Genre et métier : la ségrégation perdure entre homme et femme

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Genre et métier : la ségrégation perdure entre homme et femme

Ce n’est pas un hasard si les secteurs d’activité demeurent majoritairement féminins ou masculins. Les normes sociales transmises aux enfants déterminent leurs choix d’orientation.

Dix-sept pour cent. C’est la proportion de métiers exercés à part quasi égale par des hommes et des femmes, selon le Conseil économique, social et environnemental. Ce chiffre décevant reflète un phénomène que les sociologues appellent la « ségrégation professionnelle horizontale » : les hommes et les femmes sont très inégalement répartis selon les secteurs d’activité.

« Les hommes sont l’exception dans les métiers de la petite enfance et de l’aide à la personne, mais ils occupent 90 % des emplois du BTP et représentent 90 % des ingénieurs et cadres techniques de l’industrie, 75 % des cuisiniers et 70 % des chercheurs », illustre Françoise Vouillot, docteure en psychologie, auteure de Les métiers ont-ils un sexe ? (Belin, 2 014). Seuls les professionnels du droit, les cadres administratifs, comptables et financiers et les médecins présentent une certaine mixité.

Lorsqu’un individu choisit un métier, il se conforme généralement aux normes sociales, pour répondre à son besoin de reconnaissance.
Françoise Vouillot

Docteure en psychologie, auteure de Les métiers ont-ils un sexe ?

La ségrégation s’explique en partie par les processus de socialisation des filles et des garçons dès leur naissance. Les parents, personnels des crèches ou enseignants, continuent bien souvent d’encourager – même inconsciemment – l’élégance, la réserve, la gentillesse chez les filles et plutôt la force et l’action chez les garçons.

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« Lorsqu’un individu choisit un métier, il se conforme généralement aux normes sociales, pour répondre à son besoin de reconnaissance », poursuit Françoise Vouillot. Si les femmes sont moins nombreuses à s’orienter vers les matières scientifiques, c’est parce qu’elles s’y projettent souvent moins que les garçons. « Il est rare de lire le nom d’une mathématicienne dans un livre de maths », fait-elle remarquer.

Socialisation sexuée

Autre élément d’explication : le moment où intervient le choix de l’orientation. « À l’adolescence, avec la puberté et le début des liaisons amoureuses, l’enjeu est de plaire à l’autre sexe », souligne l’auteure.

Sans forcément en être conscients, les adolescents se serviraient alors de ces choix pour apporter la preuve qu’ils sont de « vrais garçons », conformes aux normes dites masculines, et vice-versa pour les filles, en choisissant un métier qu’ils considèrent comme masculin/féminin.

« C’est moins le sexe que la socialisation sexuée que l’on reçoit dès l’enfance, qui influence nos choix de métiers », résume Marie Buscatto, enseignante-chercheure en sociologie du travail à l’université Paris 1.

Pour elle, la difficulté d’assumer des choix d’activité contraires aux stéréotypes explique aussi la ségrégation horizontale. « Des travaux montrent que les femmes ingénieures sont mises en difficulté sur l’apprentissage et que les hommes qui choisissent un métier réputé féminin font, eux, face à des soupçons sur leur virilité », souligne-t-elle.

Face à ces constats, des initiatives, au niveau politique comme individuel, tentent de favoriser la mixité. Des manuels scolaires sont revus, des cours d’école réaménagées, des crèches changent leurs jouets. Mais une évolution notable de la répartition des métiers prendra sans doute des décennies.

Ne pas confondre

Ségrégation horizontale : concentration des femmes et des hommes dans différents secteurs et professions, selon leur sexe.

Ségrégation verticale : concentration des femmes et des hommes dans divers échelons, divers niveaux de responsabilité ou diverses situations, selon leur sexe.

Élevés comme en 1984

D’après une étude publiée en 2013 par la DARES, le département en charge des études statistiques du ministère du Travail, il faudrait qu’un peu plus de la moitié des femmes ou des hommes changent de métier pour aboutir à une mixité équilibrée.

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Depuis 30 ans, la répartition des métiers demeure très sexuée, malgré une plus grande proportion de femmes chirurgiennes ou ingénieures, comme l’ont montré les travaux respectifs des sociologues Catherine Marry et Emmanuelle Zolesio. La présence des femmes parmi les cadres supérieurs et professions intellectuelles n’a progressé que de 7 points entre 1994 et 2014.

« La répartition des emplois entre sexes évolue très peu parce que les socialisations elles-mêmes n’évoluent pas », souligne Marie Buscatto, enseignante-chercheure en sociologie du travail à l’université Paris 1. « Sur ce plan, un enfant élevé en 2019 n’est pas éduqué très différemment de ceux nés dans les années 1980/90 ».

Pour aller plus loin

« La répartition des hommes et des femmes par métier », DARES analyses, 2013

Les métiers ont-ils un sexe ?, Françoise Vouillot, Belin, 2014

Sociologies du genre, Buscatto Marie, Armand Colin, 2019 (première édition, 2014)