Portrait d'un serial entrepreneur, de l'escape game aux glaces à l'azote

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Portrait d'un serial entrepreneur, de l'escape game aux glaces à l'azote

Depuis le lycée, David a l’âme d’un créateur d’entreprise. Il parcourt le monde, déniche les bonnes idées et les décline en France. Une fois que l’affaire marche, il repart en quête d’adrénaline. Bilan : six entreprises créées... en sept ans.

David Musset, cheveux châtain clair en bataille, yeux bleus, jean noir et tennis blanches, arrive en trottinette électrique dans les locaux de HintHunt, à Paris.

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C’est à cet endroit précis qu’en novembre 2013, tout a basculé. Avec deux amis, Damien et Louis, il ouvre le premier escape game (jeu d’évasion grandeur nature) de la capitale.

À 26 ans, David touche pour la première fois à l’entrepreneuriat. Il n’en sortira plus. Un an et demi plus tard, il crée une autre boîte, puis encore une un an après, puis une autre... En sept ans, il a fait naître six entreprises.

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Certaines restent dans l’univers du jeu: DLD distribue le jeu de société Limite, limite, GeeS des jeux sur applications mobiles (QI Pro, Enigma Pro). D’autres s’en éloignent sensiblement : Nitrogénie vend des glaces à l’azote liquide quand Le Monde d’Arlina fabrique des livres pour enfants personnalisés.

L’adrénaline, et après?

Comment devient-on un serial entrepreneur ? Est-ce l’ivresse du succès ?

HintHunt, la première entreprise de David, a rapidement fait fureur: 35 000 joueurs sont venus s’affronter sur des énigmes la première année. Le chiffre d’affaires a dépassé les 400 000 euros.

« Quand nous atteignons un but, notre cerveau est inondé de dopamine, l’hormone du bonheur. Mais les effets s’estompent avec le temps. Pour retrouver ce plaisir, l’individu cherche de nouveaux défis à relever, de nouveaux risques à prendre», explique Erwan Devèze, directeur du cabinet Neuroperformance, dans son dernier ouvrage, Le pouvoir rend-il fou? (Larousse).

Si HintHunt avait été un bide, David aurait-il renoncé à l’entrepreneuriat? «Je ne pense pas, répond-il. Après HintHunt, j’ai ouvert ma première boutique de glaces, et je me suis planté. Cela ne m’a pas empêché d’y retourner. »

Non, pour David, la motivation est ailleurs. « Quand tu lances une entreprise, il y a une telle adrénaline les six premiers mois: tu dois trouver des locaux, démarcher les banques, recruter. Ton projet prend vie, c’est très excitant !», explique-t-il.

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La suite est plus fade: quand l’entreprise arrive à maturité, on gère. David aime moins. Alors il délègue, trouve une personne de confiance pour s’occuper du quotidien et part à la chasse de nouveaux concepts qu’il pourrait importer en France.

David n’est pas un Géo Trouvetou, il n’invente rien. C’est lors d’un voyage à Londres qu’il a découvert le concept d’escape game créé, à l’origine, par deux Hongrois à Budapest. Limite Limite, une autre de ses sociétés, vient des États-Unis. Et l’idée des glaces à l’azote liquide, c’était déjà un carton en Australie.

Une fois qu’il a déniché un concept prometteur, il lance une nouvelle entrepriseet regoûte pour quelques mois à l’adrénaline des débuts.

Un problème avec l’autorité

Le serial entrepreneur a rapidement su qu’il n’était pas fait pour le salariat : «Au lycée, puis en prépa, j’ai rapidement compris que je ne rentrais pas dans les cases. J’avais un problème avec l’autorité. Je n’aimais pas que l’on me dise quoi faire et comment

Quand il entre à l’école d’ingénieur Supélec, il choisit des stages dans l’informatique, comme développeur. «Une profession où l’on est très libre. La preuve : je voyais mon maître de stage une fois par mois», rapporte-t-il. À ce moment-là déjà, l’entrepreneuriat le titille : il crée, au sein de l’école, un club de poker.

Son diplôme en poche, il s’inscrit au mastère spécialisé de HEC Stratégic Management. «Je ne savais pas encore que j’allais arriver à créer mon entreprise, il me manquait l’idée de départ. Mais je voulais préparer le terrain et acquérir la vision business qui me manquait

Ses études terminées, il est embauché comme consultant chez Oliver Wyman, cabinet de conseil en stratégie, où il reste trois ans, et rencontre Damien, l’un des autres fondateurs de HintHunt. Ils accrochent bien, rêvent tous les deux d’entreprendre. Tous les six mois, les deux amis se retrouvent autour d’un café pour brainstormer des idées de boîte.

C’est lors d’un de ces rendez-vous que David, fraîchement rentré de Londres, parle à Damien d’escape game. Aujourd’hui papa, le jeune entrepreneur s’est un peu assagi. Son nouveau projet, c’est l’immobilier, pour se constituer un patrimoine: «Xavier Niel m’a dit un jour: “Contrairement à ce que l’on peut croire, ce n’est ni le Minitel ni Free qui a fait ma fortune, c’est l’immobilier ”.»

La solitude de la boss

Céline Lazorthes, 37 ans, est la patronne de la cagnotte en ligne Leetchi. Et elle se sent seule. Dans la «start-up nation», seuls 9% des patrons de start-up sont des femmes.

Pour Céline, l’entrepreneuriat et le goût du risque n’ont rien de masculin. «J’ai vu ma mère créer sa boîte à l’âge de 54 ans. Cela m’a montré que c’était possible», expliquait-elle le 25 janvier dernier à une trentaine de jeunes filles âgées de 8 à 12 ans réunies pour «Graine d’entrepreneuse» deuxième édition.

De 2012 à 2016, les garçons aussi étaient invités aux ateliers. Aucune fille ne venait. Alors depuis l’an dernier, on reste entre filles pour monter sa boîte le temps d’un après-midi.

Nina, Inès, Chloé, Éva, Louise, Gabrielle étaient guidées et coachées par les salariées de Leetchi, MangoPay et Yoopies. Il y avait fort à faire: réaliser une mini-étude de marché, inventer un logo, créer un site internet et lancer une campagne de promotion sur les réseaux sociaux. Inès avait envie de fabriquer des toits pour les SDF, Chloé des chaussures à réacteurs.