Qui sont les experts de la gestion de crise en entreprise ?

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Qui sont les experts de la gestion de crise en entreprise ?

Ils gèrent le changement, apaisent les crises, éclairent les décisions, trouvent les bons éléments de langage. Dans tous les moments charnières qui font tanguer une entreprise, ces conseillers de l’ombre, grassement rémunérés, apportent des compétences spécifiques très recherchées.

Conseiller en communication

«Un soir de Noël, les invités allaient arriver quand mon portable s’excite. Dans un tweet vengeur, une consommatrice mécontente vient d’accuser un de mes clients d’antisémitisme. Ça s’emballe sur le réseau", se rappelle Ambre Frandsen, directrice d’Ysmart, une agence spécialisée dans les réseaux sociaux.

Elle doit immédiatement empêcher que l’affaire ne s’ébruite dans les autres médias. «Si ma grand-mère n’est pas au courant, il n’y a pas de crise», plaisante Ambre. Dans le cas contraire, cela veut dire que l’image de l’entreprise est écornée auprès de milliers de consommateurs, que le lien avec les clients est rompu, que les ventes risquent de dégringoler. Ambre contacte son client, directeur général d’une entreprise: doit-elle activer le plan crise? «Oui, on y va.» «Pour être bien gérée le moment venu, une crise doit avoir étéanticipée. On simule des scénarios, on valide en amont les éléments de langage», explique-t-elle. Le temps que l’affaire soit tirée au clair, Ambre temporise. «Le problème est pris très au sérieux par la direction», qui rappelle en interne les valeurs de l’entreprise. Des salariés et des clients viennent à sa rescousse… Tweet contre tweet: la bataille est serrée. Le 26décembre, 24heures après l’incident, la direction fait un démenti. Au Nouvel An, victoire: les Twittos n’en parlent plus.

Combien il coûte ? 

À partir de 240 euros par jour.

Banquier d'affaires

«Il s’occupe des cessions d’entreprises (vendre une société), des acquisitions (acheter une société) et des levées de fonds (trouver des investisseurs). Ces opérations sont chronophages et très techniques. Il faut aussi être un fin négociateur. Je me rappelle cette affaire dans l’Est de la France. Le patron d’une PMEmeurt à 58 ans d’une grippe. Sa femme et ses enfants, détenant la majorité des parts de l’entreprise, veulent vendre. Mais le processus de succession prend du temps. Au début, tout est figé. Pendant ce temps, c’est l’associé détenant quelques parts dans l’affaire qui dirige l’entreprise. Il entend profiter de la détresse des héritiers pour la racheter à basprix. Je lui signale que desAméricains sont également intéressés. Il propose alors une meilleure offre, et ça marche: mes clients acceptent. Je supervise alors le travail des avocats des deux parties qui rédigent le contrat en s’affrontant sur chaque virgule. Mes clients touchent enfin leur chèque. L’affaire a duré sept mois», raconteAlexandre Conrad, banquier d’affaires chez Inspirit Partners.

Combien il coûte ? 

Une commission de 0,5% à 5% du montant de l’opération.

Consultant en stratégie

Pour une entreprise, l’immobilisme, c’est la mort assurée. Pour survivre, il faut trouver de nouveaux marchés, créer de nouveaux produits, repenser l’organisation pour garder ses salariés motivés et productifs… Pour changer de cap, le capitaine du bateau a besoin d’un guide. «Le dirigeant connaît son entreprise. Nous, nous avons une connaissance approfondie des entreprises d’un secteur, des marchés, d’une région. Luia le nez dans ses affaires, nous lui apportons un regard extérieur», explique Morgane Marc, consultante en stratégie et associée du cabinet Absoluce. Il faut changer, certes, mais pas n’importe comment. Exemple: une PME spécialisée dans les équipements de maison veut lancer un nouveau produit, plus technologique, pour assurer son avenir et éviter que les particuliers se détournent un jour du produit traditionnel, trop ringard, ce qui ferait couler la boîte. Le patron de la PMEdemande à Morgane de l’aider à transformer son appareil de production pour l’adapter.La consultante en stratégie commence son enquête. Elle se rend à l’usine, interviewe le directeur de production, le directeur commercial et le responsable achat, et recueille tout un tas de données: nombre de ventes, coût de production, etc. Heureusement, l’entreprise a attendu les résultats de l’analyse de Morgane avant de tout changer. Sa conclusion: le produit envisagé est trop cher, il ne sera pas acheté par les particuliers. Il y avait bien un marché, mais tout petit, ce que l’on appelle un marché de niche. Pour vendre le nouveau produit, il faudra s’adresser aux commerçants, aux entreprises, à ceux qui ont plus de moyens.

Combien il coûte ? 

1000 euros par jour.

Avocat

Déborah David est avocate depuis 2003. Associée du cabinet De Gaulle Fleurance & Associés, elle conseille les entreprises sur tous les aspects du droit social: travail dominical, plan de prévention des risques psycho-sociaux… Déborah s’assure que tout est fait dans les règles afin qu’une décision prise ne soit pas cassée, et que l’entreprise n’ait pas à payer de grosses amendes. Il y a quelques années, le patron d’une filiale française d’un groupe américain vient la voir, en plein désarroi, pour qu’elle l’aide à mettre en place un plan social. Le service juridique ne sait pas gérer des affaires aussi complexes. Il est composé de juristes, pas d’avocats, et ces juristes n’ont pas le temps de se tenir au courant des évolutions du droit: nouvelles règles, lois, accords de branche et dernièrejurisprudence (toutes ces décisions rendues par les cours et tribunaux français). «Mon clientn’était pas à l’aise avec cette décision. Mais il pensait qu’il n’avait pas le choix. Le siège américain avait décidé de réduire les coûts de 20%. Je lui ai démontré qu’il y avait une autre option, pour arriver au même résultat», expliquet-elle. Au lieu d’un plan de départs volontaires, elle propose un accord collectif de Gestion professionnelle des emplois et des compétences (GPEC) avec formations pour les salariés et adaptation des postes. Un plan pour assurer l’avenir de la filiale, beaucoup moins néfaste pour la productivité de l’entreprise que des licenciements secs.

Combien il coûte ? 

De 200 à 650 euros de l’heure.