SNCF : cinq chiffres pour comprendre la réforme tarifaire

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SNCF : cinq chiffres pour comprendre la réforme tarifaire

À partir du 17 juin, la SNCF va mettre en place sa réforme tarifaire. Mais les associations d’usagers craignent des disparités entre les mesures et leur mise en place.

Carte Avantage unique, prix de billets plafonné ou encore abonnement télétravail. Se projetant sur les vacances d’été, Alain Krokovitch, le patron de la Société nationale des chemins de fer (SNCF) a annoncé début juin, les mesures de sa nouvelle réforme tarifaire, qui entrera en vigueur dès le 17 juin.

« On a tendance à écouter des gens dire que le train est un moyen de transport cher. La SNCF veut justement attirer plus de voyageurs pour qu’ils privilégient le train à la voiture », explique Christian Broucaret, président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) de Nouvelle-Aquitaine. Les mesures annoncées seront-elles suffisantes pour que les voyageurs préfèrent le transport en commun au transport individuel ? Revue de détail. 

49 euros par an

À partir de jeudi 17 juin, les quatre cartes existantes (Senior, Week-end, Famille et Jeunes), qui rassemblent 2,5 millions de clients selon la SNCF, seront fusionnées en une seule carte Avantage, vendue 49 euros et valable un an. À noter que les cartes existantes et leurs tarifs associés resteront néanmoins valables jusqu'à la date d'expiration de la carte.

Trois profils de passagers pourront détenir la nouvelle carte Avantage : les jeunes (12 à 28 ans), les adultes (28 - 59 ans) et les seniors (plus de 60 ans).

Mais attention ! Les âgés entre 28 et 59 ans devront remplir des conditions spécifiques. Pour les trajets aller simple : voyager avec un enfant, se déplacer le samedi ou le dimanche. Sur des voyages aller-retour, le titulaire de la carte Avantage devra inclure au moins al nuit du vendredi, samedi ou dimanche. Le délai maximum entre les trajets aller et retour est de 61 jours et ne pourra pas être prolongé en cas d’échange.

« Frappée par la pandémie, qui a mis de nombreux travailleurs en télétravail et limitant donc leurs déplacements, la SNCF a changé sa politique, explique Christian Broucaret. Contrairement aux politiques précédents, adressés aux professionnels, cette fois la réforme cible particulièrement une clientèle familiale. »

Cette stratégie, permet aux adultes qui voyagent avec des enfants d’obtenir les meilleurs tarifs, mais « exclut les actifs sans enfants », dénonce Nicolas Catteau, vice-président de l’association Train de vie.

Les usagers non concernés par la carte seront « obligés à affronter les hauts tarifs des billets, ce qui maintiendra le ressenti des usagers vis-à-vis du prix du billet, jugé élevé », rajoute-t-il.

30 % de réduction

La carte assure une réduction de 30 % sur les tarifs des trajets de son détenteur, ainsi qu'un accompagnant adulte — du moins dans la version Adulte de la carte —  et de 60 % pour jusqu'à trois enfants de 4 à 11 ans accompagnant le porteur d’une carte Avantage.

Pourtant, l’efficacité de ces réductions divise les associations d’usagers.

« Ces réductions ne s’appliquent qu’aux TGV et Intercités. Or, les TGV ne concernent qu’une minorité de voyageurs par rapport aux TER, qui sont empruntés par beaucoup plus d’usagers. La SNCF n’a toujours pas négocié avec les régions, ce qui va faire que la nouvelle carte Avantage ne soit pas valide dans beaucoup de régions et que les usagers des TER n’aient pas accès à ces réductions », déplore Jean-François Hogu, président de la FNAUT Centre-Val-de-Loire.

À lire : Combien ça coûte, un billet de TGV ?

« Par le passé, on pouvait arriver jusqu’à 50 % de réduction si on prenait son billet à l’avance. Ce n’est plus le cas, mais c’est déjà une bonne première réforme pour encourager les gens à utiliser davantage les trains », constate Christian Broucaret.

39 euros pour un trajet de 1 h 30

Dès le 17 juin, les prix des billets de seconde classe seront plafonnés en fonction du temps du voyage.

Le billet coûtera 39 euros si le trajet dure au maximum 1 h 30, soit 25 % des voyages. Le prix sera de 59 euros pour les trajets dont la durée est comprise entre 1 h 30 et 3 h, soit 50 % des voyages. Si le trajet dépasse les trois heures, ce qui arrive dans 25 % des voyages, le prix du billet sera de 79 euros.

« Ce plafonnement permet aux usagers de connaître le prix maximum d’un trajet, ce qui avant dépendait du jour où l'on réservait le billet », constate Christian Broucaret. Cependant, « avant on pouvait obtenir des prix très attractifs, en dessous du prix plafonné actuel ».

Tel qu’elle est présentée actuellement, la nouvelle réforme tarifaire ne bénéficie pas « les gens qui prennent occasionnellement le train, car ça ne servira à rien de prévoir les trajets à l’avance », critique Nicolas Catteau.

15 euros

Quant aux annulations et changements, la réforme prévoit qu’ils soient gratuits jusqu’à trois jours avant le départ pour les tarifs Seconde, Première, Prem’s, c’est-à-dire les plus bas de gamme, et les tarifs carte Avantage.

À partir des deux jours précédents au départ, des frais de 15 euros s’appliquent pour les TGV Inoui. Sur Intercités, la retenue sera de 40 % du prix du billet avec un maximum de 12 €.

« Avant, quand les annulations étaient gratuites, beaucoup de gens achetaient des billets qu’ils annulaient à la dernière minute, bloquant ainsi des places pour des usagers qui auraient pu voyager à leur place »analyse Christian Broucaret.

Alors que le coût de l’annulation semble être accepté par la plupart des associations d’usagers, « un changement de billet à 15 euros est trop élevé », juge Jean-François Hogu. « Si on souhaite échanger un billet, on devra payer le prix d’un nouveau trajet en plus des frais de 15 euros ! » 

« On a l’impression que cette solution ne simplifie pas le processus de changement et de remboursement des billets », estime Nicolas Cotteau.

250 trajets par an pour les télétravailleurs

Covid-19 oblige, la réforme tarifaire inclut également le télétravail dans ses priorités. À partir de septembre 2021, le nouveau forfait « Mon forfait annuel télétravail », proposera 250 trajets éligibles pour les destinations TGV Inoui et Intercités, soit entre 2 et 3 jours de télétravail par semaine.

Ce forfait est valable du lundi au jeudi et propose une réduction de 40 % par rapport à l’abonnement « Mon forfait annuel ». Pour aller de Bordeaux à Paris en seconde classe, l’abonnement passe de 580 euros par mois à 348 euros, permettant d’économiser 232 euros. Quant au trajet Lille - Paris, le prix passe de 586 à 351 euros par mois, soit 235 euros épargnés.

De cette manière « la SNCF incite des gens à télétravailler ailleurs et continue dans le même temps à recevoir une partie de son budget en provenance des clients professionnels, dont l’entreprise paye la moitié de l'abonnement », explique Christian Broucaret.