Le Mans 66 : Ford et la séduction des jeunes baby boomer avec des voitures de course

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Le Mans 66Ford et la séduction des jeunes baby boomer avec des voitures de course

Confrontée à une baisse de ses ventes, Ford va tenter au coeur des années 60 de se défaire d'une image ringarde pour séduire les jeunes baby-boomers, à fort pouvoir d'achat. La solution, non sans risque, investir dans la course automobile.

En 1945, nos soldats sont rentrés. La première chose qu’ils ont faite : l’amour. Ces bébés ont grandi. Ils travaillent. Ils ont leur permis." Lee Iacocca, directeur marketing de la Ford Company, s’enflamme : "Ils sont les premiers jeunes de 17 ans de l’Histoire à avoir de l’argent à dépenser.”

Séduire ces baby-boomers, c’est pour Ford la promesse d’un avenir doré. Mais ces jeunes ne veulent pas "conduire les mêmes voitures barbantes que leurs parents. Ils veulent du glamour, du sex-appeal, de la vitesse. Ils veulent être James Bond.

Marketing de la course

Au début des années 60, le géant automobile aux 47 millions de véhicules vendus depuis le début du XXe siècle ne fait plus rêver. James Bond ne conduirait jamais une Ford !

Quand le pilote de légende Ken Miles apprend le projet de l’entreprise de construire une voiture de course, sa réaction est au diapason. « Ford ? Au siège de Détroit, ils ont des étages entiers remplis d’avocats. » Bref, Ford a perdu toute culture du risque.  

Ken Miles Le Mans 66

Ken Miles avec son fils, face à la piste

Les usines du Michigan ont beau cracher des véhicules par milliers, ses ventes baissent. Ford est même menacé sur son marché par Chevrolet. Et en une des magazines, Ferrari et ses victoires s’affichent. 

Coupez tout !”, demande même, autoritaire, Henry Ford II - le petit-fils devenu patron - , P.-D.G. du géant automobile américain en entrant dans une de ses usines du Michigan.

Une fois le silence installé, le petit-fils de l’inventeur de la Ford T poursuit implacable : “Vous entendez ça ? C’est le son de la Ford Motor Company qui dépose le bilan. Rentrez chez vous à pied et réfléchissez. Le loser qui revient demain sans idée n’a pas sa place chez Ford".

Henri Ford : "Rentrez chez vous et réfléchissez !"

Pour le directeur marketing, un fort en gueule, l'idée est simple : investir dans la compétition automobile est la seule façon de reconquérir les consommateurs.

« Vous savez pourquoi Enzo Ferrari restera dans l’histoire comme le plus grand constructeur automobile de tous les temps ? », s’exclame Lee Iacocca, « pas parce qu’il a construit plus de voitures que les autres, mais parce que ses voitures signifient victoire. Les gens veulent un morceau de cette victoire. Et si un jour le logo de Ford signifiait victoire pour les jeunes ? »

Henri Ford II, humilié par Ferrari après une tentative de rachat de la marque italienne, se laisse alors convaincre. Il met la barre très haut : gagner aux 24 heures du Mans, la plus prestigieuse des courses automobiles, face à la Scuderia italienne.

La victoire en payant 

En attendant, c’est « budget illimité. » Si le suspense induit par le sport fait vibrer les foules à travers la planète, il rend les investissements risqués.

Dépenser neuf millions de dollars de l’époque (75 millions d’aujourd’hui) pour une défaite probable a tout du pari fou.

Le Mans est un calvaire. « La moitié de la course se fait dans la nuit noire, des voitures déboulent de nulle part… » raconte Carroll Shelby, ex-vainqueur recruté pour diriger l’équipe. « Le moindre boulon qui pète et c’est Ferrari qui gagne, une fois de plus. »

D’ailleurs, Ford échoue la première année avant de triompher la suivante. En 1966, trois voitures de la marque franchissent la ligne d’arrivée côte à côte.

Pour symboliser le retour sur investissement, le film s’achève sur un couple qui vient dans une concession pour acheter deux voitures. « Une pour moi, une pour elle, je paye sans discuter. »

Making-Of

Le Mans 66 est inspiré d’une histoire vraie. Si quelques éléments ont été modifiés, les personnes citées –Ken Miles (Christian Bale), Carroll Shelby (Matt Damon), Lee Iacocca (Jon Bernthal) – ont existé.

Ken Miles Caroll Shelby

Matt Damon (Caroll Shelby) et Christian Bale (Ken Miles)

Ce dernier deviendra d’ailleurs ensuite P.-D.G. de Ford Motor Company de 1970 à 1978, puis de Chrysler, de 1978 à 1992.

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