Tout comprendre au dividende salarié et à l’intéressement

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Tout comprendre au dividende salarié et à l’intéressement

Promesse de campagne du candidat Macron, le dividende salarié revient au centre des débats, alors que le niveau de l’inflation bat des records. Estampillée « pouvoir d’achat », cette mesure pourrait renflouer les porte-monnaies de nombreux salariés.

Les entreprises françaises, au deuxième rang derrière celles du Royaume-Uni en Europe, devraient verser près de 66 milliards d’euros de dividende en 2022 selon les spécialistes. Pourtant, “seuls” 8 milliards sont redistribués au titre de la participation.

Alors, le dividende salarié, promesse du candidat Macron, est-il vraiment un mécanisme utile pour booster le pouvoir d’achat des Français ? Pour l’Éco vous explique, en 3 questions.

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Dividende

Rémunération versée à un actionnaire afin de récompenser le risque pris en capital. 

C’est quoi le dividende salarié ?

Le dividende salarié repose sur un fonctionnement simple : c'est le versement de dividendes aux collaborateurs d’une entreprise de la même façon que ceux perçus les associés. La nouveauté du dispositif ne résiderait donc pas tant dans son fonctionnement mais dans la nature de ses bénéficiaires.

En France, la participation, mécanisme de redistribution des bénéfices des entreprises à destination des salariés, n’est obligatoire que dans les entreprises de plus de 50 salariés. Pourtant, près de 10,39 millions de salariés travaillaient dans des entreprises de moins de 50 salariés en 2017, selon Statista Research.

Le dividende salarié serait donc une mesure pour les salariés de ces petites ou très petites entreprises, pour « mieux partager la richesse produite par l’entreprise entre l’ensemble des parties prenantes, les actionnaires et les salariés », explique Thibault Lanxade, entrepreneur, ambassadeur de la mission sur l’intéressement et la participation et auteur d’un manifeste sur le dividende salarié. 

Obligatoire pour chaque entreprise qui souhaite verser des dividendes à ses actionnaires, cette promesse d’Emmanuel Macron lors du débat de l’entre-deux-tours pourrait « se rapprocher de la prime d’Etat, dite Macron », mise en place depuis 2019, précise l’ancien vice-président du Medef.

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Prime Macron

Prime exceptionnelle exonérée d’impôts et de charges réservée à ceux qui gagnent moins de trois fois le Smic. Elle est plafonnée à 1000 euros, ou 2000 euros.

C’est quoi l’intéressement ? 

Facultatives, les primes d’intéressement permettent aux salariés de recevoir une prime proportionnelle aux résultats ou aux performances de l’entreprise. Elles peuvent toutes les mettre en place grâce à un accord entre les salariés (ou leurs représentants) et l’entreprise.

Cependant, il existe un double plafond : le total des primes d’intéressement versées à l’ensemble des salariés bénéficiaires ne peut pas excéder 20 % du total des salaires bruts versés. De plus, la somme perçue annuellement par salarié au titre de l’intéressement ne peut dépasser 75 % du plafond annuel de la sécurité sociale, soit 30 852 € en 2022.

La différence avec le dividende salarié se trouve ici : c’est un accord négocié entre les partenaires de l’entreprise, qui n’est pas calculé sur la richesse produite par l’entreprise mais parfois basée sur des éléments extra-financiers. L’intéressement s’apparente plutôt à une prime ou un bonus.

Quels avantages offre le dispositif du dividende salarié ?

Ce dividende salarié possède des avantages pour l’employeur comme pour l’employé.

Pour Thibault Lanxade, il est d’abord un atout qui « garantit une répartition plus juste de la valeur ajoutée de l’entreprise et pourrait permettre d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés en leur versant un montant s’élevant en moyenne à un treizième ou quatorzième mois ».

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Avec ces nouvelles primes, les employeurs peuvent également fidéliser leurs salariés. « C’est également un moyen de recruter de nouveaux collaborateurs, car dans ces PME, les leviers de recrutement sont plus faibles, explique l’expert. Cette prime pourrait participer pleinement à la fidélisation des collaborateurs, directement associés à la performance de l’entreprise. »

Ces primes seraient moins fiscalisées pour les entreprises, car seulement soumises au forfait social (somme prélevée sur les rémunérations et primes non soumises aux cotisations et contributions sociales).

De l’autre côté, ce dividende serait soumis à la flat tax, et non à l’impôt sur le revenu. Autre avantage pour les salariés : s’ils versent cet argent sur leur plan d’épargne d’entreprise, ils pourraient profiter d’une exonération totale d’impôt après 5 ans.

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Flat tax (ou PFU)

Application d’un taux unique pour l’imposition des revenus du capital (actions, obligations…). Le taux global du PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) est de 30 %, incluant 12,8 % au titre de l’impôt sur le revenu et 17,2 % au titre des prélèvements sociaux. Ce taux n’est applicable qu’à certains revenus de placement.

Côté inconvénient, la prime sans cotisation signifie aussi droits au chômage et à la retraite en moins. Et lors d’un prêt bancaire, lors d’un crédit immobilier par exemple, seul le salaire fixe compte, et non les primes.