du patron de Shell. “Le dividende est un élément sacré chez Shell, déclarait même en 2016 Ben Van Beurden, directeur de l’entreprise anglo-néerlandaise et l’une des compagnies pétrolières les plus importantes de la planète. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour le protéger.” Quitte à surpayer, donc, depuis le début de la décennie. Même quand les prix du pétrole sont remontés en 2013 et 2014, ces entreprises ont préféré continuer d’augmenter les dividendes au lieu de réduire les déficits.

Si certains analystes ont pu s’inquiéter de la dette croissante de ces géants du pétrole, Ben van Beurden a annoncé l’an passé que cette politique se poursuivrait. Il prévoit de redistribuer au moins 125 milliards de dollars en dividendes et rachats d’actions entre 2021 et 2025.

Mais il n’est pas sûr que cela suffise à retenir les actionnaires, malgré un rendement du dividende très élevé. La part du secteur du gaz et du pétrole ne cesse de diminuer dans l'économie mondiale (86 000 milliards de dollars - 3,8 % du PIB mondial en 2019). Un exemple singlant : alors qu'ExxonMobil était encore en 2012 la plus importante capitalisation boursière de la planète, aucune entreprise de cette industrie ne se trouve, désormais, aux 10 premières places. Ces entreprises du XXe ayant constitué leur richesse grâce l'or noir sont désormais dépassées par les géants du numérique.