Covid-19 : comment les discothèques ont résisté à la crise sanitaire

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Covid-19 : comment les discothèques ont résisté à la crise sanitaire

Sur environ 2 000 discothèques en France, une centaine d’entre elles a été placée en liquidation judiciaire à cause de la crise sanitaire. Un chiffre faible alors qu’elles ont été fermées pendant presque un an et demi. Comment ont-elles tenu le choc ?

"Être fermé pendant 16 mois, économiquement, c’est quand même très compliqué", témoigne Régis Toutain, gérant de la discothèque Le Missyl, à Pontivy (Morbihan).

Du premier confinement en mars 2020, au protocole sanitaire strict accompagnant la réouverture il y a quelques jours, la crise sanitaire n’a pas épargné le secteur de la nuit.

Il n’empêche, "cet écosystème a bien résisté", estime Loïc Challier, directeur général de la SPRE, la société qui collecte la redevance musicale, grâce à une grande souplesse des chefs d’entreprise et des aides de l’État bien calibrées.

Sur les 2 051 établissements français existants (1 541 discothèques et 510 établissements similaires - bars à ambiance dansante ou restaurants à ambiance dansante), la SPRE a recensé 105 procédures collectives depuis le début de la pandémie [1], dont 91 liquidations judiciaires (4,4 %).

Des chiffres "faibles" pour Loïc Challier qui souligne qu’en dépit des difficultés, "la plupart des établissements s’en sont bien tirés".

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Éco-mots

Liquidation judiciaire

La procédure de liquidation judiciaire est décidée lorsque le redressement est manifestement impossible. Un liquidateur dissout la société, règle les dettes, met fin à l’activité et vend les actifs.

Des reconversions professionnelles temporaires

Comment l’expliquer ? "La résilience, c’est notre seconde peau", répond Thierry Fontaine, président national de l’organisation UMIH NUIT. "Pendant la crise, beaucoup d’exploitants de discothèques ont pris un autre emploi pour s’en sortir. Certains ont quitté les dancefloors pour devenir ambulancier, livreur ou encore chauffeur poids lourds."

C’est le cas de Régis Toutain, dans le Morbihan. Le gérant du Missyl, qui emploie habituellement cinq salariés, deux prestataires pour la sécurité et quelques extras, s’est reconverti temporairement à cause de la crise.

"J’avais déjà mon permis poids lourds car il m’arrive de rouler les camions en tant que pompier volontaire. J’ai payé une formation complémentaire, qui m’a coûté 2 000 euros, pour pouvoir faire du transport commercial. Et j’ai commencé à faire de l’intérim comme chauffeur livreur."

Les aides de l’État efficaces

Pour "survivre", le trentenaire a contracté des prêts garantis par l’État (PGE) à hauteur de 74 000 euros et a bénéficié des aides publiques : à partir du mois de mai, il a touché comme ses confrères et consœurs, une aide mensuelle de 15 000 euros pour les frais fixes.

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"Mais comme je suis gérant, cela n’intègre pas mon salaire. Et puis, en moyenne, on fait entre 45 000 et 70 000 euros de chiffres d’affaires mensuels. Les aides, à côté de ça, c’est peanut !", juge-t-il, même s’il le reconnaît : "Sans cela, ça aurait été beaucoup plus compliqué."

Loïc Challier, du SPRE, plussoie : si peu d’établissements ont été placés en liquidation judiciaire, "c’est la preuve que les aides des pouvoirs publics ont été extrêmement efficaces".

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Éco-mots

Coûts fixes

Dépenses que l’entreprise supporte, indépendamment de la quantité de biens produite, comme les loyers, les assurances, les équipements… Il existe donc des seuils (de prix ou de quantités produites) en dessous desquels ces coûts ne sont pas amortis.

Les aides pour les professionnels du secteur

Les professionnels du secteur ont bénéficié, les premiers mois, des mesures de chômage partiel pour leurs salariés et d’un fonds de solidarité de 1 500 euros.

Le dispositif a évolué en décembre 2020 pour leur attribuer une aide mensuelle égale soit au montant de la perte de chiffre d’affaires dans la limite de 10 000 euros, soit à 20 % de leur chiffre d’affaires de référence.

Une aide pour compenser les charges fixes et une aide au paiement des cotisations et contributions sociales ont également été proposées. Tout comme des prêts garantis par l’État (PGE).

Un établissement qui se transforme

Toutefois, ce soutien de l’État n’a pas remplacé la clientèle. Et pour certains exploitants, difficile d’attendre. C’est pour cela que Le Missyl s’est transformé… en bar !

"On a construit une terrasse extérieure de 33 places, ce qui a coûté 5 000 euros", raconte Régis Toutain. Ce dernier a dû constituer un dossier administratif pour reclasser temporairement son établissement recevant du public (ERP). "C’est sûr, on est loin du chiffre d’affaires que l’on fait habituellement avec la discothèque. Mais ça a fait du bien au personnel de retrouver son travail et de revoir les clients."

Une mutation d’activité qui est tout de même restée marginale. D’une part, parce que "les préfets n’ont pas été souples partout en France, face à ces transformations".

D’autre part, "administrativement, les démarches sont lourdes", explique Loïc Challier, de la Société pour la perception de la rémunération équitable (SPRE). Qui plus est, "les exploitants de discothèques perdaient alors les aides publiques" et ce, "pour obtenir de modiques sommes avec des bars, qui ne devaient pas dépasser une certaine jauge".

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Le protocole sanitaire strict

Sans hésitation, Régis Toutain a donc rouvert son établissement, en tant que discothèque à nouveau, le 9 juillet. Mais des difficultés perdurent. "Le premier jour, on a enregistré 35 entrées et 80 refus. Ces personnes n’ont pas pu présenter leur pass sanitaire", témoigne le gérant. Or, pour être rentable, il estime devoir enregistrer environ 150 entrées pour un soir.

Un protocole strict est demandé pour rentrer en discothèque : l’accès est conditionné à la présentation du pass sanitaire (test PCR ou antigénique négatif, schéma vaccinal complet ou attestation de rétablissement récent du Covid). Jusqu’à fin juillet, la jauge est aussi fixée à 75 % de la capacité d’accueil en intérieur.

Thierry Fontaine, de l’UMIH NUIT, savait bien que son secteur ne pourrait pas reprendre l’activité comme "dans la vie d’avant". Mais la difficulté, juge-t-il, réside dans le dépistage des jeunes, qui sont les personnes les moins vaccinées aujourd’hui. Le porte-parole aimerait que davantage de tests antigéniques soient réalisés aux abords des discothèques. Mais cela reste difficile à organiser.

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Note

[1] Les procédures collectives regroupent les procédures de sauvegarde, les redressements judiciaires et les liquidations judiciaires. Les chiffres de la SPRE ont été établis entre le 15 mars 2020 et le 12 juin 2021.