Présidentielle 2022 : combien ça coûte une campagne ?

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Présidentielle 2022 : combien ça coûte une campagne ?

Meetings, déplacements, publicités sur Internet... Pour mener une campagne et toucher un maximum d'électeurs potentiels, les candidats à la présidentielle multiplient les dépenses.

Un million d’euros ? Trois, cinq ou peut-être même dix ? À votre avis, combien d’argent un candidat à la présidentielle dépense-t-il pour mener sa campagne ?

Avant de tenter une estimation, on vous donne deux indices. Le premier, c'est que, même si un certain nombre de critères entrent en jeu, le budget d'une campagne reste décisif pour gagner la course à l'Élysée. Comme le rappelle l'économiste Julia Cagé dans son ouvrage Le prix de la démocratie (éditions Fayard, 2018), « l'argent dépensé par un candidat a un impact direct sur le nombre de voix qu'il obtient ».

On pourrait donc se dire que les candidats ont tout intérêt à dépenser à tout-va pour s’assurer d’arriver en tête. Sauf que, et il s’agit du deuxième point important : en France, les dépenses électorales sont limitées par la loi depuis 1988.

En 2022, elles ne doivent pas dépasser 16,851 millions d’euros pour chaque candidat du premier tour et 22,509 millions d’euros en tout pour chaque concurrent du second tour.

En Chiffres

74,11 millions

Soit en euros, le montant cumulé des dépenses de campagne des 11 candidats à la présidentielle de 2017. C'est un peu plus qu'en 2012 où le montant atteignait 74,02 millions d'euros.

Source : Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.

Les meetings, premier poste de dépenses

Maintenant que le cadre est posé, c’est le moment de sortir la calculette en commençant par les meetings. Dépenses les plus importantes pour les candidats, « les réunions publiques restent encore aujourd’hui un pilier essentiel des campagnes électorales », explique Julia Cagé. En 2017, c’est ce qui a coûté le plus à la majorité des candidats : Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Emmanuel Macron ont dépensé aux alentours de 6 millions d’euros chacun, rien que dans les réunions publiques.

Si les candidats mettent autant le paquet sur ces évènements, ces derniers garantissent « une formidable publicité télévisuelle, tout particulièrement à l’ère des chaînes d’informations en continu », souligne Julia Cagé. Un moyen aussi de contourner la loi puisque les prétendants à l’Élysée ne sont pas autorisés à faire directement de la publicité électorale à la télévision ou à la radio.

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La pub en ligne prend de l’ampleur

Les publicités, imprimées ou en ligne, arrivent à la deuxième place des dépenses des candidats, soit 26,9 % de l’enveloppe totale, si l’on se fie aux chiffres de l’élection présidentielle de 2017. On parle là des traditionnels tracts ou affiches que l’on voit sur les murs ou que l’on nous distribue dans les rues.

Mais, phénomène qui a explosé ces dernières années, de plus en plus de candidats se servent des canaux numériques : « De simples publicités sur Internet et sur les réseaux sociaux comme vous pouvez en voir tous les jours, qui sont des publicités politiques et non commerciales », précise Julia Cagé.

Concrètement, de quoi s’agit-il ? Pour gagner en visibilité et remonter dans le fil d'actualité des internautes, les candidats paient pour sponsoriser des publications et achètent de faux abonnés sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram). Or, résume l’économiste dans son ouvrage, « faire de la publicité sur les réseaux sociaux, mettre des vidéos en ligne, créer sa chaîne Youtube, cibler les électeurs, recruter un ou plusieurs community manager… tout cela a un prix, et ce prix est élevé ». Marine Le Pen a ainsi dépensé plus de 494 000 euros pour « son site Internet, les services télématiques et les réseaux sociaux » en 2017. Emmanuel Macron et François Fillon ? Plus de 308 000 euros chacun.

Lire aussi Présidentielle 2022 : quelles règles s'imposent aux candidats pour le financement des campagnes ?

Viennent ensuite les salaires des personnels mobilisés pour la campagne. En 2017, ces postes avaient coûté plus de 5 millions d’euros à Emmanuel Macron, comme pour Benoît Hamon. Quant aux transports, ils peuvent également, en fonction du candidat, représenter une enveloppe importante. François FIllon a par exemple déboursé plus de 1,4 million d’euros en 2017 en frais de déplacements quand Philippe Poutou a versé… un peu plus de 13 000 euros.

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D’énormes disparités entre les candidats

Vous l’aurez compris : les dépenses ne sont pas du tout les mêmes en fonction des candidats. Si l’on calcule le montant moyen des dépenses de campagne d’un candidat à la présidentielle en 2017, à partir de l’enveloppe totale (74,1 millions d’euros divisés par 11), on arrive à 6,7 millions d’euros. Or, il existe de telles disparités entre les concurrents que le chiffre est peu parlant.

Après avoir épluché les comptes de campagnes, publiés au Journal Officiel, on peut dire que les dépenses des cinq principaux candidats en 2017 dépassaient les 10 millions d’euros par tête. Emmanuel Macron était le plus dépensier avec un budget total de plus 16,6 millions d’euros, suivi par Benoît Hamon, François Fillon et Marine Le Pen.

Jean Lassalle fermait la marche avec 260 112 euros de dépenses de campagne. Le budget d’Emmanuel Macron représentait donc environ 64 fois celui du Béarnais.

La bonne nouvelle pour les candidats, c'est que s'ils atteignent 5 % des voix au premier tour, l'État leur rembourse jusqu'à 47,5 % de leurs dépenses. Cela fait partie des règles qui encadrent le scrutin. 

Mais on vous en dira plus sur ce sujet dans l'épisode 2 de Comptes de campagne...

Le Covid-19 déforme la structure des dépenses

Avec la crise sanitaire, on est tenté de pensé que les candidats ont revu à la baisse leurs dépenses de campagne, en réduisant leurs déplacements ou en limitant les réunions publiques. Ce n'est pas le cas pour la France Insoumise, qui prévoit une campagne de 11 millions d'euros, équivalente à celle de 2017, indique au Monde Manuel Bompard, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon.

Chez les écologistes, on veut aussi mettre le paquet pour toucher les électeurs avec une campagne chiffrée à 10 millions d'euros, selon Mounir Satouri, directeur de campagne de Yannick Jadot, cité par le quotidien. La pandémie change toutefois la répartition des dépenses : 20 000 euros supplémentaires sont prévus pour les frais sanitaires (masques, tests, capteurs de CO2 et autres gels hydroalcooliques) chez les Verts et « le télétravail a imposé le déblocage de 15 000 euros supplémentaires en dotation informatique » (location d'ordinateurs, abonnement numérique, etc.) complète dans La Croix, Thierry Brochot, directeur financier de la campagne écologiste.

Enfin, du côté du PS, on a provisionné environ 6 millions de budget. Un chiffre largement inférieur à l'élection de 2017 (15 millions d'euros) qui peut s'expliquer de plusieurs manières : des sondages qui donnent un score très faible à Anne Hidalgo, les fortes dettes du parti, la division de la gauche pour ce scrutin ou encore une potentielle difficulté pour obtenir des prêts.

Crédits photo : ©Hugo AYMAR/HAYTHAM-REA

Lettrage : Antonin Rogé

Comptes de campagne

Des fausses factures de Bygmalion à la dette abyssale du PS, Pour l'Éco épluche les dépenses des candidats, fait l'addition des votes et vous explique comment est financée une campagne électorale dans notre série Comptes de campagne.

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