Nupes, Ensemble aux législatives... Pourquoi les partis politiques ont un intérêt économique à se rassembler

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Nupes, Ensemble aux législatives... Pourquoi les partis politiques ont un intérêt économique à se rassembler

Les 12 et 19 juin sont des dates clés pour les partis politiques. Leur financement pour les cinq prochaines années dépend des résultats des élections législatives. Alors des stratégies se mettent en place... 

1,42 euro, c'est ce que rapportera votre vote, le 12 juin prochain, au parti politique que vous avez choisi, chaque année, pendant les cinq années du quinquennat. 

Cette somme paraît dérisoire, c’est pourtant la base du financement de la vie politique. Le montant évolue selon le budget total de l’État, établi chaque année sur décret par Matignon, et du nombre total de suffrages exprimés. Il a atteint 1,68 euro en 2011. L'État verse la somme aux groupes parlementaires, qui peuvent être composés de plusieurs partis politiques, ces derniers se partagent ensuite le pot commun proportionnellement aux résultats de l’élection.  

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Comptes de campagne. Des fausses factures de Bygmalion à la dette abyssale du PS, Pour l’Éco a épluché les dépenses des candidats, fait l’addition des votes et vous explique comment est financée une campagne électorale. Lire tous les articles.

Ce mécanisme constitue la première fraction du financement de la vie politique. L’autre fraction se fait dans un second temps : en novembre, chaque année, les députés déclarent à quel parti ils appartiennent. L’État abonde cette fois-ci le parti directement. Par ailleurs, une fois élu, chaque député rapporte 37 280 euros par an à son groupe. 

De la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), à gauche, à Ensemble, à droite, les partis semblent donc avoir intérêt à constituer des grands groupes parlementaires. Cette stratégie limite en effet les risques : pour disposer du soutien financier de l’État, un parti doit justifier d’un minimum de 15 députés élus. Or avec les résultats à l’élection présidentielle du Parti socialiste ou d’Europe Ecologie Les Verts, voire même pour de nouvelles formations comme celle d'Edouard Philippe Horizons, difficile d’assurer un tel score. 

« C’est un enjeu important, confirmait Daniel Fasquelle, trésorier de LR, au JDD. Le financement des partis politiques dépend essentiellement des législatives. » Le mode de scrutin des législatives est particulier. On parle d’un suffrage universel direct, au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Un député peut être élu dès le premier tour s’il obtient plus de 50 % des voix et que cela représente plus d’un quart des inscrits. Ce mode de scrutin, sans proportionnelle, s’est jusqu’à présent montré plutôt défavorable au RN.

Sur le plan politique, un large groupe parlementaire permet aussi de bénéficier de plus de temps de parole lors des questions au gouvernement, séance hebdomadaire où les députés interrogent les ministres, de demander une suspension de séance ou le vote en scrutin public - en opposition au vote à main levée, ordinaire à l'Assemblée nationale, cette procédure est plus précise pour compter les voix des députés, enregistrée et publiée au journal officiel.  

Sur le plan idéologique en revanche, les conséquences sont minimes : si les avis divergent, un député reste libre de voter comme bon lui semble, indépendamment des consignes de son parti ou de son groupe parlementaire.

9 millions pour En Marche

En 2017, le tout jeune parti d’Emmanuel Macron, En Marche, avait conclu une alliance avec le MoDem, formant le groupe parlementaire la République en Marche. Ensemble, ils avaient ainsi présenté 428 députés, dont 24 députés sortants de gauche et des membres du MoDem. 6,3 millions de personnes ont voté pour eux au premier tour des législatives, leur octroyant 267 des 577 sièges à l’Assemblée nationale. Le groupement récolte ainsi 9 millions d’euros par an pour cette fraction. 

Alors, les partis mettent le paquet : les dépenses électorales pour ces élections font partie des plus élevées, avec les municipales, selon les calculs de l’économiste Julia Cagé. Les élections présidentielles viennent après. La dépense moyenne des candidats aux législatives s’élevait en 2012 à un peu plus de 18 000 euros « et jusqu’à 41 000 euros pour les heureux élus » selon cette spécialiste du coût de la démocratie. Comme pour la présidentielle, les frais de campagne pour ces élections sont plafonnés : 38 000 euros, auxquels s’ajoute 0,15 euro par habitant de la circonscription. Et comme pour la présidentielle, le remboursement est conditionné à l’obtention de plus de 5 % des voix. 

« Plus les dépenses d’un candidat dans une circonscription sont élevées par rapport à celles de ses concurrents, plus le pourcentage des voix obtenues par ce candidat au premier tour est en moyenne important » a constaté Julia Cagé. Ces dépenses sont vite rentabilisées, parce que, premièrement, si le candidat atteint plus de 5 % des suffrages, ses frais sont en partie remboursés par l’État, à la hauteur de 47,5 %, comme la présidentielle, et que, deuxièmement, elle leur permet d’imaginer l’accès, pour ses membres, à des postes plus prestigieux sur le long terme. Les législatives constituent aussi, pour les jeunes partis, un tremplin vers l'Elysée. Elles peuvent néanmoins se révéler un véritable échec.

C’est le risque qu’a décidé de prendre Edouard Philippe, en créant, en octobre 2021, son parti Horizons. Fort de sa notoriété d'ex Premier ministre, le maire du Havre a lorgné jusqu’à 100 circonscriptions des 577. Finalement, après son alliance avec Emmanuel Macron, Horizons présentera 58 candidats. Ensemble - nom de l’alliance de la majorité présidentielle -, propose 400 noms pour le parti Renaissance (anciennement La République en Marche) et une centaine pour le MoDem.